/opinion/blogs
Navigation

L’État a sa place dans les chambres à coucher

Comfortable bed with warm knitted plaid in stylish room interior
Photo Adobe Stock

Coup d'oeil sur cet article

Les notions d’histoire politique de beaucoup de gais de ma génération sont assez limitées. Elles s’étendent souvent seulement à ce qui concerne les luttes pour les droits homosexuels.

Du côté étatsunien, ce sont les émeutes de Stonewall de 1969. Du côté canadien, c’est la phrase que Trudeau père a prononcée après avoir décriminalisé la sodomie, exactement la même année (en 69; ça ne s’invente pas...): «L’État n’a pas sa place dans les chambres à coucher de la nation».

LA SEXUALITÉ, OCCASION DE LA CRIMINALITÉ

Ç’avait tout pour devenir le slogan des LGBTQ+. Pour eux, l’État s’était toujours manifesté avec brutalité. Quand vous ne voyez l’État que là où il intervient, et quand il intervient seulement pour envoyer ses policiers casser vos partys... forcément, si on vous dit que l’État sortira de l’endroit où vous vous amusez le plus, vous serez enchanté.

C’était il y a 51 ans. Qu’on en prenne acte. 

Beaucoup de choses se sont passées depuis. La moindre n’est pas la prise de conscience du fait que la sexualité est l’occasion de beaucoup plus de crimes qu’on ne le pensait. 

Après #MeToo, nous sommes tous beaucoup plus prudents dans nos gestes et nos paroles. Après les femmes, les gais devraient être les prochains à se demander s’ils n’en tolèrent pas trop: je nous souhaite donc un #GayToo. 

Mais mon billet d’aujourd’hui concerne autre chose.

L’ÉTAT A SA PLACE PARTOUT, POINT

Pourquoi sommes-nous devenus prudents? Parce que nous savons que ce qui se passe dans les chambres à coucher de la nation n’est pas à l’abri de l’État. 

Seuls quelques conservateurs nostalgiques s’en désolent encore, regrettant le temps où la culture du consentement n’était pas aussi forte qu’aujourd’hui. Les autres comprennent que l’État a sa place partout où un humain interagit avec un autre – et même partout où il agit, en l’absence d’un autre, sur un objet que celui-ci pourrait réclamer. 

Autant dire qu’il a sa place partout, point.

Mais «avoir sa place» ne veut pas dire «l’occuper». L’État excelle quand il n’est pas nécessaire. Une fois que les règles du contrat social de base sont établies, s’il faut le faire intervenir, c’est qu’on n’a pas su s’arranger sans lui. 

Il excelle aussi quand on sait qu’on peut toujours le faire intervenir si nécessaire, c’est-à-dire quand les règles des contrats volontairement établis entre personnes ne sont pas respectées.

EST-IL NÉCESSAIRE D’ÉVALUER CHAQUE RELATION SEXUELLE?

L’État est présent dans son absence quand il approuve et laisse faire. Il n’a pas besoin d’évaluer chaque relation sexuelle pour déclarer que la sexualité est bénéfique dans l’ensemble. Mais il reste prêt à intervenir si une relation est initiée avec une personne non consentante – et devient donc nuisible. 

Food for thoughts pour les incohérents qui répètent d’un côté la phrase de Trudeau père, et de l’autre souhaitent un État interventionniste hors de la chambre à coucher. 

Les mêmes principes devraient s’appliquer partout: la collectivité rend chacun propriétaire de son corps, le laisse s’échanger comme il le veut, mais reste prête à poursuivre et à sanctionner si on essaie de v[i]oler la propriété d’un autre.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.