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Lettre à Boucar Diouf

POL-MANIFESTATION-BLACK LIFES MATTER
Photo d'archives Une manifestation contre le racisme au centre-ville de Montréal en juin dernier.

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Cher Boucar,

Ma grand-mère disait : « On ne fait pas porter des fruits aux arbres. On les laisse pousser ».

J’ai lu ton dernier billet dans La Presse. Ton cheminement, rationnel, au sujet du concept de « racisme systémique » est respectueux et respectable.

Ainsi, je comprends de ta nouvelle perspective des choses qu’au lieu de viser de concrètes victoires dans la longue lutte contre le racisme, il soit plus important de s’attaquer au « racisme systémique », plutôt qu’à sa source.

Le réel

Le Québec n’est pas seulement une société composée d’une élite adepte de concepts. Il y a aussi des gens qui vivent avec leurs tripes et qui ne partagent pas les dogmes de cette élite.

La sagesse commande par ailleurs qu’ils ne soient pas regardés de haut. Le désastre étasunien est une référence en ces matières.

La paix sociale est un préalable pour gérer le racisme.

Nos émotions

En politique, il est aisé de gérer le rationnel. Ce l’est moins quand vient le temps de gérer l’émotionnel. Or, les émotions occupent une place importante dans nos démocraties. À l’instar d’autres pays, nous vivons sous une démocratie d’émotions.

Aussi, cela n’a pas toujours été une mince tâche que de fédérer autant de monde qu’aujourd’hui pour en arriver à une reconnaissance collective de l’existence du racisme au Québec.

Le Québec a eu son lot de débats relatifs au racisme. Des débats passionnés, certes, mais civilisés.

À peine l’essentiel de ces débats digéré et le gouvernement passant à l’action dans le but de juguler le virus du racisme, voici que s’impose de plus en plus une légion de radicaux de gauche avec un variant né sur des campus étasuniens : le racisme systémique. Sa cible : la majorité « blanche ».

C’est si fragile

La majorité, il faut la stigmatiser, la culpabiliser et l’humilier. Il faut qu’elle aille plus loin que la reconnaissance de l’existence du racisme. Elle doit reconnaître le « racisme systémique »... C’est funambulesque.

Au sein du groupe dominant, plusieurs ont fait preuve d’ouverture. Ils ont accepté de débattre de l’enjeu le plus fondamental : le racisme.

Dans les circonstances, tenter par pressions alternées d’enfoncer des concepts dans la gorge de la majorité, c’est mettre à l’épreuve la patience et les émotions des gens de bonne volonté qui la composent... Au risque de se mettre à dos ces gens qui avaient adhéré à la lutte contre le racisme.

À tout moment, tout peut partir en vrille et nous ramener à la case départ.

Par ailleurs, partant de l’assertion que le concept de « racisme systémique » s’applique au Québec, il faudrait alors convenir de l’évidence qu’il en va de même dans tous les pays du monde qui relèvent d’un groupe dominant. Y compris nos deux pays d’origine.

La lutte contre le racisme nous rapproche, parce qu’elle nous rassemble. Le concept de « racisme systémique » nous éloigne, parce qu’il nous détourne de cette lutte inachevée contre le racisme.