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Une quête des origines

Deni Ellis Bechard
Photo courtoisie, Julie Artacho

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Auteur du roman primé Vandal Love (Perdus en Amérique), Deni Ellis Béchard revient cet automne avec un roman percutant sur les traces de l’Histoire, le rôle de l’art et les affres de la guerre : Une chanson venue de loin. Avec une plume magnifique, traduite par la talentueuse Dominique Fortier, il invite les lecteurs à le suivre dans une grande quête, de l’Île-du-Prince-Édouard au 19e siècle jusqu’à l’Irak d’aujourd’hui.

Hugh voit son demi-frère, Andrew, pour la deuxième fois à l’enterrement de leur père. Ils n’ont pas grand-chose en commun et Hugh est fasciné par cet être solitaire qu’il n’a pas vraiment connu.

<strong><em>Une chanson venue de loin</em><br>Deni Ellis Béchard</strong><br>Éditions XYZ<br>320 pages.
Photo courtoisie
Une chanson venue de loin
Deni Ellis Béchard

Éditions XYZ
320 pages.

En fouillant dans le bureau de son père, Hugh découvre un livre signé Rafael Estrada, qui a le même patronyme que lui. Il est alors certain d’avoir trouvé une clé pour son identité profonde. La quête ne sera pas simple... et remontera loin dans le temps, jusqu’à un homme qui jouait du violon, en Acadie. 

En entrevue depuis Miami, Deni Ellis Béchard explique qu’il a travaillé pendant 20 ans sur ce livre et voulait parler de la manière dont on conçoit l’Histoire. « Souvent, quand je lis de grands romans historiques, ils sont très linéaires et toutes les ombres sont illuminées. On essaie de montrer l’histoire de la famille, dès le début, jusqu’à la fin, ou quelque chose de ce genre. »

Il trouvait que cela ne ressemblait pas du tout à sa façon de vivre l’Histoire et le passé. « Ce que j’ai vécu, ce que je vois, c’est plutôt des points de lumière qu’on voit à distance, comme des lumières sur un chemin, la nuit. Je voulais offrir cette expérience au lecteur : essayer de faire face à toutes les fictions et les choses inventées qu’on a reçues comme vérités, et qui ont transformé nos vies parce qu’on y a cru. »

Deni voulait aussi montrer que l’art peut aider les gens à guérir des traumatismes de la guerre, et comment la guerre influence l’identité d’une famille au fil des siècles.

Il aborde l’art par le truchement de la musique, avec le personnage de Joseph et de son violon, et au moyen d’artefacts irakiens volés pendant la guerre. 

« Souvent, on parle de l’art dans un sens positif, comme si c’est toujours révolutionnaire ou quelque chose qui nous libère. Mais l’art, c’est aussi de la propagande : beaucoup d’œuvres présentées dans les musées du monde montrent par exemple un empereur qui va célébrer des guerres. »

Le poids de l’Histoire

Joseph, qui a grandi entre deux cultures, ne songe qu’à jouer du violon et vivre de son art à l’Île-du-Prince-Édouard, mais se trouve coincé dans un engrenage historique. 

« Je voulais explorer à quel point quelqu’un qui vit en campagne, sur une île, qui est loin des sources du pouvoir, est vraiment très affecté par l’Histoire. Il fait tout ce qui est possible pour laisser tomber le poids de son histoire pour s’en sortir, et chaque fois qu’il fait ça, il entre dans une autre histoire. Il ne peut pas s’en sortir. »


  • Deni Ellis Béchard est écrivain et journaliste.
  • Il a grandi entre le Canada et les États-Unis et s’exprime parfaitement en français.
  • Il a reçu le prix du Commonwealth du premier roman en 2006, avec Vandal Love (Perdus en Amérique).
  • Il a aussi écrit Remèdes pour la faim, Des bonobos et des hommes et Blanc.