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Programme de tutorat: des critiques justifiées

Young teacher helping his student in chemistry class. Education, Tutoring and Encouragement concept. Web banner.
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Dans une lettre publiée dimanche, intitulée Banque de tuteurs: un projet essentiel pour aider les jeunes en difficulté, Joël Monzée tente de répondre aux nombreuses critiques concernant le projet de banque de tuteurs mis de l’avant par le ministre Roberge.

Ce texte a fait réagir plusieurs acteurs sur le terrain. J’ai reçu de nombreux commentaires à ce propos. 

Entre autres, selon mon collègue Luc Papineau, la lettre de monsieur Monzée fait surtout la démonstration de tout ce qui ne fonctionne pas en éducation.

Voici sa réponse : 

Des mesures qui ne respectent pas les données probantes 

Pour être viable et efficace sur le plan des apprentissages, un tutorat doit respecter certains critères, dont les trois suivants : 

  • être d’une intensité assez élevée et s’étalant sur plusieurs semaines. On parle idéalement ici d’un programme de 10 à 20 semaines avec une fréquence de trois à cinq activités de tutorat de 40 à 50 minutes toutes les semaines en visant un total d’entre 50 et 100 heures; 
  • se vivre à l'école pendant les heures régulières. Structuré de cette façon, celui-ci a des effets deux fois supérieurs à ceux après les heures de classe; 
  • tenir compte de la dimension affective du lien élève/tuteur.    

Au moins deux de ces trois critères ne seront pas atteints dans le plan du ministre Roberge. Ainsi, on prévoit que ce tutorat pourrait être offert à distance après les heures de classe. Dans les faits, ce plan est le parfait opposé d’une autre mesure qu’on implante actuellement dans les écoles québécoises, soit le RAI (réponse à l’intervention) qui est basé principalement sur la fréquence et l’intensité des interventions. 

Des mesures tardives

Dès avril 2020, de nombreux enseignants et intervenants en éducation ont demandé au ministre Roberge de mettre de l’avant des mesures énergiques et rapides pour contrer l’inévitable retard scolaire qu’allaient connaitre les jeunes Québécois. 

Alors que tous s’attendaient à un plan précis de rattrapage à la rentrée scolaire en septembre, il n’en fut rien. Ce n’est que six mois plus tard, en février, que le ministre annonce un plan de tutoriat, plan qui reste encore à mettre en œuvre sur le terrain. M. Monzée estime-t-il que ce délai de dix mois depuis mars 2020 est raisonnable? Dans la même veine, que pense-t-il du fait que la liste des savoirs essentiels, un élément important pour assurer la réussite des jeunes, n’ait été dévoilée également que dix mois après la fermeture des classes? Et que pense-t-il du fait qu’on ignore encore la valeur du bulletin de la première étape?

Des mesures mal financées

De plus, M. Monzée sait-il que, dans les écoles, on commence à recevoir les sommes qui seront consacrées à ce tutorat supplémentaire et que celles-ci, selon toute vraisemblance, équivalent à environ 10$ par élève? En tenant compte qu’un minimum d’un élève sur cinq connait déjà des difficultés scolaires au Québec et qu’on pourrait regrouper ceux-ci en petites unités, on arrive à un total de trois heures par élève retenu pour recevoir une aide supplémentaire. Et il faut noter que ce calcul n’inclut pas tous ces nouveaux jeunes pour qui la pandémie a été éprouvante ou pire, une catastrophe. 

En résumé, pour des raisons diverses, nos décideurs en éducation ne semblent pas prendre la pleine mesure des véritables défis que nous devons tous affronter. À moins bien sûr qu’on assiste encore une fois à une opération politique qui ne vise qu’à donner l’impression que le gouvernement fait quelque chose. 

Avec les sommes allouées aux écoles, il est peu probable qu’on mettra en place des mesures de tutorat respectant les critères d’efficacité énoncés ci haut. Croire que 10$ par élève suffira pour résorber un retard scolaire aussi important depuis mars 2020 est consternant. Comme enseignants, comme parents, comme élèves, il y a de quoi être choqués. Pour un gouvernement qui affirme que l’éducation est sa priorité, ces sommes devraient s’élever à plusieurs centaines de dollars par élève.

Il est à se demander finalement si on ne compte pas encore sur la générosité des enseignants qui « connaissent leurs élèves par leur nom » pour contrebalancer tous les dysfonctionnements d’un réseau de l’éducation qui était déjà en crise bien avant cette pandémie. 

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