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De la haute patience à la haute vitesse

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Sérieusement, c’est un échec collectif.

Qu’en 2021, en pleine pandémie, alors que les Québécois sont confinés au télétravail et socialisent par Zoom, 280 000 foyers soient toujours privés d’un accès digne de ce nom à Internet, ça devrait tous nous indigner. 

Et pas seulement dans le coin de Gaspé, d’où certains doivent suivre des conversations hachurées. Par ailleurs, il y a des villages à moins d’une heure de Montréal où personne n’a encore jugé profitable de passer de la fibre optique, quand ce n’est pas Bell qui se traîne les pieds pour donner accès à ses poteaux.

Ça ne se règle pas

Ça n’a aucun maudit bon sens. J’étais un jeune rédacteur de discours, il y a plus de dix ans, et pour chaque congrès de la Fédération québécoise des municipalités, je préparais un texte pour ma patronne qui insisterait sur l’importance de brancher tout le Québec. Bernard Généreux, alors président de la FQM, répétait la même ligne dans tous ces discours. « On veut l’Internet à haute vitesse, la haute patience a assez duré ! »

Parce que de la haute patience, il en faut autant lorsqu’un dossier politique traîne que lorsqu’on n’arrive pas à faire passer un gros fichier en téléversement. Certains télétravailleurs qui ont récemment fait un retour en région en ont pris conscience.

Parce que ça ne se règle pas. 18 ans après que Jean Charest s’est fait élire en promettant de brancher tout le Québec. Après que le fédéral s’est fait tirer l’oreille, jusqu’à ce que Justin Trudeau promette 750 millions de dollars pour y arriver plus récemment. L’automne dernier, les ministres du gouvernement de la CAQ faisaient baisser les attentes, admettant qu’il serait difficile de réaliser l’engagement de leur parti d’avoir branché 340 000 foyers avant la fin du mandat.

François Legault ne se laisse pas démonter. Sans coup férir, il maintient que les 280 000 foyers restants seront branchés. Pour y arriver, il a repris cette responsabilité de son ministre de l’Économie, engagé son ami Stéphane Le Bouyonnec dans son propre ministère et l’a entouré de 15 fonctionnaires.

Les résultats sont mieux d’être au rendez-vous...

Faire passer la fibre !

Le nerf de la guerre, c’est l’accès aux poteaux de Bell. Qu’il s’agisse de Vidéotron, de Cogeco ou d’OBNL régionaux qui trouvent ça intéressant, eux, de donner du service aux gens, ça devient difficile de le faire de façon profitable si on doit doubler des installations déjà présentes pour passer la fibre.

Avec Hydro-Québec, qui possède la plupart des pylônes, ça collabore bien. Avec Bell, expérience connue par beaucoup d’usagers, c’est l’enfer.

À la fin, ça va prendre de la volonté politique pour faire bouger Bell, non seulement en provenance de Québec, mais en provenance d’Ottawa aussi.

Surtout, il va falloir qu’on se choque collectivement. On s’indigne ces temps-ci face aux vaccins qui n’arrivent pas. Certains voudraient se faire rembourser le popcorn qu’ils ne vendront pas.

Sauf que là, il y a urgence. On ne doit plus tolérer collectivement que des centaines de milliers de nos concitoyens soient contraints à la haute patience dans un restant de XXe siècle.