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Errance sans retour: touchés en plein cœur par les réfugiés rohingyas

Errance sans retour
Photos courtoisie, Renaud Philippe

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Le triste destin des réfugiés rohingyas, qui ont été forcés de fuir la persécution de l’armée du Myanmar, en 2017, a tellement remué Mélanie Carrier et Olivier Higgins que le projet de ce couple de cinéastes de Québec de tourner un court métrage documentaire dans le camp de Kutupalong, au Bangladesh, a pris une ampleur insoupçonnée. 

Le court métrage est finalement devenu un long métrage, Errance sans retour, auquel s’est aussi greffée une exposition multidisciplinaire, présentée au Musée national des Beaux-Arts du Québec.

« Le sujet nous a tellement touchés qu’on ne savait plus où s’arrêter », confie Mélanie Carrier.

Une scène du documentaire <i>Errance sans retour</i>, filmé dans le camp de réfugiés des Rohingyas, au Bangladesh.
Photos courtoisie, Renaud Philippe
Une scène du documentaire Errance sans retour, filmé dans le camp de réfugiés des Rohingyas, au Bangladesh.

Ce sont les clichés de Renaud Philippe, qui a documenté les conditions de vie dans le camp de Kutupalong lors d’une visite en février 2018, qui les ont convaincus qu’un sujet les attendait à l’autre bout du monde. « Ces photos étaient puissantes, mais en outre, il couvre depuis plusieurs années des populations qui vivent des situations d’exil traumatisantes, et il disait n’avoir jamais rien vu de tel. Nous avions vu les nouvelles l’année d’avant, et ça nous a fait réaliser l’ampleur de la chose. On s’est dit pourquoi ne pas envoyer une caméra », relate Olivier Higgins.

Surréaliste

C’est ce dernier qui a fait le voyage, en compagnie de Renaud Philippe. Il a été frappé par ce qu’il décrit comme une fourmilière.

« Tu te fais inviter dans une tente et t’entends un bébé pleurer dans celle d’à côté. Quelqu’un pompe de l’eau, des poules passent. Il y a des enfants qui rient en jouant avec des cerfs-volants pendant qu’une dame te raconte la tragédie qu’ils vivent. Parfois, avec son enfant à côté d’elle. C’est surréaliste. »

Conscientiser

La présence de Kanam, leur guide rohingya, a été d’un précieux secours pour les aider à entrer en contact avec les habitants du camp.

« Ils veulent dire au monde ce qui leur arrive. Oui, c’est arrivé que certains disent que plusieurs journalistes étaient passés sans que ça donne de résultats. Sauf que nous sommes un grain de sel de plus pour aider à conscientiser les gens », soutient Olivier Higgins. Ils ont certainement touché une corde sensible chez nous puisque le film a remporté le prix du public à la dernière édition du Festival de cinéma de la ville de Québec.

Ce qu’ils aimeraient que les Québécois retiennent après avoir vu Errance sans retour ? « On espère que la prochaine fois qu’une personne qui a vu le film rencontrera un réfugié, qu’elle se dise qu’il est peut-être passé par des conditions comme celles décrites dans le documentaire », énonce Mélanie Carrier. 

Poignante immersion 

Errance sans retour
Photos courtoisie, Renaud Philippe

Comment rester indifférent après 90 minutes à partager l’accablant quotidien des Rohingyas, qui ont fui le Myanmar et sont désormais regroupés dans le camp de réfugiés le plus peuplé de la planète, Kutupalong, avec ses 700 000 âmes entassées sur 13 kilomètres carrés ?

Dès les premières secondes de cette poignante immersion dans la plus déplorable des misères humaines, on mesure l’ampleur des défis que pose la vie dans de telles conditions, quand les pluies diluviennes de la mousson transforment le site en un dangereux enfer de boue.

Aidé par le photographe Renaud Philippe et un guide rohingya qui agit aussi comme narrateur, le cinéaste Olivier Higgins a pu côtoyer et filmer de près les réfugiés. En évitant de sombrer dans le voyeurisme, il en tire des témoignages qui mettent en relief la révoltante injustice dont ils sont victimes, et ses conséquences sur leur santé physique et mentale.

Sans compter les enlèvements d’enfants, menace constante, s’il en est.

Certes, le propos est sombre ; or, dans cette prison à ciel ouvert, des rayons de soleil pointent, comme lorsque des enfants improvisent des parties de soccer dans un terrain quasi impraticable à moitié rempli d’eau. Leur plaisir de jouer est émouvant.

Avec une belle sensibilité, Errance sans retour prend ainsi le parti d’exposer la débrouillardise, la rage de vivre et l’espoir de ces gens qui auraient pourtant toutes les raisons de baisser les bras.

Ça nous change de ceux qui se plaignent d’être forcés de porter un masque pour aller acheter du lait au dépanneur, mais on s’égare...


♦ À l’affiche.

Poignante immersion ★★★★   

  • Un documentaire d’Olivier Higgins et Mélanie Carrier.