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Décès de Maurice Tanguay: touchés par l’humanisme d’un grand homme

L'homme d'affaires aura laissé sa trace dans la vie de centaines de personnes qui ont bénéficié de sa grande générosité

Décès de Maurice Tanguay: touchés par l’humanisme d’un grand homme
Photo courtoisie

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Que ce soit dans sa vie personnelle ou par le biais de sa fondation, Maurice Tanguay aura marqué la vie de centaines de personnes qui ont pu s’appuyer sur sa générosité et son humanisme pour se relever après un drame ou une mauvaise passe. Parfois dans l’œil du public, mais plus souvent loin du feu des projecteurs, ces coups de main auront fait une différence majeure dans le cheminement de ceux qui ont eu la chance de croiser la route de ce grand bienfaiteur.

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«Ce jour-là, il m’a sauvé la vie»  

Après le tragique décès de sa femme, sa mère et sa fille dans un accident de la route en 1998, Michel Germain s’est réfugié dans son travail de descripteur des matchs de l’équipe junior de Maurice Tanguay, l’Océanic de Rimouski.

Plusieurs mois après l’accident, la marmite déborde. En ondes, Michel Germain s’en prend à un joueur adverse en des termes peu élogieux. «Toute la colère que j’accumulais depuis le moment où j’ai perdu le 3/4 de ma famille est sortie là. J’ai déraillé», se rappelle-t-il.

Un peu partout, on appelle au congédiement de Germain. «Il a dépassé les bornes», «il n’a plus la tête à ça», le descripteur a tout entendu. Mais une seule personne s’est tenue debout pour le défendre. Maurice Tanguay.

«Ce jour-là, il m’a sauvé la vie», confie celui qui est toujours à l’emploi de l’Océanic aujourd’hui. «Plusieurs années plus tard, je lui ai dit que même moi, je me serais congédié. Il m’a répondu: "tu avais déjà perdu beaucoup. Si je t’avais enlevé ton gagne-pain, ta passion, qu’est-ce que tu aurais fait?"» raconte Michel Germain.

«C’était ça, Maurice Tanguay. Il pensait à l’autre. Ce qu’il a fait ce jour-là, pour moi, il l’aurait fait pour ses enfants. Il est devenu un deuxième père pour moi», ajoute-t-il, parlant d’un grand humaniste.

«J’ai toujours eu l’impression qu’il ne vivait que pour aider les autres. Et c’était encore plus vrai dans les dernières années de sa vie.»

«Il me parlait comme si j’étais son chum»  

La rencontre entre Mario Poulin et Maurice Tanguay fait partie de ces anecdotes qui démontrent la grandeur de l’homme. Une rencontre toute simple au Colisée pendant un match de hockey, une discussion sur tout et rien, qui laisse M. Poulin sous le charme. «Il me parlait comme si j’étais son chum».

Un peu plus tard, la nièce de M. Poulin tombe malade. Un cancer fulgurant qui force sa mère à arrêter de travailler pour en prendre soin. Dans les semaines précédant le décès de la petite, sa mère est sur le point de tout perdre. «J’ai pensé à ma rencontre avec M. Tanguay au Colisée et j’ai appelé la fondation», se rappelle Mario Poulin.

Au téléphone, la réceptionniste lui dit que la fondation aide principalement les enfants handicapés, que d’autres fondations pourraient mieux l’accompagner. Mais il insiste et laisse ses coordonnées en demandant à parler à M. Tanguay. «Lui va comprendre».

Une semaine plus tard, un appel de Maurice Tanguay lui-même. «Je lui ai raconté que la mère de la petite allait tout perdre, qu’elle ne pouvait plus travailler. Je lui ai demandé son aide, se souvient M. Poulin.

«Elle a reçu un chèque de 2000$. On n’en revenait pas. Ça allait plus loin que sa fondation, c’était un grand monsieur, un homme de cœur».

«Si vous avez besoin, appelez-moi»  

Décès de Maurice Tanguay: touchés par l’humanisme d’un grand homme
Photo d'archives

Souvent qualifiée elle-même de «Sainte du Québec», Louise Brissette a fréquemment bénéficié des services de la Fondation Maurice Tanguay pour l’accompagner dans son quotidien avec une trentaine d’enfants handicapés à Saint-Anselme.

Entre elle et M. Tanguay, une connexion s’est rapidement créée, basée sur un profond désir d’aider.

«Le premier contact, c’est quand il avait accepté d’aider à construire nos ateliers de vie, des classes pour nos enfants. C’était extraordinaire comme rencontre», se souvient Mme Brissette. «Il était clairement ému de ce qu’on faisait. Il m’a dit avant de partir: ‘’N’importe quand, si vous avez besoin, appelez-moi’’.»

Au fil des ans, les Tanguay ont participé aux travaux réalisés chez Louise Brissette, ont fourni des électroménagers et ont même contribué à l’achat d’un autobus adapté. La majeure partie de cette aide est restée dans l’ombre, trait caractéristique de Maurice Tanguay.

«Il n’était pas dans le paraître, il était dans l’être. On sentait avec lui qu’il ne jouait pas un jeu, ça venait du cœur», raconte la dame, émue en repensant à la bonté de celui qui l’aura aidée à transmettre le bien depuis maintenant plus de 40 ans.

«Ça démontre la grandeur de l’homme»  

Vincent Tremblay est devenu quadriplégique à la suite d'un accident de vélo en 2005. Maurice Tanguay l'avait visité deux fois à l'hôpital et il avait bénéficié du soutien de la fondation.
Photo courtoisie
Vincent Tremblay est devenu quadriplégique à la suite d'un accident de vélo en 2005. Maurice Tanguay l'avait visité deux fois à l'hôpital et il avait bénéficié du soutien de la fondation.

En 2005, à l’âge de 17 ans, Vincent Tremblay devient quadriplégique quand une voiture lui coupe la route lors d’un entraînement de vélo. C’est lors de son hospitalisation que Maurice Tanguay entre dans sa vie.

«Je ne sais plus trop comment, mais ils ont entendu parler de mon accident et il est venu à l’hôpital m’offrir une télé sans-fil qu’on allait pouvoir installer devant mon lit», se rappelle le jeune homme.

Visiblement, Maurice Tanguay avait été touché par son histoire parce qu’il est revenu le voir quelques semaines plus tard alors qu’il était en rééducation, avec un autre cadeau bien spécial. «Il est venu avec sa femme pour me remettre un chandail de l’Océanic autographié par Sidney Crosby», raconte M. Tremblay, qui parle de ces rencontres comme d’une grande source de motivation.

«Ça m’avait montré que malgré mon handicap, il y avait du bon et surtout, du bon monde autour de nous. Et quand tu vois toute l’énergie qu’il a déployée pour aider les jeunes, ça démontre la grandeur de l’homme», confie Vincent Tremblay, qui marche un peu dans ces mêmes traces en étant aujourd’hui directeur général de Mobilité Québec, un organisme dont la mission est de sensibiliser la population à la réalité des gens à mobilité réduite.

«Tout ça vient d’un homme de cœur»  

Chantal Jalbert et son conjoint, Michel Truchon, avec leurs triplettes. La famille a bénéficié à deux reprises du soutien de la Fondation Maurice Tanguay.
Photo courtoisie
Chantal Jalbert et son conjoint, Michel Truchon, avec leurs triplettes. La famille a bénéficié à deux reprises du soutien de la Fondation Maurice Tanguay.

La Fondation Maurice Tanguay est venue en aide deux fois plutôt qu’une à Chantale Jalbert et Michel Truchon, résidents de Chicoutimi.

À la naissance de leurs triplettes, la fondation leur a offert des électroménagers. «Quand tu as trois bébés qui arrivent d’un coup, tu sais que tu vas avoir du lavage à faire», lance en riant Mme Jalbert.

Mais c’est quelques mois plus tard, quand son conjoint frôle la mort, prisonnier par un froid glacial d’une dameuse pendant plus de 8 heures au Mont-Bélu, que l’œuvre de Maurice Tanguay changera la vie de la famille. «Je vais m’en rappeler toute ma vie, mon téléphone a sonné quand j’étais aux soins intensifs le lendemain de l’accident. C’était la fondation. Ils se rappelaient de nous et étaient bouleversés de ce qui nous arrivait», se rappelle Chantale Jalbert.

La Fondation Maurice Tanguay offre 10 000$ à la petite famille, pour au moins traverser l’incertitude du moment. «Tu ne sais même pas si ton conjoint va survivre, mais au moins, il y a une main dans ton dos qui te dit: "On est là"», se remémore la femme, qui n’a jamais pu parler directement à Maurice Tanguay, mais qui décrit son entreprise et sa fondation comme étant «imprégnées de son aura».

«On sait tous que c’était un homme d’affaires extraordinaire, mais maintenant, de voir comment ses entreprises sont dirigées, on voit que tout ça vient d’un homme de cœur et de famille. Il a légué ça à tous ceux qui travaillent pour lui», salue Mme Jalbert. 

« Je vais me rappeler de ce monsieur toute ma vie » 

Décès de Maurice Tanguay: touchés par l’humanisme d’un grand homme
Photo courtoisie

Le père d’une jeune femme handicapée de 18 ans n’a pas de mots pour décrire sa reconnaissance envers Maurice Tanguay, qui a su aider sa fille Mélodie à se « développer et s’épanouir » en lui offrant une tablette et un suivi en orthophonie, pour l’aider à communiquer.

« Le bien que cet homme-là a fait à ma famille, sans même qu’on se connaisse, c’est incroyable. Il a aidé mon enfant handicapé, mais aussi ma vie de famille », affirme Martin Houle, de Victoriaville.

« M. Tanguay est venu supporter ma famille quand j’avais un énorme besoin. Je vais me rappeler de ce monsieur toute ma vie », dit-il, reconnaissant. 

Un allié du centre Cité Joie

Le centre Cité Joie, qui accueille des personnes handicapées, est en deuil à la suite du décès de l’homme d’affaires Maurice Tanguay, un allié de longue date.

« C’est une précieuse collaboration qui remonte à 1996 », a rappelé le directeur général, Denis Savard.

M. Tanguay a toujours soutenu le développement de cet organisme en fournissant de l’aide pour la construction d’infrastructures comme le pavillon Maurice Tanguay.

« Il était soucieux du bien-être des enfants avec des besoins particuliers. Ç’a toujours été une préoccupation pour lui. Il était dévoué à la cause des personnes handicapées. »

La construction du pavillon Maurice Tanguay à Lac-Beauport a permis au centre de vacances et de répit d’ajouter 25 lits supplémentaires. 

Une « aide précieuse »

Décès de Maurice Tanguay: touchés par l’humanisme d’un grand homme
Photo courtoisie

Une mère de Saint-Charles-de-Bellechasse, qui a eu une « aide précieuse » de la Fondation Maurice Tanguay pour son fils atteint du trouble du spectre de l’autisme, affirme que la « grandeur d’âme » de M. Tanguay continuera de vivre à travers sa Fondation.

Aujourd’hui âgé de 14 ans, Mathys Lacasse a dû avoir recours à de l’orthophonie, il y a près de 11 ans.

Malheureusement, Sandra Tremblay n’avait pas les moyens de procurer à son fils ces services qui sont offerts au privé.

La Fondation Maurice Tanguay a ainsi versé 2000 $ à Mme Tremblay, en échange... d’un simple dessin.

« Je n’en revenais pas ! », lance-t-elle, encore soufflée par la générosité et la bonté de M. Tanguay.

Mme Tremblay a aussi bénéficié des services du centre de répit Le Grand Village de Saint-Nicolas.

« Il donne beaucoup de sous pour cet organisme. On le voit, c’est écrit Maurice Tanguay partout. Si ce n’était pas de lui, je ne sais pas si l’organisme survivrait », dit Mme Tremblay.

« Chaque fois qu’il y a quelque chose de plaisant pour un enfant handicapé, son nom est là », conclut-elle. 

Un soutien inespéré avant Noël

Décès de Maurice Tanguay: touchés par l’humanisme d’un grand homme
Photo d'archives, Stevens LeBlanc

Amélie Turgeon se souvient de l’incroyable soutien de Maurice Tanguay pour son fils Charles, très mal en point en 2017 à Saint-Flavien.

« Ça a changé notre vie à ce moment. Notre enfant était sur le point de mourir et il fallait agrandir notre maison. C’était inespéré juste avant les Fêtes. Ça nous enlevait un poids énorme », explique la mère de famille.

Comme il le faisait souvent, M. Tanguay s’était rendu lui-même rencontrer la famille.

« On n’aurait pas pu réaliser l’aménagement nécessaire sans lui », dit-elle.

Quelques années plus tard, la situation n’est plus la même et son garçon est toujours parmi eux.  

Une caravane pour ses fils handicapés

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Photo courtoisie

C’est grâce à la Fondation Maurice Tanguay que des parents de Saint-Romuald ont pu se procurer une caravane adaptée pour leurs garçons handicapés.

Pour le père, Nicolas Couture, l’aide financière de la Fondation est arrivée au « moment le plus difficile », alors que ses deux fils ont reçu des diagnostics fatals, en 2015 et 2016.

Le plus jeune, Alexis, 7 ans, est atteint d’amyotrophie spinale de type II, alors que son frère Guillaume, 9 ans, a quant à lui dû se faire amputer la jambe droite à l’âge de 4 ans, après avoir subi un choc septique.

« La Fondation nous a été d’une grande aide, pour alléger la pression qu’on avait sur nos épaules », se remémore M. Couture.

En signe de reconnaissance, ses garçons sont d’ailleurs figurants dans les publicités télévisées de la Fondation Maurice Tanguay.