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Deux filles libres en cavale

Katherine Pancol
Photo courtoisie L'écrivaine Katherine Pancol

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Écrivaine prolifique et talentueuse, Katherine Pancol a remonté le fil de ses souvenirs pour raconter l’histoire incroyable d’une de ses copines et leurs aventures rocambolesques à Paris, au Mexique et à Saint-Tropez dans les années 70 dans un nouveau roman sincère et savoureux à souhait, Eugène et moi. Libres, les filles ont soif de découvertes et d’indépendance, et apprennent à devenir celles qu’elles rêvent d’être, même si le chemin est semé d’embûches.

Le roman, illustré par Anne Boudart, est une vraie pépite d’or. On y retrouve Katherine la blonde et sa copine Eugène, une rousse qui aplatit ses longs cheveux avec un fer à repasser et n’a peur de rien. Elles ne semblent pas avoir grand-chose en commun, sauf leurs 20 ans, leur beauté et l’idée que « sans risque, la vie est trop triste ».

<strong><em>Eugène et moi</em><br>Katherine Pancol<br>Illustrations Anne Boudart</strong><br>Éditions Albin Michel<br>environ 224 pages.
Photo courtoisie
Eugène et moi
Katherine Pancol
Illustrations Anne Boudart

Éditions Albin Michel
environ 224 pages.

Eugène initie Katherine à la liberté la plus radicale. Les deux filles sautent dans un avion, direction Acapulco, se débrouillant comme elles peuvent et zigzaguant comme des folles entre les emmerdes en tout genre.

Katherine Pancol a infusé ce roman trépidant de souvenirs très personnels – et pas toujours joyeux – qui démontrent qu’être libre et indépendante dans les années 70 n’était pas gagné d’avance.

Autobiographique

En entrevue, la romancière à succès explique avoir retrouvé sa copine de longue date au cours des derniers mois alors qu’elles étaient toutes deux confinées en Normandie. Elles se sont mises à se parler pratiquement tous les soirs et à reparler de leurs « exploits ».

« À peu près tout est autobiographique. Même tout, quoi ! » s’exclame-t-elle. « Au départ, c’était sur Instagram... Mais tout le monde adorait et mon éditeur m’a dit : “On va en faire un bouquin !” »

Sa copine est un personnage hors normes. « Elle est toujours pareille, toujours hors des sentiers battus. Je trouve ça très inspirant », note-t-elle.

Un monde violent

Même si l’histoire est très drôle par moments et qu’elle présente des héroïnes extravagantes et rigolotes, à d’autres moments, notre cœur se serre, car ce sont des femmes qui ont souffert de la violence. 

« C’était incroyable, la violence envers les femmes à l’époque, et c’était normal », ajoute-t-elle. Katherine, jeune journaliste, aimait un homme qui la faisait pleurer. Eugène était aux prises avec un fou qui l’enfermait dans son appartement et la maltraitait. « On a du recul, maintenant. On s’en est sorties, toutes les deux. On se disait plutôt : oh la la, qu’est-ce qu’on était fortes ! 

« Tout ce qui nous est arrivé, c’était violent, mais on s’en sortait à chaque fois. » Elles ont eu de la chance parce que, parfois, les choses auraient pu vraiment mal tourner. Que ce soit dans un hôtel à Saint-Tropez ou en faisant du ski nautique dans la baie d’Acapulco au milieu des requins. « Après coup, on s’est dit : oh, ça aurait pu être horrible. On était totalement insouciantes. » 

Saint-Tropez

À l’époque, les filles étaient dans la jeune vingtaine. « Même à Saint-Tropez... honnêtement, c’est incroyable : c’était la foire aux vanités. C’était les beaux bateaux, les grandes soirées et puis derrière, c’était la cocaïne, les prostituées. Tout pour les apparences. » Elle a d’ailleurs supprimé certaines parties. « Je n’ai pas tout raconté, parce que les gens ne m’auraient pas crue. »

Katherine Pancol explique avoir eu une enfance plutôt « rock’n’roll ». « À 13-14 ans, j’étais au courant de la vie, quoi. Mais c’est vrai que le Mexique, ç’a été la cerise sur le gâteau. On était totalement insouciantes. Chaque jour était une nouvelle aventure. Mais le monde était violent pour les filles. » 

EXTRAIT

« À Acapulco, elle connaît un hôtel simple mais chic. Le directeur, un Américain vêtu d’un jean rose, d’une chemise pervenche, croulant sous les bracelets et les colliers, hurle “Euugiiine” à notre arrivée.

Il nous conduit en chaloupant dans notre chambre (on n’a plus les moyens d’avoir chacune la nôtre). Les bras en croix sur l’un des deux lits, je répète “Acapulco, je suis à Acapulco. Là où John Kennedy a emmené Jackie pour leur voyage de noces !”.

– Et il l’a trompée tout du long ! La pauvre rongeait ses ongles en l’attendant. J’aurais détesté être mariée à ce type-là. »


  • Katherine Pancol est l’un des plus grands phénomènes de l’édition de ces dernières années.
  • Ses romans, traduits dans une trentaine de pays, connaissent un succès mondial.
  • Plusieurs de ses best-sellers sont devenus des classiques : Les yeux jaunes des crocodiles, La valse lente des tortues, Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi, de même que la trilogie Muchachas.
  • Anne Boudart est autrice et illustratrice. Elle a publié Une Marseillaise à La Haye en 2018 et illustré plusieurs livres.