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Zones orange: un retour en salle des plus sécuritaires

Machine de Cirque
Photo Sandra Godin Les acrobates de Machine de Cirque ont ébloui les spectateurs de Rimouski, vendredi, avec le spectacle La Galerie.

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RIMOUSKI | De Gatineau à Sept-Îles, en passant par Baie-Comeau et Rivière-du-Loup, des dizaines de salles de spectacles situées en zones orange ont accueilli de nouveau, vendredi, public, artistes et employés, tous aussi fébriles les uns que les autres de reconnecter avec l’art vivant dans un espace très strictement contrôlé, comme a pu le constater Le Journal.

À la salle Desjardins-Telus de Rimouski, vendredi, une trentaine d’employés – portant obligatoirement masques et lunettes de protection – effectuait un retour au travail après plusieurs semaines d’absence, dans le cadre de la présentation du spectacle La Galerie, de Machine de Cirque. 

Ils ont repris le travail dans les mêmes règles que l’automne dernier, à quelques ajouts près. 

«C’est notre 5e révision du guide sanitaire», a fait valoir la directrice des communications, Mireille Lévesque. 

Le seul changement majeur à cette réouverture concerne le port obligatoire du masque de procédure, et ce, en tout temps. Même les acrobates devaient être masqués sur scène, vendredi (voir plus bas). Les employés de la salle avaient prévu quelques masques supplémentaires pour ceux qui n’auraient pas lu la longue liste de règles à suivre envoyée par courriel à l’achat d’un billet. 

Machine de Cirque
Photo courtoisie, Yvan Couillard

Le public au rendez-vous

Le spectacle de Machine de Cirque affichait complet vendredi soir. Quelque 225 personnes ont pu prendre place dans la salle, qui compte 895 sièges, regroupées par bulle.

Dans la salle, chaque siège se démarque par un autocollant de couleur différente. Les billets sont vendus en alternance aux sièges avec des autocollants rouges un soir, et l’autre soir, aux jaunes. 

«Ça laisse au moins 48 heures avant qu’un spectateur ne s’assoie sur un même siège», a expliqué le gérant de la salle Desjardins-Telus. 

Et les gens sont au rendez-vous : Mireille Lévesque a observé une hausse de la vente de billets «depuis que le 26 février a été annoncé comme date de retour. On est très heureux de l’engouement que ç’a suscité».

Règles suivies

L’entrée en salle et la sortie après le spectacle de Machine de Cirque se sont faites dans le plus grand civisme vendredi soir à Rimouski. Le public a suivi les règles à la lettre.

Beaucoup de familles, ainsi que quelques personnes seules, ont assisté à la représentation, a constaté Le Journal

«Ça fait du bien au moral», a souligné une spectatrice retraitée, Viviane Haeberlé. 

Cette dernière en était à son troisième spectacle depuis l’automne, et a confié qu’elle se sentait en sécurité. 

«C’est ce qui a fait en sorte que je suis revenue quelques fois, a-t-elle dit. J’ai constaté à quel point c’était sérieux et strict. Ce soir, je vois que ça l’est encore plus. Le port du masque, ç’a bien de l’allure. [...] La culture, c’est vraiment important, a-t-elle ajouté. Je trouve ça étonnant, d’ailleurs [que le reste des salles soient fermées]. Quand on regarde en France, ils avaient laissé les musées ouverts, et nous, on les a fermés. Ça témoigne d’un sens des priorités différent. C’est un peu malheureux.»

Ouverture définitive?

La directrice des communications de la salle Desjardins-Telus souhaite elle aussi que les salles restent ouvertes. D’autant plus que l’aide financière de 50 millions $ attribuée par le ministère de la Culture pour pallier les pertes des ventes à la billetterie arrive à échéance le 31 mars. 

«Ce qu’une fermeture représente comme travail, en termes de report, annulation, communication avec la clientèle et gestion de transactions, c’est beaucoup de travail pour une petite équipe. On n’espère pas une autre fermeture», a affirmé Mireille Lévesque. 

«Laissez-nous jouer» – Pauline Bonanni, acrobate    

Il n’y a pas que le public qui devait être masqué vendredi soir à la salle Desjardins-Telus de Rimouski : les acrobates de Machine de Cirque aussi. S’ils veulent présenter leur spectacle créé avant la pandémie, ils doivent suivre cette condition imposée par la Santé publique. 

La Galerie n’a pas été créé pour être joué en distanciation. Ils doivent donc se soumettre aux mêmes règles que s’ils étaient sur un plateau de tournage télé : ils ont chacun droit à 15 minutes de contacts physiques rapprochés par jour sans le masque. 

«Quand on a vu les règles sanitaires, on ne savait pas si ce serait possible de faire le spectacle, a avoué l’acrobate Gael Della Valle, en marge du spectacle. Mais finalement, il y a plus de choses qu’on pensait qui se font. Le metteur en scène a chronométré chaque seconde de chaque mouvement, pour chaque acrobate».

Ils ont choisi de prendre leurs 15 minutes pour les numéros les plus acrobatiques. Parce que d’abord, «c’est super essoufflant avec les masques», précise sa complice Pauline Bonanni, mais c’est aussi «dangereux», puisque la moindre distraction peut entraîner un faux mouvement et des blessures.

Le metteur en scène a également dû revoir toutes les scènes où les acrobates s’échangent des accessoires. 

Sur le plan de la logistique de tournée, le défi est également considérable. La troupe doit voyager dans trois véhicules au lieu d’un seul de douze passagers. À l’intérieur, ils doivent être espacés et porter les lunettes et le masque. «Mais c’est incroyable comment notre compagnie est motivée pour qu’on puisse tourner. Il faut leur dire merci», a ajouté Pauline Bonanni. 

«C’est possible» 

Machine de Cirque présentait La Galerie pour la première fois depuis un an, presque jour pour jour. «C’était tellement agréable, a confié Gael Della Valle. C’est comme si les gens étaient 10 000 dans la salle, pour moi, ce soir».

La troupe a recommencé les répétitions du spectacle au début du mois de janvier, pour les deux seules représentations du week-end. Ils attendent impatiemment la réouverture des salles en zones rouges pour voir s’ils peuvent ajouter des dates au Québec en attendant. 

«C’est beaucoup de travail de reprendre, de se réentraîner après des mois, a souligné Pauline Bonanni. C’est un peu frustrant parce qu’on est arrivés au stade où c’est très réjouissant, parce qu’on est entraînés, on est prêts. Et ça s’arrête samedi soir [ce soir]. On ne sait pas quand on va le rejouer. C’est vertigineux.»

«Il faut autoriser tout ça là, a-t-elle plaidé. On vient de le prouver, c’est possible de le faire. Il faut nous laisser jouer. Ce contexte-là, il est difficile.»