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Une dame âgée meurt à l’urgence dans l’indifférence des employés

Sa famille a choisi de poursuivre l’hôpital de Saint-Eustache pour près de 765 000 $

mère hôpital
Photo Antoine Lacroix et courtoisie Josée Antonacci poursuit l’hôpital de Saint-Eustache pour la somme de 764 500 $ en raison de la mort de sa mère, Claudette Goyer (en mortaise), qui est décédée après des heures à l’urgence, le 31 octobre 2019, sans être prise en charge.

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Deux sœurs poursuivent l’hôpital de Saint-Eustache pour plus de 760 000 $ après que leur mère est décédée en attendant durant plus de cinq heures à l’urgence sans être prise en charge. 

« Je trouve ça assez dégueulasse qu’elle soit morte toute seule dans un coin, dans une petite jaquette d’hôpital. Elle est morte sans nous. C’est ça qui me blesse le plus là-dedans », rage Josée Antonacci, les larmes aux yeux, en repensant à sa mère, Claudette Goyer.

La dame de 71 ans a rendu l’âme le 31 octobre 2019, dans la salle d’attente de l’établissement de la Rive-Nord. 

La veille, en soirée, la septuagénaire s’était rendue à l’hôpital de Saint-Eustache avec une autre de ses filles afin de subir un examen en imagerie par résonance magnétique (IRM), mais elle était tellement souffrante que la procédure n’a pas pu être complétée. 

Des technologues leur ont recommandé de se rendre à l’urgence pour que Mme Goyer soit examinée et leur ont dit qu’ils [les employés] seraient prévenus de son arrivée imminente. C’est là que va se produire une suite de « négligences grossières », peut-on lire dans la poursuite.

« Prenez un numéro »

Une fois à l’urgence, vers 21 h 30, la fille de Mme Goyer indique à une personne à l’accueil qu’elles arrivent de l’IRM, mais n’a pas le temps d’en dire davantage.

« Prenez un numéro, allez vous asseoir et attendez qu’on vous appelle au prétriage dans quelques minutes », leur aurait lancé une agente à l’accueil. 

Elles se sont exécutées. Au bout de 30 minutes, la fille de Mme Goyer a demandé ce qu’il en était et on lui a répété d’attendre. 

L’aînée a alors dit à sa fille qu’elle pouvait retourner chez elle, ce qu’elle a fait. 

Pour des raisons nébuleuses, la patiente n’est jamais passée au triage et personne ne serait venu la voir, et ce pendant plusieurs heures, malgré qu’elle était en jaquette d’hôpital et qu’elle avait un cathéter dans le bras. 

Vers 3 h du matin, un usager a remarqué que la femme n’avait pas bougé depuis un bon moment et a averti une employée.

Mais il était trop tard, Mme Goyer avait succombé à un emphysème pulmonaire et une intoxication médicamenteuse, selon le rapport du coroner.

« On se demande combien ça aurait pris de temps avant qu’ils trouvent ma mère, si ce monsieur ne les avait pas avertis ? Jusqu’où ça aurait pu aller ? » se demande Josée Antonacci.

Aucune réponse

Elle et sa sœur Chantal ont donc intenté une poursuite contre l’hôpital de Saint-Eustache, pour une somme de 764 500 $, pour tous les dommages subis. 

Elles ont tenté d’obtenir des réponses de l’établissement, mais sans succès, alors que l’hôpital aurait « refusé toute collaboration », sans jamais s’excuser.

« On fait ça pour que ça n’arrive pas à d’autres familles, pour qu’il y ait justice pour notre mère. [...] C’était sa fête une semaine après, on pensait la fêter, pas devoir l’enterrer », déplore en sanglots Mme Antonacci. 

– Avec Diane Meilleur


Le Centre intégré de santé et de services sociaux des Laurentides a indiqué ne pas pouvoir commenter puisque la situation « fait présentement l’objet de procédures judiciaires », se disant « attristé par le deuil vécu par la famille ».

Extraits de la poursuite 

« Il s’agit sans conteste de négligences grossières, de manquements graves et de fautes lourdes qui ont engendré le décès de Mme Claudette Goyer »

« Environ 5 h 30 après l’arrivée de Mme Goyer à l’urgence, un usager présent dans la salle d’attente, qui semble être le premier à s’être soucié d’elle après toutes ces heures, aurait informé une employée de l’hôpital qu’une dame en chaise roulante n’avait pas bougé depuis très longtemps »

« N’eût été tous ces manquements inacceptables [...] Mme Goyer aurait pu recevoir en temps utiles les soins appropriés à son état et sa mort aurait été évitée sans aucun doute possible »

« Rien dans l’historique médical connu de Mme Goyer n’explique par ailleurs un décès aussi soudain, si ce n’est le fait d’avoir été une patiente âgée, vulnérable et souffrante qui a été abandonnée à son sort pendant plusieurs heures dans une salle d’attente [...] jusqu’à ce qu’il soit trop tard. »