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Psychologie du p’tit gosseux bloqué sur Twitter

Psychologie du p’tit gosseux bloqué sur Twitter
Photo d'archives, AFP

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Il existe, sur Twitter, un personnage vite reconnaissable: appelons-le le p’tit gosseux.

Il appartient souvent à la meute woke lyncheuse qui s’anime sur les réseaux sociaux et cherche systématiquement à ruiner la réputation de ceux qu’elle désigne à la vindicte publique pour les condamner au bannissement social et professionnel. Ce p’tit gosseux est d’abord et avant tout un militant haineux, mais il ne le sait pas. C’est au nom de la tolérance qu’il veut en finir avec les gens qui ne pensent pas comme lui! Devant lui, il ne voit pas des adversaires, mais des ennemis de l’humanité contre lesquels tout est permis.

Mais le p’tit gosseux n’a pas toujours un profil aussi défini. Il arrive que le p’tit gosseux soit simplement un individu s’étant laissé contaminer par les mauvaises manières et le manque total de savoir-vivre qui dominent ce réseau social. Autrement dit, sans être de nature un militant agressif, il prend le pli de l’environnement où il cherche à s’imposer, à se faire voir. Ce p’tit gosseux peut appartenir à toutes les tendances idéologiques, notons-le.

Chose certaine, le p’tit gosseux insulte, il harcèle – il est toutefois persuadé de critiquer, et de le faire de manière piquante, en faisant preuve de beaucoup d’esprit. Il ne sait pas que vomir mille injures au visage d’un homme, ce n’est pas le critiquer, c’est l’insulter. Notre p’tit gosseux se double très souvent d’un inculte qui ne connaît pas le sens des mots qu’il utilise. Peut-être est-ce pour cela qu’il ne sait pas qu’il verse dans l’insulte? Il ne faut jamais sous-estimer les effets de l’effondrement de la culture générale sur le civisme. 

On ajoutera que notre p’tit gosseux est souvent accro aux réseaux sociaux et peut passer des heures et des heures chaque jour sur Twitter. Il n’est pas loin d’y camper. Il ne voudrait surtout pas manquer une occasion d’être désagréable envers son prochain! 

Alors, inévitablement, tôt ou tard, celui qui se fait harceler par le p’tit gosseux décide de le bloquer. 

Arrive donc, dans notre histoire, le bloqueur.  

Pour faire vite, on dira qu’il y a deux types de bloqueurs sur les réseaux sociaux – je laisse de côté ceux pour qui le blocage n’est pas une option. 

Il y a le bloqueur patient. Il rechigne, généralement, à bloquer. Il attend que le p’tit gosseux l’attaque à répétition, puis se décide à le bloquer. Il y a des limites à laisser un ti-caille nous polluer la vie numérique. Pour ce type de bloqueur, le blocage est un grand moyen. Il a probablement un problème de conscience chaque fois qu’il bloque, mais il finit par s’y résoudre dans des circonstances exceptionnelles. Je ne suis pas de cette école, ou, du moins, je ne le suis plus depuis très longtemps. 

Il y a aussi le bloqueur qui, tout de suite, bloque le p’tit gosseux. Il croit avoir du flair pour le détecter – il faut dire que le p’tit gosseux n’est pas un modèle de subtilité et est très facilement repérable. Alors, dès qu’il se manifeste, directement ou indirectement, le bloqueur le bloque. Il se peut qu’il bloque trop rapidement. Cela arrive. Mais globalement, il ne se trompe pas. Chez lui, le blocage est un geste d’hygiène mentale. Pourquoi laisserait-on des imbéciles harceleurs et des malotrus s’imposer à temps plein dans notre existence? C’est à cette école que je me suis rallié. 

Mais le p’tit gosseux ne comprend rien. Il est rarement aussi malin qu’il le croit. Et il s’imagine qu’on l’a bloqué parce qu’il était d’une remarquable pertinence et que le bloqueur ne pouvait plus tolérer d’être contredit avec ses arguments si pertinents. Sa devise? On me bloque, donc je suis! Alors, dès qu’il se rend compte de son statut de bloqué, il en fait une capture d’écran et la publie sur Twitter à la manière d’un titre de gloire. Oui! Il a été bloqué! C’est la preuve de sa pertinence civique. C’est encore plus la preuve qu’il vise juste, qu’il dérange les puissants!

Il est temps de lui révéler un secret. Mon cher garçon, si tu es bloqué, c’est la preuve, très probablement, que tu ne sais pas vivre en société, que tu es un zozo agressif, un harceleur bas de gamme. Un p’tit gosseux avec qui il faut préserver une distanciation numérique maximale, quitte à en faire un principe d’étanchéité maximale. 

C’est aussi simple que cela. Je suis heureux de te l’apprendre, mon p’tit gosseux 😊.