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Le tramway patenté

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L’improvisation dont fait preuve le gouvernement Legault dans le dossier du tramway est ahurissante et menace de tuer l’essence même du projet.

On apprenait la semaine dernière que le gouvernement caquiste avait l’intention de présenter un nouveau tracé pour le réseau structurant de tramway

Cela survenait après près de 10 ans de réflexion sur le tramway, qui était la pièce maîtresse du Plan de mobilité durable de 2011.

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Puis, une fois le choix du tramway fixé après de nombreux revirements, une centaine d’experts affectés au bureau de projet ont travaillé d’arrache-pied pendant trois ans. 

Il a aussi fallu boucler le financement in extremis, malgré toute la mauvaise foi du gouvernement Legault, qui a fini par acquiescer après que la Ville de Montréal eut accepté de céder à Québec 800 millions de dollars dédiés au transport en commun sur son territoire.

Alors tout cela pour dire que l’annonce d’un nouveau tracé a semé la consternation dans le milieu. C’était comme d’annoncer qu’on repartait à zéro, avec tous les coûts et les frais que cela suppose. 

Bout de napkin

Mais voilà qu’on n’était pas au bout des surprises. Le maire a en effet révélé hier qu’une entente de principe était intervenue avec le gouvernement avant les Fêtes. On s’était entendu sur un tracé et tout ce beau monde est parti en vacances «le cœur léger».

Le problème, c’est que ce projet, qui prévoyait un tracé de tramway allant de Le Gendre à la 41e Rue, ne faisait pas l’affaire des élus caquistes de Québec. L’entente de principe, par conséquent, ne tenait plus.

Régis Labeaume a donc reçu un appel le 17 février l’informant d’une nouvelle proposition. Sans document sauf une carte, on lui a indiqué que le tracé du tramway était charcuté de moitié et ne passerait plus dans Le Gendre, une partie de Limoilou ni à Charlesbourg

Cette nouvelle mouture, c’est bien simple, venait complètement tuer l’essence même du projet. Elle faisait fi du principe scientifique voulant qu’un réseau structurant doive desservir d’abord les secteurs achalandés à l’aide d’un moyen de transport lourd, pour ensuite se redéployer en périphérie. 

Sur quoi se basait le gouvernement pour appuyer cette nouvelle proposition, qui n’a fait l’objet d’aucune étude et sur laquelle les experts du bureau de projet ne se sont jamais penchés?

Personne ne possède cette réponse, pas même le maire, qui n’a eu droit qu’à des explications verbales. Et dire que les détracteurs du projet ont accusé la Ville d’avoir présenté un projet «sur un bout de napkin». On pouvait compter, pour cela, sur les élus caquistes de Québec.

Le gouvernement a promis, la semaine passée, de présenter un nouveau tracé à la Ville. On a donc encore brassé les cartes. Sur quoi se base-t-on pour lancer cette nouvelle idée? Encore une fois, personne ne sait.

Aucune transparence

Comme le gouvernement ne fait preuve d’aucune transparence dans ce dossier, pas la moindre information n’a encore été transmise aux médias.

On sort la ministre de la région quand on pense qu’il est temps de relancer la cassette, sans plus. 

Le gouvernement s’affaire donc à patenter un nouveau tracé qui n’est basé sur aucune donnée scientifique sinon que sur le résultat du vote en 2018. À travers toute cette improvisation, il y a de quoi se demander si on ne prend pas les gens de Québec pour des cons.