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Dix ans plus tard, quel avenir pour la CAQ?

Coalition avenir, Francois Legault
Photo d'archives, Stevens LeBlanc François Legault retrouvera tôt ou tard la question nationale.

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On célèbre ces jours-ci les dix ans de la création de la CAQ. La plupart racontent l’histoire d’un exploit : d’abord constituée en simple mouvement, la CAQ est devenue, en une décennie, un parti hégémonique au Québec.

L’histoire est intimement liée au contexte post-référendaire. François Legault est entré en politique en 1998. Entrepreneur renommé et ardent indépendantiste, il venait renforcer la crédibilité économique du Parti québécois. Homme pragmatique, il s’est vite imposé comme une figure centrale du gouvernement Bouchard. 

Après la démission surprise de ce dernier, il en vint rapidement à se voir dans le rôle du chef. Il incarnerait pour l’avenir un souverainiste pragmatique, mais particulièrement « pressé », convaincu que le Québec devait construire son avenir sans interférence fédérale.

Origines

Mais comme bien d’autres, il a dû constater, à la fin de la décennie 2000, que les Québécois se détournaient de la question nationale. 

Est-ce qu’en cherchant désespérément à faire l’indépendance d’un peuple qui s’en détournait, les souverainistes n’enfonçaient pas les Québécois dans un cul-de-sac ? 

C’est parce qu’il en vint à le croire que François Legault s’est un temps retiré de la politique, avec l’idée d’y revenir pour transformer le débat public. Et tel était l’objectif de la CAQ : déprendre le Québec de l’impasse en rassemblant sous une même bannière des ex-souverainistes et des fédéralistes. 

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Mais si les Québécois étaient prêts à tourner pour un temps la page du souverainisme, ils ne voulaient pas sacrifier le nationalisme pour autant. Ils ne voulaient pas passer du bleu au rouge, mais d’une nuance de bleu à une autre. Il a fallu, autrement dit, que François Legault passe du pragmatisme un peu étroit au nationalisme québécois pour parvenir à remplacer le Parti québécois. François Legault a dû s’emparer de la question identitaire. 

Il y est parvenu en 2018, et depuis, domine notre vie politique. Il faut dire que la CAQ au pouvoir a livré la marchandise avec sa Charte de la laïcité. Depuis la crise des accommodements raisonnables de 2007-2008, le Québec voulait rompre avec le multiculturalisme canadien. Avec la loi 21, il a amorcé sa rupture. François Legault est devenu symboliquement, avec cette loi, le leader national des Québécois. Sur les autres dossiers nationalistes, comme la langue et l’immigration, la CAQ est toutefois décevante.

Avenir

Mais en faisant le choix de la laïcité, la CAQ a créé les conditions d’un retour de la question nationale sans même s’en apercevoir. Car la loi 21, aussi modérée soit-elle, entre en contradiction avec la Constitution canadienne. Tôt ou tard, d’un coup ou morceau par morceau, le Canada va la démanteler. 

Le pari caquiste se fracassera alors sur la réalité : même sous le signe du pragmatisme et de l’autonomisme très modéré, le Québec ne peut pas affirmer son identité dans le Canada. 

Alors, les Québécois se poseront de nouveau la question de leur avenir politique. Ce sera le temps d’un nouveau Lac Meech. Que fera alors François Legault ?