/opinion/columnists
Navigation

Tous fatigués d’entendre parler de la COVID

Tous fatigués d’entendre parler de la COVID
Photo Stevens Leblanc

Coup d'oeil sur cet article

À lire les commentaires des lecteurs, on peut en déduire que beaucoup de gens commencent à être fatigués d’entendre parler de la COVID-19.

Ce n’est pas étonnant. Deux semaines de Jeux olympiques et on n’en peut déjà plus. Trente-cinq jours de campagne électorale, et certains en viennent à espérer que le gagnant instaurera une dictature pour que ça n’arrive plus jamais. Imaginez onze mois de pandémie !

Un grand secret sera donc révélé ici et il surprendra peut-être plus d’un complotiste ou un animateur de Radio X, mais sachez qu’il y a beaucoup de chroniqueurs qui sont tannés de parler de la pandémie aussi !

  • Écoutez la chronique de Claude Villeneuve sur QUB radio:

Le grand buffet

Non, mais c’est vrai. Chaque jour, c’est comme se servir au même buffet. On va piger dedans avant d’écrire.

Ainsi, on pourra dire une journée que le gouvernement de la CAQ en fait vraiment trop avec toutes ces mesures qui empêchent les restaurateurs et les propriétaires de gymnase de faire fonctionner leur commerce. Un autre à côté pourra dire que François Legault était vraiment trop pressé de donner un nanane aux gens en permettant la réouverture des magasins alors qu’on est encore à 1000 nouveaux cas par jour. 

On pourra aussi dire que le gouvernement manque d’empathie envers une population confinée ou qu’il est trop mou au moment de punir les manquements. On pourra affirmer que c’est une folie de garder les écoles ouvertes ou, a contrario, qu’on n’en fait pas assez pour assurer la réussite des jeunes dans cette période de privation.

Quant à Justin Trudeau, on ne manque jamais de matériel pour montrer qu’il est inapte à gérer cette crise, qu’il n’est bon qu’à dépenser de l’argent. Inversement, d’autres chroniqueurs préféreront souligner que ce n’est pas d’Ottawa que l’on gère les CHSLD et qu’on devrait adresser nos blâmes à Québec.

Ce que beaucoup de gens préfèrent, c’est soulever une contradiction dans le message du gouvernement. Qu’il nous dise, par exemple, de porter un masque aujourd’hui, alors qu’il disait le contraire en avril. On pourra accuser le premier ministre et son directeur de santé publique de manquer de transparence ou plutôt exiger qu’on leur sacre la paix avec cette reddition de comptes en période de crise.

Un coup parti, on peut parler des citoyens, aussi. Leur dire qu’ils ne vivent pas sous les bombes d’un conflit mondial, et d’arrêter de se lamenter. Dénoncer le moindre écart de conduite comme s’il revenait à nier la pandémie. On pourra aussi prendre le bord des gens pour réclamer des assouplissements ou dire au monde de ne pas lâcher, mais après un an, il faut avouer que ça commence à être usé.

Penser le futur

Le pire, c’est qu’on peut défendre chacun des points de vue énoncés plus haut et le faire en toute bonne foi et en ayant au moins partiellement raison. Et tout le monde, sur une période de près d’un an, aura sans doute communié une fois à presque toutes ces chapelles.

À la fin, qu’ils soient journalistes ou chroniqueurs, les gens qui ont le privilège d’avoir une tribune médiatique sont aussi des citoyens qui composent avec les aléas de la pandémie et qui sont tannés du confinement. Et il arrive qu’on commence à être fatigués de piger chaque jour dans le grand buffet de la COVID-19. Qu’on se sente un peu « covidés », intellectuellement.

Reste que c’est quand même de ça qu’on va continuer de parler, puisqu’il le faut. Justement parce que l’écœurement de la COVID, c’est ça que nos lecteurs vivent eux aussi.

Néanmoins, il faudra bientôt recommencer à penser le futur, ne serait-ce que pour se reposer du présent.

  • Écoutez la chronique de Gilles Proulx au micro de Richard Martineau sur QUB radio: