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Protection du français: est-il trop tard?

GEN-Photos d’enseignes qui sont uniquement en anglais à Montréal.
Photo Agence QMI, Mario Beauregard Le recul du français à Montréal finira par être irréversible.

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Même le gouvernement fédéral reconnaît aujourd’hui que le français recule dramatiquement au Québec. Le constat se retrouve noir sur blanc dans la nouvelle politique sur les langues officielles de la ministre Mélanie Joly.

L’un des observateurs les plus attentifs de la situation du français, le professeur Charles Castonguay, est plus alarmiste encore. Il vient de publier un livre : Le français en chute libre au Québec. Appelé à parler de son livre, il insiste pour dire que « le français dégringole à une vitesse jamais vue ».

Les chiffres présentés par le professeur Castonguay nous ramènent à la mémoire le rapport de l’Office de la langue française de l’an dernier. Le français recule sur plusieurs fronts. Il recule autant comme langue maternelle que comme langue d’usage.

Rapide

La rapidité du déclin est telle qu’on peut voir la différence d’un recensement à l’autre. Surtout, on devient vite pessimiste lorsqu’on fait l’exercice d’imaginer la suite des choses si les tendances se maintiennent.

Nos gouvernements promettent que l’année 2021 doit être l’année des grands efforts en matière de protection du français. Malgré leurs discours, la question se pose quand même : est-il trop tard ?

L’un des aspects les plus inquiétants est le déclin du français à Montréal. Si le français comme langue d’usage courant a baissé de 83,1 à 80,6 % pour l’ensemble du Québec, la situation dans la métropole n’a rien à voir. À Montréal, l’usage du français dans la vie quotidienne ne concerne plus que 53 % de la population.

En fait, ce n’est même plus cela aujourd’hui. Ce sont les chiffres du recensement de 2016. La descente s’effectue à un rythme de 1,5 % par cinq ans. Nous pouvons donc imaginer que l’usage du français à Montréal en 2021 se situe autour de 51,5 %. Vous voyez la suite : au recensement de 2031, le français sera utilisé par une minorité à Montréal.

Nouveaux arrivants

Or, Montréal est le lieu d’accueil de la très vaste majorité des immigrants. La communauté d’accueil doit faire deux choses pour les nouveaux arrivants : faire prendre conscience du caractère indispensable de la connaissance du français et enseigner le français par l’osmose des contacts quotidiens.

Quand le français devient une langue minoritaire à Montréal, les deux conditions ne se produiront pas. La personne immigrante ne recevra aucun signal concernant l’importance d’apprendre le français. Et la personne immigrante risque de vivre dans des quartiers où ses contacts avec le français seront réduits au minimum.

Je suis convaincu que l’intégration au français deviendra impossible à partir du jour où il n’y a plus une masse critique de personnes qui vivent en français à Montréal. Et la perte de cette masse critique n’est pas dans la futurologie. C’est ici et maintenant.

Les actions promises ne peuvent plus être strictement symboliques. Elles vont devoir toucher des aspects très fondamentaux, et vont peut-être devoir déplaire à Montréal. Avant qu’il n’y ait plus la masse critique.