/opinion/columnists
Navigation

Capitalisme extrême et COVID-19

Coup d'oeil sur cet article

4665 : c’est le nombre quotidien moyen de vaccins contre la COVID-19 administrés à la population québécoise depuis deux mois. À ce rythme, il faudra cinq ans pour vacciner tous les Québécois.

Je sais, l’argument est démagogique. En réalité, le nombre de vaccins devrait augmenter et il est inutile de vacciner 100 % de la population. De plus, les installations et le personnel sont prêts à vacciner la population de manière massive, quand les doses de vaccin arriveront.

Mais justement, les doses n’arrivent pas. Le taux de vaccination au Canada est de 2,8 %. En Grande-Bretagne, plus de 18 % de la population a reçu un vaccin. En Israël, 63 %. Aux États-Unis, 12 %. La Russie et la Chine ont commencé des campagnes de vaccinations massives il y a des mois. Que la France, l’Italie ou l’Allemagne aient des taux de vaccination entre 3 % et 4 % n’est guère une consolation.

Faiblesse des élus

On peut à juste titre accuser le gouvernement de Justin Trudeau de s’être traîné les pieds et d’avoir mal négocié avec les compagnies pharmaceutiques.

Tous ces ratés partent néanmoins d’une cause : la faiblesse des interventions de nos élus dans la sphère économique. Il leur revient pourtant de s’assurer que notre économie ne soit pas balayée par les intérêts de quelques grandes industries.

Or, qu’avons-nous vu ces derniers mois ? Des pénuries d’équipements médicaux essentiels, que des pays gardaient jalousement pour eux. Le même scénario se répète avec les vaccins : les entreprises pharmaceutiques font des profits faramineux sur le dos des patients tandis que des gouvernements bloquent des exportations de vaccins.

Leçons

Ce triste épisode de capitalisme extrême devrait nous enseigner des leçons.

D’abord, que les petites et les moyennes économies ne peuvent pas jouer avec les mêmes règles que les très grandes économies. Dès que survient un coup dur, ces grandes économies se protègent, sans grand égard pour les autres.

Pire, dans une sordide diplomatie des vaccins, la Russie et la Chine expédient massivement des vaccins à des États dont elles cultivent la vassalité.

Ensuite, il revient aux élus de protéger et de développer certains secteurs essentiels de l’économie. Il est aberrant que le Canada ait laissé son industrie de fabrication pharmaceutique dépendre à ce point de l’étranger. Trudeau n’est pas le seul responsable de ces politiques de désindustrialisation.

L’exemple de l’industrie pharmaceutique vaut pour d’autres secteurs économiques. Il est plus que temps de penser l’économie du Québec et du Canada en termes d’écologie économique, dans le sens de l’interdépendance vitale des secteurs économiques les uns entre les autres.

À l’heure où Joe Biden veut renforcer les industries américaines, notamment avec le Buy American Act, nos élus doivent eux aussi renforcer nos industries.

La crise de la COVID-19 a révélé les failles de l’idéologie mondialiste. Elle devrait nous inciter à développer de grandes politiques industrielles et environnementales régionales pour en sortir.