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Les pharmaciens doivent être plus présents dans les CHSLD

Bloc santé infirmière
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La pandémie de COVID-19 a exposé au grand jour les importants défis que nous avons à relever, collectivement, pour permettre à nos aînés de vieillir dans la dignité. À n’en plus douter, un véritable chantier de société s’impose pour réformer nos CHSLD.  

Parmi les enjeux les plus préoccupants, la pénurie de préposé(e)s aux bénéficiaires a fait couler beaucoup d’encre, avec raison. Or, dans la réflexion qui s’amorce, une autre pénurie devrait aussi nous interpeller grandement : près de 40 % des CHSLD publics sont sans soins pharmaceutiques en raison du manque criant de pharmacien(ne)s d’établissements. 

Mieux gérer les médicaments

Le rôle des pharmacien(ne)s d’établissements de santé au sein des équipes des CHSLD est pourtant crucial. De nombreuses études ont démontré leur contribution essentielle pour prévenir et réduire les erreurs médicamenteuses et les effets indésirables de médicaments, réduire la durée des hospitalisations et les réadmissions, diminuer les coûts de médicaments et, plus globalement, améliorer la qualité de vie des résidents. 

En 2017, une enquête menée par l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec (A.P.E.S.) avait révélé que les résidents des CHSLD québécois consomment en moyenne 11 médicaments d’ordonnance différents par jour, sans compter les médicaments pris au besoin. 

  • Écoutez l'entrevue de Richard Martineau avec François Paradis, pharmacien et président l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec, sur QUB radio:

Cela est notamment dû au phénomène des cascades médicamenteuses : faute de recourir à l’expertise d’un pharmacien, un effet indésirable à un médicament est souvent interprété comme un nouveau problème médical. Un deuxième médicament est alors prescrit pour traiter l'effet indésirable du premier, et la cascade s’amorce. 

Une utilisation accrue des pharmacien(ne)s en CHSLD et une meilleure organisation des soins peuvent nous aider à prévenir de tels problèmes. Par exemple, l’approche PEPS (Projet d’évaluation de la personnalisation des soins) déployée dans certains CHSLD publics a permis de réduire de moitié la proportion de résidents recevant quotidiennement 10 médicaments et plus. Le nombre moyen de médicaments potentiellement inappropriés par résident a aussi diminué de 30 %. Et globalement, ce modèle a permis d’améliorer la qualité des soins et la satisfaction des équipes à l’égard de leur travail. 

Qualité de vie des aînés

Ainsi, la réforme des soins de longue durée devra prévoir, dans tous les milieux, des équipes interdisciplinaires qui incluront obligatoirement des pharmaciens d’établissements affectés à l’usage optimal et sécuritaire des médicaments. Pour ce faire, des postes doivent être créés et des pharmacien(ne)s activement recruté(e)s, dès maintenant, car l’effectif actuel ne suffit déjà pas à répondre aux besoins en milieu hospitalier. 

Enfin, les patients de tous les CHSLD du Québec devraient disposer de l’expertise et des ressources existantes dans les hôpitaux, dont toute la gamme des professionnel(le)s travaillant en équipe interdisciplinaire. En outre, un circuit du médicament sécuritaire et les meilleures pratiques doivent être intégrés à tous les CHSLD. 

Voilà pourquoi l’A.P.E.S. joint sa voix aux nombreux experts et intervenants qui recommandent l’intégration des CHSLD privés au réseau public de santé. Il en va de la sécurité et de la qualité de vie de tous les aînés du Québec, sans exception. 

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Photo: Pierre Longtin

François Paradis, Pharmacien et président de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec

Linda Vaillant, Pharmacienne et directrice générale de l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec

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