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La machine est-elle plus forte que Legault?

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Photo d'archives Il n’est pas normal que le gouvernement ait mis deux ans et demi pour constater qu’il devait réformer les projets de places en garderies.

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En campagne électorale, François Legault promettait d’éliminer 5000 postes pour réduire la bureaucratie dans la fonction publique. Deux ans et demi après le début de son mandat, son gouvernement est incapable de créer de simples places en garderie en raison de la lourdeur de la « machine » du ministère de la Famille.

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Les libéraux avant lui n’ont pas fait le poids devant le lourd appareil de l’État, malgré des promesses de « réingénierie ». Mais si on devait croire quelqu’un capable de renverser la vapeur, ce devait être lui, l’homme d’affaires à succès, porte-étendard de l’efficacité d’abord.

Dans une conférence de presse tenue symboliquement à Québec, haut lieu de la culture de l’immobilisme institutionnalisé, le chef caquiste avait déclaré : « Actuellement, il y a des ministères où il y a trois, quatre couches de gens qui supervisent d’autres superviseurs. Il faut effectivement réduire la bureaucratie ».

Qualifiant son plan de « réaliste », il ajoutait : « Je me sens très, très confiant de pouvoir le mettre en place ». Sur son lutrin était inscrit : « Un premier ministre économique ».

Aller plus vite

Le printemps dernier, alors qu’il voulait faire passer à toute vapeur la loi pour accélérer les projets d’infrastructures, M. Legault martelait avec raison que le Québec n’était pas suffisamment efficace.

« On n’est pas plus imbéciles qu’ailleurs dans le monde. Les Québécois sont capables de faire un CHSLD en deux ans. Il n’y a pas de raison que ça prenne quatre ans ».

Mais voilà, en février 2019, le ministre Mathieu Lacombe a annoncé la création de 13 500 places de services de garde en deux ans, « top chrono ». Et à ce jour, il n’a pu livrer que 2022 places. 

Il faut croire que c’est le ministère de la Famille qu’il aurait fallu déverrouiller en l’assujettissant à la loi 66.

Dans une sortie publique étonnante après deux ans et demi aux commandes, le ministre a tout simplement plaidé que « ça ne fonctionne plus », blâmant la rigidité de la « machine » de son ministère, sans proposer de solutions.

Il promet de couper bientôt dans la bureaucratie, qu’il a été impuissant à mater jusqu’ici, et de présenter un « livre blanc », en vue d’un projet de loi à l’automne. 

On ne parle pourtant pas d’envoyer des astronautes sur la Lune, mais de... garderies !

La maison des fous

Les projets sont tellement difficiles à mettre en marche que certains prometteurs préfèrent abandonner en cours de route, épuisés de nager à contre-courant dans un système sclérosé où les formulaires sont légion et font l’objet de l’idolâtrie du fonctionnariat.

Pendant ce temps, des milliers de parents attendent une place pour leur enfant, comme un gros lot au bout d’un billet de Lotto Max.

Mercredi, le député libéral Marc Tanguay lisait en chambre des témoignages de mères forcées de rester à la maison, en congé sans solde, faute de places dans le réseau pour leurs bambins. Et il s’agit parfois de travailleurs de la santé, comme des infirmières, dont le Québec a cruellement besoin.

Ça fait mal. Très mal.

« Pourquoi le ministre blâme-t-il le processus dont il est pourtant l’ultime responsable, alors que les responsables du réseau des CPE lui fournissent depuis deux ans des tonnes de solutions pour raccourcir les délais ? », a demandé la péquiste Véronique Hivon, jeudi. 

Jusqu’ici, le gouvernement s’est écrasé sur le mur de la bureaucratie pour le développement des places.

Alors, M. Legault, il reste encore un peu de temps. 

Mais à la fin du mandat, on se demandera qui commande qui.