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Haïti enquête sur la villa d’un sénateur à Laval

Rony Célestin
Photo Pierre-Paul Poulin

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Les autorités haïtiennes enquêtent sur l’acquisition d’une villa à 4,25 M$ à Laval par une consule et un sénateur de ce pays.

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L’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) d’Haïti lance cette procédure après l’achat de la luxueuse propriété en décembre et deux autres investissements, dont un prêt à un partenaire d’affaires du sénateur en question, Rony Célestin. Les trois transactions totalisent 6,4 M$.

Le directeur général de l’ULCC, Hans Jacques Ludwig Joseph, explique sur Twitter qu’il a lui-même entrepris l’enquête «pour soupçons de corruption».

Il y a deux semaines, un site internet haïtien publiait un texte sur la transaction de 4,25 M$ à Laval, réalisée sans aucun financement hypothécaire, des informations confirmées par notre Bureau d’enquête et La Presse.

Le Journal a aussi révélé que la consule d’Haïti à Montréal, Marie Louisa Aubin Célestin, femme du sénateur, avait accordé un prêt de 1,37 M$ à un certain Jean-François Châtaigne.

Ce Lavallois d’origine haïtienne avait démarré une entreprise avec Rony Célestin en 2020, selon les registres publics.

L’ULCC ne fait aucune mention de la transaction du couple avec lui.

  • Écoutez la chronique de Félix Séguin au micro de Richard Martineau sur QUB radio:

Refus de la banque

Lors d’une rencontre à son domicile, Jean-François Châtaigne avait assuré au Journal que son projet d'entreprise avec le sénateur était finalement tombé à l’eau.

«La banque ne voulait pas ouvrir le compte, alors je n’ai pas de partenaire d’affaires, a-t-il dit. Ça n’a pas marché.»

Il n’a toutefois pas dit en quoi consistait leur projet.

Le prêt que lui a accordé la consule a servi à acquérir un terrain de Sainte-Anne-des-Plaines où se trouvent des installations de recyclage de matériaux secs.

Importation de matériaux

Contacté par notre Bureau d’enquête mardi, l’avocat du couple Célestin, Alexandre Bergevin, nous avait envoyé une déclaration affirmant que le couple avait fait fortune dans l’importation de matériaux de construction et de carburant.

«Toutes ces activités se sont toujours réalisées et se réalisent encore dans les conditions régulières et légales déterminées par le cours du marché et les redevances douanières et fiscales», selon le courriel qu’il a fait parvenir.

Rencontré au consulat général de Montréal, le chef de mission Fritz Dorvilier avait reconnu qu’il avait «une préoccupation» quant aux transactions du couple Célestin au Québec.

Il a toutefois jugé qu’il n’avait pas à se mettre le nez dans les affaires de sa collègue.

«Elle travaille ici, mais ce ne sont pas nos oignons, c’est une affaire privée, dit-il. Elle a un statut diplomatique. Si elle a les moyens, je n’ai pas le pouvoir de lui demander de le prouver, je n’ai pas de droit de regard sur ses biens.»

Selon lui, la responsabilité de telles vérifications incombe plutôt, justement, à l’ULCC, qui vient d’annoncer le lancement d’une enquête sur Twitter. 

Outre ses derniers investissements, le couple Célestin avait acquis en 2018 une première propriété à Laval pour 800 000$, toujours sans hypothèque.

Le sénateur, proche du président de la République Jovenel Moïse, possède aussi une grande propriété en banlieue de la capitale d’Haïti, Port-au-Prince.

Le pays est actuellement secoué par une autre grave crise politique. Le président affirme que son mandat se poursuit jusqu’en février 2022, alors que l’opposition juge qu’il s’est achevé le 7 février. Cette journée-là, les autorités ont fait emprisonner 23 personnes en les accusant d’avoir fomenté un coup d’État.