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Les archives religieuses au Québec : bien public patrimonial ?

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Depuis quelques temps, nous assistons à une discussion publique sur l’avenir des archives de certaines communautés religieuses. Des Québécois s’étonnent même de voir un segment significatif de leur mémoire collective s’étioler qui pourrait finir par leur faire perdre ce qu’ils ont pourtant de précieux comme biens publics.  

Or, notre mémoire nationale est centrale dit-on, mais semble sélective. La Société canadienne d’histoire de l’Église catholique (SCHEC) déplore ce manque de vision et d’initiative forte pour sauver ce qui fait pourtant partie de notre histoire nationale. Nous ne pourrons pas rester bien longtemps dans l’expectative et regarder la situation empirer avec des mesures nettement insuffisantes. 

Un patrimoine riche

Au-delà d’avoir un budget adéquat, de regrouper en lieu sûr des vestiges de notre passé et d’avoir une relève professionnelle suffisante, il convient de regarder la question des archives religieuses avec suffisamment de discernement. Il faut le dire ici avec conviction. Il est nécessaire d’avoir un sursaut par-delà les clivages politiques pour pérenniser ces archives. Car il y a risque de voir des pans archivistiques sortir du Québec pour se retrouver malheureusement ailleurs dans le monde. Avec des conséquences tragiques comme une lente fuite de « sièges sociaux ». En France, il y a des archives antérieures à la Révolution française qui sont conservées dans les dépôts d’archives publiques (Archives nationales et départementales)... Aurons-nous cette audace mémorielle au Québec ? 

Comme écrivain, pour les recherches de mon premier roman, j’ai pu trouver tout à fait par hasard aux Archives des Jésuites de Montréal une lettre inédite de l’ancien premier ministre Robert Bourassa datant du 26 juin 1973. Il y affirmait observer « avec beaucoup d’intérêt l’article portant sur la possibilité d’établir un dialogue fructueux entre l’Église catholique romaine et la Franc-Maçonnerie ». 

Un investissement culturel

Comme nous le voyons, notre patrimoine archivistique religieux est riche en découvertes. Riche pour les écrivains, les journalistes, les historiens et les cinéastes bien sûr. Mais pertinent aussi pour ceux qui enquêtent scrupuleusement sur les allégations d’abus sexuels dans les communautés religieuses. 

Sur le plan culturel, il faut comprendre qu’il y a des cinéastes, des producteurs de téléséries d’ici et d’ailleurs qui dénichent parfois lors de leurs recherches des histoires vraies et qui se retrouvent justement en partie dans les archives religieuses du Québec. Ne soyons donc pas craintif, mais créatif et fier en regardant toutes les facettes de cette question. Un peu à la manière du réseau canadien du patrimoine juif qui défend avec pugnacité la mémoire juive avec un service d’archives exceptionnelles. 

Il serait temps de revoir cette perspective à courte vue. N’ayons pas peur des mots. Le patrimoine archivistique des communautés religieuses est un investissement culturel durable. Nos richesses archivistiques religieuses inestimables méritent d’être mises en valeur avec soin. N’attendons pas trop ce dépérissement. Essayons d’avoir une vision historique sur le long terme. Pour une plus juste connaissance de notre histoire nationale. Pour la postérité. Pour nos communautés. Pour la créativité. 

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Pierre Brassard, Écrivain et auteur du roman Oratorio chez Essor-Livres Éditeur

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