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Une société confinée finira par étouffer

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Déconfiner, déconfiner, déconfiner.

Tels devraient être les trois mots commandant notre réflexion collective dans les prochains mois. Parce que la pandémie est à la veille de se terminer ? Au contraire. On ne voit qu’elle à l’horizon, d’autant que le Québec pourrait bien, d’ici quelques semaines, subir la conquête du variant anglais.

Mais c’est justement parce que la pandémie ne se termine pas qu’il faut l’aborder autrement.

Une société ne saurait être condamnée au confinement à perpétuité. Le confinement doit demeurer une mesure d’exception. Il ne saurait être un mode de vie. À moins de consentir à une vie diminuée, nous ne saurions nous contenter de quelques petites plages annuelles de liberté, l’été, quand le virus semble prêt à nous laisser souffler. À terme, une société confinée finira par étouffer.

Oxygène

Ce n’est pas sans raison qu’on parle de santé mentale et des conséquences économiques dévastatrices de la crise. Viendra un moment où le confinement tel que nous le pratiquons fera plus de mal que de bien.

Qu’on se comprenne bien : je ne parle pas d’un déconfinement irresponsable, comme si le virus ne circulait plus parmi nous. Mais nous ne saurions plus faire du point de vue du médecin le seul autorisé dans l’organisation de la société.Il devient urgent de penser une restauration progressive de la vie sociale, dans le respect des gestes associés à la sécurité sanitaire, qui nous accompagneront un temps. Le gouvernement a déjà fait un pas en cette direction avec la réouverture des musées. Il en fait un autre avec celle des cinémas et en élargissant les conditions de la pratique sportive.

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Il faut désormais permettre au commun des mortels de sortir de chez soi.

De ce point de vue, deux étapes symboliques doivent être franchies.

D’abord, la fin du couvre-feu. À tout le moins, il faut envisager sa suspen-sion progressive. L’assignation à résidence est absolument contraire à tous les principes de notre société. Peut-être faudra-t-il y aller par étape, en redonnant le droit de prendre l’air et de se balader un peu autour de chez soi après 20 h ?

Ensuite, la réouverture des restaurants. Il ne s’agit pas d’autoriser un plaisir bourgeois, mais de créer un lieu de rassemblement autorisé et sécurisé. Elle aurait une vertu : elle faciliterait des rencontres sociales plus sécuritaires que des rassemblements privés. Les restaurants, ne l’oublions pas, se sont déjà préparés, l’automne dernier, au nouveau contexte sanitaire.

Liberté

Rien de tout cela ne remplacera la vraie liberté.

Mais un homme qui étouffe a d’abord besoin d’une bouffée d’air. Une société aussi.

Ce nécessaire déconfinement ne sera pas facile. On suspend plus facilement les libertés qu’on les restaure. Notre rapport au risque ne peut plus être le même qu’hier.

Mais une fois la fameuse semaine de relâche traversée, il faudra vraiment y penser. À moins qu’on nous explique ensuite devoir attendre après le congé de Pâques ? 

D’ici là, nous attendrons la vaccination et les médicaments espérés. Mais nous savons qu’en la matière, nos espoirs sont condamnés à la modération.