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Des excuses qui font tiquer

Yann Perreau, Fete nationale, spectacle de la Saint Jean sur les Plaines D Abraham a Quebec, Quebec, 23 juin 2019. PASCAL HUOT / JOURNAL DE QUEBEC / AGENCE QMI
Photo d'archives Yann Perreau sur les plaines d’Abraham, le 23 juin 2019.

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Une femme qui a dénoncé une inconduite sexuelle de Yann Perreau ainsi que des experts en gestion de crise soutiennent que les excuses du chanteur, dans une lettre publiée sur ses réseaux sociaux, ratent carrément la cible.

« Une lettre comme ça, c’est une tentative de reséduire son public », oppose Nora Villeneuve.

Cette jeune femme avait raconté sur Instagram, en plein cœur de la vague de dénonciations d’abus sexuels de l’été 2020, que Yann Perreau--- lui avait touché les fesses ainsi qu’à sa sœur lors d’une prise de photos après un concert.

Son témoignage, ainsi que celui d’une autre victime, avait incité la maison de disques Bonsound à couper les liens avec le chanteur, qui avait publié un message d’excuses--- dans la foulée.

Yann Perreau, qui n’a pas répondu à une demande d’entrevue du Journal, a renouvelé ses excuses, mardi.

Écoutez la chroniqueuse Anaïs Guertin-Lacroix avec Antoine Robitaille sur QUB Radio: 

« Encore une fois aujour-d’hui, aux personnes que j’ai choquées et déçues, mes sincères excuses », écrit-il, en prenant soin de préciser qu’il n’a pas requis l’assistance d’une firme de relations publiques pour rédiger son message.

Il ajoute avoir entrepris un travail d’introspection et souhaite « que la dénonciation publique de [ses] fautes aura marqué suffisamment les esprits pour éviter que d’autres femmes ne doivent subir semblables manques de jugement de la part d’autres hommes, à l’avenir. »

Pas de place pour les victimes

Or, pointent des spécialistes de l’image, Yann Perreau ne s’adresse pas aux femmes à qui il a fait du tort dans sa missive.

« Je ne vois nulle part le mot victime », s’étonne Victor-Henriquez, de l’agence Public SC.

« C’est une lettre bien faite, mais qui n’a pas de place pour les victimes », renchérit le professeur à l’UQAM, Bernard--- Motulsky.

« Pourquoi faire ça maintenant ? poursuit-il. Pourquoi ne pas vivre son cheminement en privé, à moins que ce soit une façon de prendre la température de l’eau ? »

Elle n’y croit pas

Nora Villeneuve soutient que Yann Perreau ne l’a pas contactée avant de publier sa lettre et qu’elle ne le désirait pas. « Je n’y aurais pas cru de toute manière », dit-elle.

Son discours rejoint celui de celles qui ont critiqué, il y a quelques semaines, une démarche similaire de l’humoriste Julien Lacroix.

« Les agresseur.es, affirme Mme Villeneuve, oublient trop souvent qu’en partageant de telles lettres, ils remettent les actions du passé dans la face des victimes, encore et encore, jusqu’à ce qu’on les aime à nouveau, même si la victime est fragilisée ou replongée dans ces traumas. Ce n’est pas mon cas avec Perreau, mais je suis loin d’être la seule victime et le geste reste le même. »

  • Écoutez l’analyse de l’expert en gestion de crise Victor Henriquez