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François Legault contre la gauche woke

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C’est une bonne chose, une très bonne chose, de voir autant de journalistes et d’intellectuels s’inquiéter de la mouvance woke. Ils arrivent un peu tard dans le débat, certes, sans toujours reconnaître le travail de ceux qui dénoncent depuis des années ce phénomène, qui n’a rien de nouveau, mais il ne faut jamais se désoler d’avoir de nouveaux alliés! Ils ont beau mettre des gants en parlant du phénomène, se pincer le nez en évoquant avec dédain ceux qui parlaient de cette question avant eux, on leur pardonnera. Dans leurs médias, s’ils osaient parler sans ces prévenances, ils se feraient hacher menu. De temps en temps, on peut même se demander s’ils comprennent les causes profondes de ce qu’ils dénoncent. Mais ne soyons pas méchants et tendons-leur la main!

C’est aussi une très bonne chose de voir la classe politique annoncer qu’elle lui tiendra tête, comme vient de le faire François Legault, qui expliquait dans ses mots aujourd’hui que l’intolérance idéologique qui se présente sous le signe de la vertu est un vrai danger pour l’esprit démocratique. La question de la liberté d’expression en général et de la liberté académique en particulier s’impose au cœur de la vie publique. La liberté d’expression doit être défendue ardemment et nous ne pouvons que nous réjouir de voir le premier ministre s’emparer personnellement de cet enjeu, en en faisant une priorité nationale. Il y a quelques mois, d’ailleurs, Paul St-Pierre Plamondon avait déjà plaidé pour une action sur la question. Quelle que soit leur nuance de bleu, les nationalistes s’entendent pour défendre la démocratie contre la mouvance woke. 

La réaction paniquée de la mouvance woke, qui se drape derrière le principe de l’autonomie universitaire pour dissimuler son emprise sur une institution qu’elle a détournée pour en faire une machine de guerre idéologique est révélatrice. Certains nous disent que l’université est capable de se réguler elle-même. Elle a pourtant fait la preuve du contraire depuis des années, et de la manière la plus grotesque qui soit. Plusieurs recteurs eux-mêmes, et bien des professeurs, sont tentés aujourd’hui par une censure à prétention vertueuse. Bien des étudiants souffrent de cet environnement qui fonctionne selon les règles du contrôle idéologique. À travers son emprise sur l’université, et surtout, sur les départements de sciences sociales, la gauche woke exerce une véritable hégémonie idéologique sur la société: elle maîtrise les conditions de production de l’idéologie dominante, et cela, bien au-delà des départements de sciences sociales. 

Mais ce serait une erreur de croire que cette mouvance est simplement le fait de militants radicaux qu’il suffirait de confronter pour que le débat civilisé reprenne ses droits. Nous ne sommes pas seulement devant des hurluberlus isolés. La mouvance woke, je le redis, ne représente que la nouvelle vague du déploiement du politiquement correct, qui est hégémonique dans l’université depuis bien plus longtemps. Le wokisme, en quelque sorte, est un politiquement correct radicalisé et fanatisé. Il ne s’agit pas, toutefois, d’une dérive inattendue, mais de l’expression la plus achevée de l’idéologie dominante dans le milieu universitaire. Nous ne devrions pas parler des dérives du wokisme, mais du wokisme comme dérive. Mais pour le savoir, il faut s’intéresser à la guerre culturelle qu’il mène dans le monde des idées ainsi qu’à ses méthodes. 

Cette idéologie domine aussi les milieux culturels, les organismes subventionnaires qui les soutiennent, et est très présente dans le milieu médiatique, comme on le voit à Radio-Canada qui soumet ses employés à des ateliers de rééducation idéologique obligatoires. Cette idéologie se retrouve aussi à différents degrés dans la fonction publique et plus largement, dans les départements de marketing et de ressources humaines de plusieurs entreprises, qui normalisent sa rhétorique sans vraiment savoir ce qu’ils font. L’autoritarisme aime se draper derrière les plus nobles intentions. Au nom de ce qu’elle appelle la «diversité», la gauche woke entraîne notre société dans une régression racialiste. Elle fabrique des interdits, transforme des mots en tabous et rend imprononçable le titre de certaines œuvres. 

Il faut donc avoir une vision d’ensemble de la situation. Ceux qui, dans les médias, dénoncent les étudiants censeurs sans s’intéresser aux fondements idéologiques de leur prétention à la censure, sans même se rendre compte qu’il leur arrive de les embrasser, participent à la confusion générale. De ce point de vue, si on veut vraiment tenir tête au wokisme et entreprendre une reconquête démocratique de l’espace public, il faut comprendre les mécanismes institutionnels par lesquels il exerce une telle emprise sur l’université, qu’il transforme en machine à endoctriner et à embrigader, en plus de fabriquer trop souvent un faux savoir pseudo-scientifique, mais authentiquement délirant qui continue de bluffer un trop grand nombre d’acteurs sociaux même si, de temps en temps, des canulars universitaires bien montés révèlent sa grotesquerie. 

Comment fonctionnent aujourd’hui les organismes subventionnaires? Comment le processus d’embauche des professeurs favorise-t-il la création de coteries idéologiques n’ayant plus rien à voir avec la liberté universitaire? Comment les associations étudiantes fanatisées se permettent-elles d’avoir un comportement milicien sur les campus? Il ne faudra pas se contenter de prendre la pose pour défendre la liberté d’expression: il faudra restaurer l’institution qui n’aurait jamais dû la trahir. C’est au nom de la liberté qu’il faut s’engager. La liberté de penser, de débattre, de réfléchir. Cette bataille, qui doit être menée, nous permettra de dire que le Québec sait résister au délire idéologique nord-américain et confirme, de la plus belle façon qui soit, sa réputation de village gaulois.