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La gauche est dévorée par un cancer virulent

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Hier, Richard Martineau se demandait où était passée la gauche noble de jadis, celle qui luttait pour tous les petits contre les excès du capitalisme.

Cette gauche est aujourd’hui déclassée par la nouvelle gauche woke qui s’imagine lutter contre le racisme en attaquant des romans du 19e siècle.  

Richard faisait le commentaire après un visionnement du film Sorry We Missed You du grand Ken Loach.

  • Écoutez la chronique de Joseph Facal avec Sophie Durocher sur QUB Radio :

Dégoûtés

Au même moment, je me faisais la même remarque en regardant sur Netflix le beau documentaire Under the Influence sur Keith Richards.

Le guitariste des Rolling Stones raconte qu’il doit tout au blues afro-américain de Muddy Waters, Howlin’ Wolf, Robert Johnson et compagnie.

Pendant la première tournée américaine des Stones, en 1964, Keith Richards visite le studio d’enregistrement de Chess Records, au 2120 South Michigan Avenue à Chicago, une adresse mythique.

Il croise dans l’escalier Muddy Waters, son idole de jeunesse, qui lui dit : « Thanks for what you are doing ».

Le vieux bluesman noir comprenait que les Stones faisaient connaître sa musique au monde entier, la sortaient d’un ghetto culturel, et il en était reconnaissant.

Appropriation culturelle ? Non, enrichissement du patrimoine artistique de toute l’humanité. 

J’ai des copains de la gauche traditionnelle qui remontent à mes années étudiantes.

L’un après l’autre, ils s’éloignent de telle ou telle revue, de l’appareil syndical, des réunions départementales de profs, quand ils ne devancent pas carrément leur retraite.

Plusieurs ont participé aux débuts de Québec solidaire, avant que le parti soit kidnappé par les « woke ». Ils y avaient cru.

Ils s’éloignent aussi du Devoir, qui ressemble de plus en plus à Ricochet.

Ils sont écœurés de voir ces racialistes excités et leurs compagnons de route du « progressisme caviar », véritables idiots utiles, nuire à la gauche.

Ils cherchent des lieux où ils pourront retrouver un peu de gros bon sens. 

Plusieurs ont même commencé à lire ce journal et à écouter l’émission de Richard Martineau !

Ils finiront par voter CAQ ou PQ.

Il s’en trouvera pour penser qu’un représentant de la « méchante droite identitaire » comme moi se frotte les mains devant ce naufrage de la gauche historique.

Remarquez que, pour une certaine frange, il suffit, pour être classé à droite, de ne pas être hostile à l’entreprise privée, à la responsabilité personnelle, au gouvernement limité, à l’idée de patrie, et à une éthique qui ne se réduit pas à la subjectivité personnelle.

Si c’est ça la droite, j’assume complètement.

Tragique

Je jure pourtant que je me désole de voir ce qui arrive à la gauche noble.

Le capitalisme mondialisé, spéculatif, amoral, apatride, aliénant, qui creuse les inégalités, qui fabrique de faux besoins, qui endette pour domestiquer, qui fait de l’évasion fiscale, ce capitalisme a besoin d’être interpellé.

Mais il l’est de moins en moins parce que la gauche est aujourd’hui dynamitée par de jeunes ignorants qui traquent les mots et qui ne savent pas la différence entre Céline Dion et Louis-Ferdinand Céline.

Et c’est toute la société qui en souffre.