/opinion/columnists
Navigation

L’indéniable flair politique de François Legault

Coup d'oeil sur cet article

Le 21 février 2011 naissait la CAQ. Sous le nom initial de Coalition pour l’avenir du Québec, ses deux cofondateurs, l’ex-ministre péquiste François Legault et l’ex-recruteur libéral Charles Sirois voyaient grand. Le contexte, il faut le dire, jouait en leur faveur. 

Depuis le référendum de 1995, le Parti québécois déclinait à vue d’œil. Usés et croulant sous les soupçons de corruption, les libéraux de Jean Charest en sont rendus à leur troisième mandat.

La nature abhorrant le vide, messieurs Legault et Sirois ont su saisir l’occasion. D’où le but premier de la CAQ : déloger éventuellement le PQ comme parti naturel d’alternance au PLQ. 

Pressé, François Legault bouge vite. Novembre 2011, la CAQ devient un parti officiel. Février 2012, elle aspire l’ADQ de Mario Dumont. Lui-même avait quitté la politique après la chute de son parti aux élections de 2008. 

Pour la CAQ, les étoiles s’alignent rapidement. Après 50 ans de luttes souverainistes-fédéralistes, François Legault se présente en pacificateur – l’homme du nationalisme non indépendantiste.

Face au PLQ, il présente aussi la CAQ comme le parti de l’« inté-grité ». Pour le reste, un certain flou artistique l’entoure. Le tout finira par séduire un nombre croissant d’électeurs en quête de « changement ».

Rêve réalisé

Dès sa première élection, en 2012, la CAQ récolte 27 % des voix et cantonne le PQ de Pauline Marois à un gouvernement minoritaire. L’avertissement est clair : les péquistes ont de la compétition sérieuse dans le coin bleu de l’arène.

Aux élections de 2014, la CAQ recule un brin à 23 %. Suivra toutefois le mandat désastreux de Philippe Couillard. Pour François Legault, le fruit est mûr. Le 1er octobre 2018, il prend le pouvoir.

À 17 % des voix, le PQ agonise. Le but de la CAQ est donc atteint. Avec le gros lot, François Legault gagne même l’extra : le PLQ encaisse sa pire défaite en 150 ans.

Même dans ses rêves les plus fous, le chef caquiste n’a sûrement jamais cru pouvoir tasser un jour les libéraux en même temps que le PQ. Dans le paysage politique québécois, c’est un tremblement de terre. 

C’est en partie le résultat de la faiblesse marquée de ses adversaires péquistes et libéraux. Mais aussi du flair du « nouveau » François Legault, en phase évidente avec une part substantielle des francophones. Incluant son virage nationaliste post-souverainiste de 2015 et son abandon de l’étiquette de « droite » de la défunte ADQ.

Noces d’étain

Sur la question nationale, il s’inscrit néanmoins dans son sillage puisque l’ADQ proposait déjà de sortir du « vieux débat » entre la séparation et le fédéralisme. Le « vieux débat » est clos et seul le fédéralisme en sort indemne. 

Dix ans après la création de la CAQ, François Legault est toujours en phase avec son électorat. Même le mauvais bilan du Québec face à la pandémie ne l’égratigne en rien. 

Il se dit même prêt à gouverner pour encore longtemps. Rien n’est éternel, bien sûr. Le Québec n’est pas un régime à parti unique. Il n’empêche qu’il occupe très largement la patinoire partisane.

Face à des adversaires de surcroît chancelants, le premier ministre Legault ne risque pas de prendre sa retraite politique de sitôt. 

Illustrant la relation étroite qu’il a su tisser avec ses électeurs, pour les dix ans d’un mariage, ne parle-t-on pas de noces d’étain ? À l’image de la CAQ, l’étain est en effet un métal malléable, mais solide, puisqu’il résiste à la corrosion...