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Andrew Cuomo face à la destitution?

Andrew Cuomo
AFP Andrew Cuomo

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L’an dernier alors que les démocrates peinaient à se trouver un candidat ou une candidate pour affronter Donald Trump et que Joe Biden éprouvait de sérieuses difficultés à se démarquer du peloton, de nombreux observateurs faisaient la promotion du gouverneur démocrate de l’État de New York.

Alors que son état était sévèrement touché par la pandémie, Cuomo affrontait régulièrement la presse, répondant aux questions de manière ferme tout en démontrant de l’empathie. Plusieurs y voyaient le meneur qui compensait l’absence de leadership de la Maison-Blanche.

À des amis québécois qui m’interrogeaient sur une candidature tardive du gouverneur, je répondais qu’Andrew Cuomo avait déjà évalué son potentiel et qu’il avait préféré s’abstenir. Pourquoi? Fort en gueule et un brin macho, le gouverneur n’est pas un nouveau venu sur la scène politique et il y a quelques squelettes dans son placard. On connaît l’homme et son style abrasif.

Après avoir incarné l’anti-Trump par excellence, Andrew Cuomo pourrait maintenant affronter la même épreuve que celui qu’il a vilipendé publiquement à de nombreuses reprises. Il est possible qu’il échappe lui aussi à l’affront d’une procédure de destitution, mais ses chances de réélection en 2022 risquent d’être sérieusement ébranlées. Il vise un quatrième mandat dans un état qui n’impose pas de limites au nombre de réélections.

Que reproche-t-on à Andrew Cuomo? Ses adversaires républicains, mais également des alliés démocrates, réagissent vigoureusement au fait qu’une membre de son administration ait reconnu qu’on avait revu à la baisse le nombre de décès dans les résidences pour personnes âgées. On aurait donc manipulé les données.

Après avoir attaqué l’administration de Donald Trump pour son déni des données scientifiques, le gouverneur aurait donc tenté de redorer son blason en cachant des faits. Un comportement trumpien et une récupération politique de la crise sanitaire.

Je rappelle au passage que le frère d’Andrew Cuomo est l’animateur vedette de CNN, Chris Cuomo. Ce dernier a réservé de nombreux segments de son émission à des discussions avec son ainé dont il faisait la promotion lors d’échanges que je considérais particulièrement embarrassants. D’ailleurs, on reproche maintenant à l’animateur de faire l’impasse sur la couverture des déboires de son frère.

Le gouverneur de New York traverse donc une tempête et il aura fort à faire pour réparer les pots cassés. Sa cote de popularité a chuté de dix points depuis la fin janvier, ne lui laissant qu’une infime marge de manœuvre.

Comme les démocrates contrôlent les deux chambres du congrès de l’état, je serais étonné qu’on accuse Cuomo dans le cadre d’une procédure de destitution. Ses adversaires ne manqueront cependant pas d’exploiter cette crise et ses alliés peuvent difficilement lui venir vigoureusement en aide dans un tel contexte.

Pour le moment, Cuomo a démenti une tentative de dissimulation des données, même s’il reconnaît avoir tardé à les transmettre. Comment expliquer ce délai alors? Une surcharge de travail pour son personnel et pour lui. Comme son équipe n’a pu produire toutes les données en temps réel aux journalistes, ces derniers ont comblé le vide médiatique en exprimant leurs doutes, d’où la controverse.

Andrew Cuomo survivra à cette crise, mais elle permet de constater que la manière Cuomo n’est pas sans faille. Ce n’est pas la première fois qu’on critique son approche et sa gestion. Gouverneur d’un état profondément démocrate, il n’a jamais disposé de majorité écrasante. La tourmente qu’il traverse est un indicateur supplémentaire pour expliquer qu’il ne se soit pas lancé pour une campagne présidentielle. Son dossier n’est pas sans taches et il polarise.