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Les élections proportionnelles ne sont pas nocives pour les démocraties. Au contraire.

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Dans sa chronique de samedi dernier sur l’autoritarisme et la démocratie, Loïc Tassé a fait une affirmation à la fois étonnante et exagérée en écrivant que parmi les forces intérieures qui affaiblissent les démocraties il y a, en tête de liste, les élections proportionnelles ! Et pourquoi selon lui ? Parce qu’elles paralysent les élus et leur ôtent le pouvoir de décider.  

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Démonstration, s’il vous plaît ! Aucune. Preuves et analyses ! Aucune. Contradictions ! Une grosse.  

En comptant large, a écrit Tassé, tout au plus une cinquantaine de pays sur 193 qui forment les Nations-Unies peuvent revendiquer le titre de véritable démocratie. Très bien. Mais alors, quel système électoral retrouve-t-on dans la majorité de ces pays ? Eh bien, le type proportionnel qui, incidemment, comprend plusieurs variants. Inventé en Europe au milieu du 19e siècle pour corriger les injustices électorales et les abus de pouvoir générés par le système anglais toujours en vigueur chez nous, ces systèmes électoraux ont produit des parlements plus représentatifs et donc plus démocratiques car plus fidèles aux choix citoyens qui ne se limitent pas à deux options. Et, avec le temps, ils ont été bonifiés pour éliminer presque partout les dispositions bloquant l’efficience de la gouvernance. 

À cet égard, de multiples études comparatives démontrent que les élus de ces sociétés ne sont pas paralysés, ni dépourvus de pouvoir de décider. La gestion des affaires publiques se fait aussi bien et même souvent beaucoup mieux qu’au Canada, qu’en Grande-Bretagne ou qu’aux États-Unis. Le gouvernement sont stables mêmes s’ils sont de coalition ou minoritaires. Il n’y a pas plus d’élections générales qu’ici et, en fait, il y en a un peu moins. Ajoutons que les États où les niveaux de vie sont les plus élevés et où la vie démocratique est la plus admirable sont presque tous régis par un système électoral de type proportionnel. 

Loîc Tassé a le droit de préférer le vieux mode de scrutin britannique mais son statut d’universitaire devrait l’inciter à ne pas participer à la culture de la désinformation et des « fakes news » en faisant des affirmations contraires à la vérité.  

Cela dit, ma défense pour le Québec d’un mode de scrutin semblable à celui en vigueur en Allemagne fédérale et dans ses États, en Nouvelle-Zélande, en Écosse ne m’empêche pas de dire qu’il y a des systèmes proportionnels toxiques pour la démocratie, à commencer par celui d’Israël et celui de la Turquie. Mais, qui à revendiquer l’implantation de ces modèles chez nous ? Personne ! 

En terminant, s’il est vrai que l’autoritarisme menace les démocraties, c’est parce que celles-ci ne sont pas fondées sur la force, la violence et la peur. Leurs assises reposent essentiellement sur la bonne volonté, le dialogue et les efforts permanents pour orchestrer pacifiquement et de bonne foi les forces de désaccord. L’art du compromis et de la solidarité transpartisane est pratiqué et plus effectif dans les démocraties fonctionnant sous l’égide d’un système électoral proportionnel. 

Jean-Pierre Charbonneau, Président du Mouvement Démocratie Nouvelle

Ancien ministre de la Réforme des institutions démocratiques

RÉPONSE DE LOÏC TASSÉ  

Je ne suis pas sûr que la croisade de M. Charbonneau intéresse beaucoup de Québécois par les temps qui courent. Mais puisqu’il me fait l’honneur de m’écrire, voici une courte réponse.

Premièrement, contrairement à ce que prétend M. Charbonneau, la vaste majorité des politologues trouve que le système de proportionnel paralyse les élus et donc, qu’il affaiblit la démocratie. D’ailleurs, M. Charbonneau l’admet lui-même implicitement dans son texte, puisqu’il écrit que les parlements qui subissent la proportionnel ont avec le temps « été bonifiés pour éliminer presque partout les dispositions bloquant l’efficience de la gouvernance ». Une proportionnelle au Québec serait donc à tout le moins suivie une période d’instabilité. 

M. Charbonneau semble viscéralement opposé au système britannique simplement parce qu’il est vieux et qu’il est britannique. Pas fort comme argument. 

Sur le fond, M. Charbonneau commet toujours la même erreur. Il s’imagine que toutes les sociétés ont la même composition.  

Mais ce qui convient aux uns ne convient pas automatiquement aux autres. 

Plus précisément, M. Charbonneau vit dans le passé, quelque part dans les années 80s. 

C’est que de nos jours, si des élections proportionnelles avaient lieu au Québec, elles permettraient très probablement de faire élire des députés d’un parti d’anglophones, d’un parti de wokes et d’un parti d’islamistes. Je serais curieux de savoir quel « art du compromis et de la solidarité transpartisane », pour reprendre les termes de M. Charbonneau, serait possible avec ces groupes. 

Le système britannique permet à la majorité de gouverner, plutôt que de subir le chantage des minorités.  

N’est-ce pas d’ailleurs à ce chantage que l’on assiste dans la fantasmagorique bataille pour faire rayer les mots de père et de mère des formulaires gouvernementaux, sous prétexte que ces termes heurtent une poignée de personnes ? 

N’est-ce pas aussi en raison du chantage d’une minorité que les Québécois de la majorité sont maintenant priés de se taire lorsque des questions autochtones ou de minorités sont discutées ?  

N’est-ce pas la clientèle anglophone de la CAQ qui fait plier François Legault sur l’augmentation des clientèles anglophones des cegeps ? 

Quel serait donc le pouvoir de tous ces groupes avec un scrutin proportionnel qui leur permettrait de fonder chacun un parti et qui leur donnerait l’assurance de faire élire des députés ? Parce que c’est ce qui arriverait avec un scrutin proportionnel.  

Vous voulez vraiment voir à l’Assemblée national un parti woke, un parti islamiste, un parti anglophone, un parti autochtone et même, qui sait, un parti transgenres ?  

M. Charbonneau, le scrutin proportionnel auquel vous rêvez pour le Québec ne ferait que donner plus de poids à aux groupes minoritaires et rendrait la vie impossible à la majorité des Québécois.  

Otez vos lunettes roses théoriques et entrez dans la politique concrète.  

Avant la défense tout azimut des droits individuels, pensez aux droits collectifs de la majorité des Québécois.  

Notre contexte politique est particulier en Amérique du Nord. Nous avons besoin d’un parlement fort plutôt que d’un système de proportionnel où nos élus, de compromis en compromis, finiraient par nous faire disparaître.

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