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Des artistes incapables de faire leur épicerie

Sylvain Parent-Bédard de ComediHa! constate «une détresse psychologique importante»

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Sylvain Parent-Bédard a ouvert le ComediHa! Club, une petite salle de spectacles dédiée à l’humour, durant la pandémie.

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Malgré la pandémie qui lui a arraché 80 % de son chiffre d’affaires, la boîte humoristique ComediHa!, située à Québec, tire bien son épingle du jeu. Même si tout n’est pas rose, l’entreprise culturelle établie depuis plus de vingt ans a lancé une plateforme numérique, embauché des acteurs clés de l’industrie et a même ouvert un comédie club. Tour d’horizon de la situation avec son président fondateur, Sylvain Parent-Bédard.   

Malgré tout, est-ce que 2020 a été une année de changements positifs pour ComediHa! ? 

L’année 2020 a été assez difficile. On a perdu 80 % de nos revenus au printemps. On a mis à pied, temporairement, 46 % de nos employés. Mais on existe depuis vingt ans, alors on est arrivé face à cette crise avec une santé financière solide. On a un haut niveau de tolérance au risque au sein de l’organisation, alors on a décidé de prendre des risques encore plus grands. 

Notre ambition numérique n’est pas née de la crise, elle s’est accélérée par la crise. On a ouvert une salle de spectacles, mais on devait l’ouvrir avant la pandémie. Et on a recentré nos activités. Présentement, la télé, c’est 95 % de notre chiffre d’affaires. La croissance, pour l’instant, va passer par là. 

Qu’en est-il du moral des troupes ? 

Il y a une détresse psychologique importante dans le milieu culturel. Alors on tente d’être proactif dans cette traversée du désert. Des artistes m’appellent parce qu’ils ne sont pas capables de faire leur épicerie. Ils veulent travailler, ils veulent savoir si on ne peut pas les faire écrire, créer des projets. Il y a 10 % des gens qu’on voit dans notre milieu qui vivent très bien, mais il y a un 90 % qui trouve ça difficile.

Moi, ça faisait longtemps que je n’avais pas reçu d’appels comme ça. Et ils sont nombreux. Quand c’est rendu qu’ils m’appellent directement pour m’en parler, c’est qu’il doit y avoir une urgence quelque part. Il y a des gens qu’on a engagés à titre d’auteurs ou pour du développement. Alors tous les projets qu’on a avec les télédiffuseurs sont très importants pour nous, pour faire vivre ces artistes-là. 

Quand et comment entrevois-tu le retour à la normale ? 

On pense à passer la crise, mais on n’est plus là, déjà. Nous, on pense post-crise. Qu’est-ce qu’on va faire en 2022, 2023, 2024 ? C’est là qu’on est rendu. On s’est retroussé les manches et on a analysé les opportunités d’affaires qui pouvaient s’offrir à nous. Pour un retour à la normale, je ne dis pas avant l’automne, au moins, et beaucoup plus à l’hiver 2022.  

Vous avez lancé la plateforme numérique ComediHa.tv. Crois-tu en l’avenir du spectacle virtuel ? 

Oui, mais je ne crois pas aux spectacles virtuels sans public dans la salle. Je crois aux spectacles numériques quand c’est un événement où on se donne rendez-vous et où il y a déjà des gens dans la salle. La présentation de spectacles virtuels sans public, c’est temporaire. Mais je crois aux spectacles virtuels qui créent l’événement, je crois à l’exploitation numérique du contenu. La plateforme est pensée pour l’après-crise. On veut même diffuser des spectacles vivants à l’international, mais pourquoi pas le contraire aussi, soit diffuser des spectacles de la francophonie ici. 

Vous avez rejoint plus de 80 000 spectateurs lors des huit premières soirées d’humour diffusées sur ComediHa.tv. Le virtuel, est-ce rentable ? 

Premièrement, on ne s’attendait pas à un chiffre aussi énorme. Ça démontre la pertinence de la plateforme. Les premiers soirs qu’on a mis des spectacles, je me demandais si on aurait 200 personnes qui se brancheraient. Alors on va investir dans le contenu numérique, c’est certain. Mais c’est clair qu’à court et moyen terme, cette plateforme-là ne peut pas être rentable.  

Crois-tu que la demande sera là pour le spectacle vivant, après la pandémie ? 

On a tendance à penser que le public sera au rendez-vous. On a une certaine réticence dans le sens où on se demande si les gens seront plus prudents. Est-ce que la peur va demeurer ? Et c’est une des raisons pourquoi on voulait développer un mixte entre notre ambition numérique et le spectacle vivant. Ce sera ceux qui vont créer le meilleur contenu adapté aux besoins du consommateur qui vont réussir à s’en sortir.   

BIO

Nom : Sylvain Parent-Bédard, 50 ans 

Profession : Président et fondateur de ComediHa!  

Impact : En plus de tenir un festival d’humour tous les étés dans la capitale depuis 21 ans, ComediHa! produit avec sa division télé des émissions comme LOL : -), Escouade 99, Roast Battle et Comédie sur mesure, entre autres. Sa division musicale, Sysmik, a produit les spectacles de Céline Dion et de Madonna sur les Plaines, ainsi que plusieurs spectacles de la Fête nationale.