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La parentalité doit cesser d’être automatique

Two fathers helping focused boy with school home task
Photo stock.adobe.com (Mangostar)

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De mars à juin 2019 se sont tenues des consultations publiques en vue d’une réforme du droit familial québécois. J’étais à cette époque plongé jusqu’au cou dans les examens finaux du doctorat en médecine et n’ai malheureusement pas pu y participer.

Pourquoi la parentalité m'intéresse 

Si j’avais eu l’occasion de le faire, je l’aurais fait avec enthousiasme. 

La parentalité m’a toujours intéressé. D’abord parce qu’elle consiste en la création d’un nouveau sujet de droit. Ensuite parce qu’elle engage une responsabilité totale, n’étant pas un simple contrat entre deux personnes aptes à consentir. 

Enfin parce que, contrairement à ce qui se passe pour la majorité des citoyens, pour nous, les gais, elle est tout sauf automatique.

S'INTERROGER SUR LA GESTATION POUR AUTRUI 

La question de la gestation pour autrui (GPA) mériterait d’être rouverte par cette réforme. Quand on sait que la dernière modification du droit familial date de 1980, nous avons avantage à ne pas nous contenter d’attendre la prochaine. 

Bien que je sois sensible aux arguments féministes contre la GPA, me considérant comme hyperféministe moi-même, je ne vois pas une différence de nature, mais seulement de degré, entre la GPA et n’importe quel type de travail. 

Le travail du sexe, par exemple, engage autant sinon plus le corps de la femme; et il y a des arguments féministes pour la prostitution. Tout travail rémunéré est échange d’une création de son corps contre de l’argent: qu’on parle de l’établissement de liens neurones-muscles dans le travail manuel ou neurones-neurones dans le travail intellectuel.

UNE PARENTALITÉ ARTIFICIELLE 

Nous en sommes à un point de l’histoire de la parentalité où des trans MtF (male-to-female) peuvent non seulement passer à des organes génitaux externes du sexe féminin, mais aussi se faire greffer un utérus pour porter leur propre enfant. On peut aller jusqu’à envisager que la pratique devienne accessible aux gais désirant rester hommes.

Probablement que peu se rendraient jusque-là vu les nombreux traitements chirurgicaux et hormonaux nécessaires pour ce faire. Ceci dit, tant que la GPA ne sera pas légale, cette parentalité la plus artificielle et contre nature possible serait le moyen d’avoir un enfant qui se rapprocherait le plus de la parentalité normale accessible aux hétérosexuels.

DEVENIR PARENT POUR AMÉLIORER LE MONDE 

J’oserais peut-être même dire de celle-ci qu’elle est trop normale. Je n’ai rien contre la norme quand elle est statistique: en termes de chiffres, les gais seront toujours hors-norme. Quand elle devient une convention, cependant, elle me dérange. J’ai l’impression que la parentalité est souvent une norme en ce sens. 

Pour un No kid: quarante raisons de ne pas avoir d'enfant de Corinne Maier (essai français de 2007), combien en font sans se poser de questions? Combien décrient le monde présent, encore plus le monde à venir, et contribuent quand même à le continuer? Combien n’assument pas qu’être parents, c’est pouvoir et devoir l’améliorer?

Nous, gais, nous posons ces questions. Nécessairement, puisque le processus que nous avons à traverser pour devenir parents est si long et complexe. Nous le faisons par désir de continuer l’Histoire. Par volonté de faire progresser l’humanité. 

La pression à la parentalité est ce qui pousse des gens qui ne sont pas faits pour devenir parents – parce qu’ils ne le veulent pas et/ou parce qu’ils n’ont pas les compétences pédagogiques pertinentes au poste – à le devenir. Puissions-nous collectivement un peu moins nous y obliger les uns et les autres pour le faire un peu mieux.