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«David» Guilbeault vaincra-t-il Goliath?

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Se sachant bien petit contre Goliath, le ministre Steven Guilbeault ramasse tous les cailloux qu’il peut trouver afin d’alimenter sa fronde.

Pendant ce temps, dans l’espoir d’éviter le pire, quelques géants font le dos rond. Netflix se vante des 2,5 milliards « investis » au Canada depuis trois ans, mais ne dit pas qu’une grande partie de la somme fut dépensée pour du contenu américain « Made in Canada » à meilleur compte. Il ne dit rien non plus du contenu francophone : un seul long métrage et cinq captations. 

Histoire de faire saliver les gouvernements, Microsoft laisse entendre aux Australiens qu’il est prêt à dédommager leurs médias imprimés pour le contenu que diffuserait Bing, son moteur de recherches. Mais il ne précise pas de pourcentage. Quant à Google, il joue au petit malin, négociant en catimini des ententes « temporaires » avec quelques groupes de presse. 

Cela n’empêche pas Google de menacer encore l’Australie de la rayer de sa « carte » si elle adopte une loi trop contraignante. Quant à Facebook, il menace d’empêcher ses fidèles de partager les articles de la presse australienne.

Steven Guilbeault sait bien qu’il ne viendra pas à bout de ces géants malcommodes avec son petit tire-roche. Il a donc sagement décidé de s’allier à plus gros que lui : l’Allemagne, la France, l’Angleterre et quelques autres pays européens.

JOE BIDEN POURRAIT IMITER TRUMP

Ces pays sont bien décidés à forcer les géants à verser un pourcentage de leurs revenus afin de compenser leurs médias, qu’il s’agisse de journaux, d’audiovisuel ou de musique. Pour l’heure, Joe Biden a d’autres chats à fouetter, mais à l’instar de son prédécesseur il pourrait bien rétorquer en imposant des tarifs compensatoires sur le Stilton, le Côtes-du-Rhône, les schnitzels, nos 2x4 en épinette, et quoi encore.

Pendant que les Australiens attaquent de front les géants du net et que le ministre Guilbeault s’introduit dans le cheval de Troie des pays européens, notre ex-vedette de l’écologie essaie de faire avancer son projet de loi C-10. On ne sait jamais, une élection générale pourrait remettre les compteurs à zéro, surtout si la vaccination contre le coronavirus progresse trop bien.

Le Bloc québécois et le NPD semblent disposés à ne pas lui mettre de bâtons dans les roues, mais pas le parti d’Erin O’Toole. D’autant plus que la culture n’a jamais été la tasse de thé des conservateurs. D’importants leaders du milieu culturel ont comparu, hier, devant le comité permanent du Patrimoine canadien. Heureusement pour le ministre, tous ont donné leur appui à son projet de loi. Ils n’en ont pas moins souligné les lacunes.

UNE LOI AVEC DES DENTS 

En résumé, ils espèrent que la loi C-10 aura des dents et qu’elle donnera priorité au contenu original canadien. Qu’elle soit également spécifique quant à la protection des œuvres en langue française et en langues autochtones et qu’elle favorise la diversité, en particulier dans le cas des Noirs. 

Le milieu audiovisuel veut aussi que le CRTC, chargé d’appliquer la loi, établisse les conditions générales d’échange (terms of trade) avec les géants du net afin qu’ils ne puissent s’approprier l’entière propriété intellectuelle des œuvres. Même si le milieu fait confiance au CRTC, il souhaite conserver la possibilité de faire appel de ses décisions au cabinet.

Comme si tout cela n’était pas assez, le ministre Guilbeault déposera sous peu un projet de loi sur le discours haineux en ligne. Coudon, est-il le seul à s’échiner à Ottawa ?