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L’histoire se souvient du Québec au K2

Une dizaine de Québécois avaient participé à la première expédition hivernale en 1987-1988

K2
Photo courtoisie

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En alpinisme, les livres d’histoire retiennent deux grandes dates : la première tentative d’ascension et la première réussite du sommet. Trente-trois ans après le premier assaut hivernal du K2, auquel avaient participé des Québécois en 1987-1988, 10 Népalais ont réussi l’impensable. Ils ont conquis la dernière des 14 montagnes de plus de 8000 m, invaincue en hiver.

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La cinquième tentative aura été la bonne, quand les 10 membres de la communauté ethnique des Sherpas ont planté simultanément leur piolet à la cime de la Montagne sauvage, culminant à 8611 m d’altitude. En s’unissant à quelques mètres du sommet pakistanais, ils ont passé un message fort prouvant la force du nombre et la puissance de la solidarité. 

Les alpinistes québécois qui avaient participé à la première folle aventure sous les ordres de l’un des deux chefs d’expédition et grand maître d’œuvre, le Montréalais d’origine polonaise Jacques Olek, se réjouissent de l’exploit des Népalais sur le second plus haut pic au monde. Jamais toutefois n’auraient-ils cru attendre si longtemps pour applaudir une réussite.

« J’étais persuadé qu’après quelques années, un grimpeur serait parvenu au sommet du K2 en hiver », témoigne Jean-François Gagnon, impressionné par la rapidité d’exécution de la mission. « Le K2, c’était l’objectif des Polonais. Ils sont solides et doués. Ils ont tenté le coup trois fois sans réussir. Certains doivent être déçus, dont Krzysztof Wielicki qui a participé à chacune des trois tentatives. »

Auteurs de 10 des 14 conquêtes hivernales sur « les 8000 mètres », ceux-ci sont les grands spécialistes de la discipline. De janvier à mars 1988, les Québécois s’étaient greffés sans rougir à de véritables légendes. Ils avaient gagné leur respect.

En 1987-1988, une expédition internationale avait pris d’assaut le mythique sommet du K2 dans une tentative hivernale.
Photo d'archives
En 1987-1988, une expédition internationale avait pris d’assaut le mythique sommet du K2 dans une tentative hivernale.

Défi hors norme

Gagnon partageait jusqu’en 2018 un record vieux de 30 ans. Le 6 mars 1988, il avait atteint les 7350 m d’altitude sur la face sud du K2. Les engelures et des conditions météo difficiles avaient forcé la cordée à redescendre la voie, sonnant le glas de la mission.

« On était allés au bout de nos ressources. Rendu au camp 3, je savais qu’on n’irait pas plus loin. Je n’avais plus d’énergie. Je l’avais dit à la radio, la voix épuisée. C’était terminé », évoque l’alpiniste doué de 5 pi 4 po aujourd’hui âgé de 61 ans.

L’expédition internationale regroupant plus d’une vingtaine de grimpeurs originaires de la Pologne, de l’Angleterre et du Québec avait affronté des conditions climatiques exécrables. En affrontant des vents de la puissance d’ouragan, elle n’avait jamais profité de deux jours consécutifs de beau temps, ce qui avait compliqué la progression sur la montagne. 

K2
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« On avait essayé plein de stratégies, soutient Gagnon. Ce qu’on ne pourra jamais nous enlever, c’est d’être les premiers humains sur terre à avoir osé cette aventure. » 

Un autre alpiniste québécois enrôlé par Olek à l’époque, Jean-Pierre Danvoye, ressent encore la fierté d’y avoir participé. Mais il préfère conserver son humilité, d’autant plus que le sommet est maintenant coché. 

« Il n’y a rien de facile dans cet environnement au K2. L’exploit aura pris plus de 30 ans à être réalisé. Il prouve qu’il faut être fort, combatif, patient et toqué pour réussir. C’était une expérience inoubliable. Elle a changé ma vie. Je n’ai plus passé un hiver comme celui-là, dehors, au pied d’une si haute montagne », confie l’aventurier de 74 ans. 

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Longue caravane 

Avec une phalange d’orteil en moins, l’alpiniste Pierre Bergeron garde un doux souvenir du plus grand projet dans lequel il s’est lancé. Avec sa force, celui qu’on surnommait King Kong avait non seulement progressé sur la voie de l’éperon des Abruzzes, avec Maciej Berbeka, mais il s’était aussi donné corps et âme dans les préparatifs. En tout, il était resté au Pakistan sept mois. 

Depuis son pied-à-terre sur le terrain de l’ambassade canadienne à Islamabad, il avait participé à l’organisation de l’imposante caravane durant l’automne. Celle-ci comptait environ 440 porteurs qui avaient acheminé le matériel de 15 tonnes sur plus de 200 km jusqu’au camp de base. L’armée avait également contribué au transport du combustible.

K2
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« Nous avions rencontré toutes sortes de difficultés, se remémore-t-il. L’hiver était arrivé plus vite en montagne. Il y avait beaucoup de neige. Il avait fallu engager des porteurs additionnels. Certains faisaient la navette entre le camp de base et les villages. C’était une logistique complexe. La météo extrême n’avait jamais joué en notre faveur. 

« Cette année, les alpinistes ont profité de belles fenêtres de beau temps, a-t-il enchaîné. Avec la technologie, ils ont pu tout prévoir. La présence d’autant d’expé-ditions ne s’était jamais vue en hiver. Ils étaient donc assez nombreux pour équiper la voie et ils disposaient de l’oxygène. Mais ça n’enlève rien aux Népalais. Ils ont réussi. » 

Maintenant ce sommet vaincu en hiver, quel sera le nouveau défi ? Piqués au vif dans leur orgueil, gageons que les Polonais tenteront un coup collant aux vieilles traditions. Réserveront-ils un coup d’éclat en tentant une ascension par le versant nord ou bien par la fameuse Magic Line, sur l’arête sud-ouest en hiver ? Ils avaient ouvert cette voie « suicidaire » avec succès en 1986. Tout est à refaire... 

Les Québécois qui ont participé à l’expédition 1987-1988  

  • Jacques Olek | chef d’expédition adjoint 
  • Jean-François Gagnon | alpiniste 
  • Jean-Pierre Danvoye | alpiniste 
  • Pierre Bergeron | alpiniste 
  • Bernard Mailhot | alpiniste 
  • Yves Tessier | Médecin 
  • Stuart Hutchison | médecin 
  • Caroline Gosselin | aide aux préparatifs 
  • Judy Marshall | aide aux préparatifs 
  • Dominique Raymond | aide aux préparatifs 
  • Richard Chartier | journaliste 
  • Jérôme Del Santo | caméraman 
  • Hubert Macé de Gastines | preneur de son  

Frontière du Pakistan et de la Chine

Chaîne montagneuse du Karakoram  

  • 8611 mètres d’altitude (28 251 pieds) 
  • 2e plus haut sommet au monde  
  • 1re ascension : Juillet 1954 – Lino Lacadelli et Achile Compagnoni   

Tentatives hivernales :  

  • 1987-1988 | 2002-2003 
  • 2011-2012 | 2017-2018 
  • 2020-2021