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Incursion dans l’«Amazon du crime»

Le Journal a pu constater que des armes sont accessibles sur le dark web pour quelques centaines de dollars

Ces armes de poing sont disponibles sur le <em>dark web</em> pour quelques centaines de dollars. Dans l’écran de l’ordinateur, le vendeur indique qu’elle sera expédiée en morceaux afin de déjouer les services frontaliers, divisée en 10 à 15 colis. Il ajoute que le client devra lui-même monter l’arme.
Captures d'écran, Le Journal Ces armes de poing sont disponibles sur le dark web pour quelques centaines de dollars. Dans l’écran de l’ordinateur, le vendeur indique qu’elle sera expédiée en morceaux afin de déjouer les services frontaliers, divisée en 10 à 15 colis. Il ajoute que le client devra lui-même monter l’arme.

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La possibilité pour les criminels de se procurer des armes à feu en se tournant vers le dark web, où des cryptomarchés sont décrits comme l’« Amazon du crime », inquiète forces de l’ordre et experts.

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Le Journal a pu observer ces derniers jours que plusieurs armes de poing sont offertes, parfois pour quelques centaines de dollars, sur des sites clandestins du marché noir en ligne.

Certains trafiquants offrent de faire livrer par la poste des armes et des munitions à votre porte et affirment que leur colis saura résister aux technologies rayon X des services frontaliers. 

« Pour les envois [ailleurs qu’aux États-Unis], nous allons expédier morceau par morceau pour déjouer les douanes. Succès de livraison à 100 %. Ça peut prendre deux à trois semaines. [...] Vous allez recevoir 10 à 15 boîtes. Vous devrez l’assembler », explique un « vendeur » sur son annonce.

Et c’est une situation qui inquiète la police de Montréal. 

« Il y a des dossiers d’enquête qui sont ouverts par rapport à l’achat d’armes sur le dark web, c’est un secteur d’activité qu’on regarde énormément, a indiqué David Bertrand, inspecteur au Service de police de la Ville de Montréal. J’hésiterais à parler de facilité à la population en général. [...] Y a quand même un processus et un risque reliés à ça. »

Quelques clics... et des recherches

Or, c’est justement de ce processus que certains experts se soucient. En quelques clics et de bonnes recherches, une personne mal intentionnée peut apprendre la marche à suivre. 

« C’est facile d’acheter des armes en ligne, déplore Luc Lefebvre, cofondateur de Crypto.Québec et expert en cybersécurité. Même chose pour des substances illicites. Les gens mettent ça dans leur panier et paient avec de la cryptomonnaie. C’est le “Amazon du crime”. »

Selon lui, tout comme les sites de vente légitimes, les vendeurs du marché noir ont tout avantage à bien livrer la marchandise, puisque leur clientèle peut laisser des commentaires en fonction de leur satisfaction. 

« Je n’ai pas l’impression que le contrôle et le trafic des armes à feu, c’est une priorité. Il semble manquer de ressources pour s’attaquer à ce fléau », déplore-t-il. 

Une préoccupation qui est partagée par la criminologue Maria Mourani.

« Ça prend une escouade qui s’occupe du trafic d’armes à feu sur le web, car c’est devenu le lieu pour s’en procurer. Est-ce que les escouades de lutte contre le trafic d’armes ont des policiers de cybercrime pour retracer les vendeurs sur le dark web ? » se demande-t-elle. 

– Avec Erika Aubin et Hugo Joncas, Le Journal et Bureau d’enquête 

L’imprimerie en 3D serait le futur fléau   

  • Antoine Lacroix et Erika Aubin  

« Oui, il y a le dark web. Ça fait très James Bond, mystérieux. Mais quelqu’un qui ne veut pas se compliquer la vie va se tourner vers les imprimantes 3D, c’est encore plus facile », affirme Jean Loup Le Roux, expert en sécurité. 

Ce dernier s’inquiète de ce que des criminels mettent sur pied des usines pour fabriquer à la chaîne des ghost guns ou fusils fantômes, qui sont intraçables. Des plans sont facilement accessibles sur internet, ainsi que les tutoriels pour les monter. Même si elles sont moins performantes que les vraies armes, celles imprimées demeurent très dangereuses.

« Si ce n’est pas déjà fait, tous les facteurs sont réunis pour que ça devienne un gros marché », croit-il.

Ce constat est partagé par Francis Langlois, spécialiste en armes à feu, qui estime que ce sera la prochaine tendance à surveiller au Canada.

« Aux États-Unis, ça reste plus compliqué de produire ces armes-là parce que le marché est saturé de vraies armes à feu. Mais ici, c’est en pleine lancée », affirme le membre de l’Observatoire sur les États-Unis de la chaire Raoul-Dandurand.

Pas évident à pincer

« Les gens commencent à se demander comment on pourra contrôler [ce phénomène]. Des gens qui impriment et usinent des armes, ce n’est pas évident à capturer. Il faudra investir beaucoup pour la surveillance sur [internet] pour savoir qui télécharge des plans. Encore là, ce n’est pas évident », poursuit M. Langlois. 

Pièces en gros

Des pièces sont facilement accessibles sur internet, selon les experts.

« On achète l’arme en pièces détachées. Les morceaux sont moulés, mais pas tout à fait terminés. Il faut percer des trous, les limer, couper des morceaux et faire l’assemblage, etc. Quand tout ça est fait, l’arme est fonctionnelle », illustre M. Langlois.

« Je ne dirais pas que c’est l’ensemble des armes à feu saisies, ce n’est pas la majorité, on n’est pas encore rendu là », tempère cependant l’inspecteur du SPVM David Bertrand.