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La belle quête d’une femme trans

Gabrielle Boulianne-Tremblay,
Photo Chantal Poirier Gabrielle Boulianne-Tremblay

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Si Gabrielle Boulianne-Tremblay dédie son premier roman à la Gabrielle qui ne pensait pas vivre plus loin que ses 16 ans, c’est qu’elle fut longue et éprouvante, la route identitaire. En publiant le premier livre de fiction francophone québécois jamais écrit par une femme trans, elle nous offre le cadeau inestimable d’une balade dans ce chemin qui, enfin, n’en finit plus de fleurir.

« L’écriture, c’est un acte de résistance contre le marasme quotidien, surtout en temps de pandémie, explique Gabrielle Boulianne-Tremblay. Pour moi, c’est un acte de survivance, car sans l’écriture, je serais morte, littéralement. »

Petite fille coincée dans un corps de garçon, Gabrielle Boulianne-Tremblay a grandi dans les montagnes et au bord du fleuve, dans le petit village charlevoisien de Saint-Siméon. 

À 17 ans, elle quitte son patelin pour aller vivre à Québec. C’est là que la future comédienne passe sa première audition pour un cours de jeu. 

« J’ai été sélectionnée, mais je n’étais pas bien dans ma peau, alors j’ai laissé tomber à contrecœur », dit la jeune femme aujourd’hui âgée de 30 ans. 

Après des études et dix ans à travailler à Québec et à Montréal, elle se présente aux auditions ouvertes du film Ceux qui font les révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau et décroche un rôle pour lequel elle reçoit une nomination aux prix Écrans canadiens comme meilleure actrice de soutien. 

Se créer sa propre vie

Et tout ce temps, pour l’aider à passer à travers ce qu’elle vit, il y a l’écriture et la littérature. 

« Je me projetais dans mes personnages, dans ce que je voulais qu’ils vivent, explique celle qui a publié son premier recueil de poésie Les secrets de l’origami en 2018. Du moment où j’ai commencé à écrire au féminin, avec des personnages féminins, je me suis sentie libérée d’un poids. J’écrivais aussi beaucoup au “je”, donc déjà cette sensibilité et cette féminité émanaient à travers mes mots. » 

Si elle qualifie son premier roman d’autofiction, c’est que Gabrielle Boulianne-Trembaly considère qu’il lui reste encore tant à vivre avant de pouvoir raconter sa vie. 

C’est donc tout en poésie, en douceur et en petits et grands souvenirs – réels ou inventés – que l’autodidacte partage ici l’histoire d’une identité à apprivoiser qui lui aura demandé 15 ans de vie, de travail, d’acceptation et d’amour pour voir le jour.  

« C’est l’histoire d’une petite enfant qui n’avait pas les ressources pour comprendre qu’elle était une fille trans, mais pour qui il était clair dès le début qu’elle était différente, explique l’autrice. Elle se construit et trouve sa place dans la société au fil des rencontres et des épreuves. On la voit grandir et on se rend compte de son évolution. C’est aussi une fille qui s’accroche beaucoup à la poésie des événements. »

La fille d’elle-même parce que contrairement aux gens des villages souvent définis par le fait d’être « la fille de » ou « le fils de », celle qui est le personnage principal se construit elle-même en se créant sa propre vie. « C’est un roman accessible pour quiconque s’intéresse au vécu d’une personne intègre envers elle-même. D’une certaine façon, je veux aider les gens qui ne sont pas de la communauté LGBT à saisir et à comprendre qu’on ne s’invente pas une femme trans, on l’est déjà. On ne choisit pas d’être une femme trans non plus, mais on choisit de vivre, on choisit de ne pas mourir. »

La fille d’elle-même<br/>
Gabrielle Boulianne-Tremblay<br/>
Editions Marchand de feuilles<br/>
334 pages
Photo courtoisie
La fille d’elle-même
Gabrielle Boulianne-Tremblay
Editions Marchand de feuilles
334 pages