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La noirceur numérique, sauf pour le patron de Bell

Mirko Bibic
Photo courtoisie Radio-Canada, Laurence Martin

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Lettre à Justin Trudeau, premier ministre du Canada

On ne peut que noter l’ironie – s’en offusquer, surtout : le chalet du grand patron de Bell, Mirko Bibic, au lac Pemichangan dans l’Outaouais, est branché à Fibe, petit ilot Internet dans la campagne gatinoise, alors que Bell – ce n’est un secret pour personne – est grandement responsable des retards immenses que le Québec et le Canada accusent pour ce qui est de l’accès réseau.

Et tant qu’à faire dans l’ironie, ironisons : on imagine bien que les « infrastructures de soutènement » (les poteaux) menant au chalet de monsieur Bibic étaient bien solides ou alors que les gens de Bell se sont empressés de les mettre à niveau. On comprend aussi que les gestionnaires du projet, par ailleurs financé par des subventions gouvernementales, ne savaient pas que leur patron avait un chalet dans ce secteur, pas plus d’ailleurs que les décideurs qui ont octroyé les subventions. 

Le directeur des affaires gouvernementales chez Bell, Charles Gosselin, est clair : « Le réseau de la compagnie est développé selon des critères de densité de population, de l’état des infrastructures existantes et des objectifs de développement du réseau à long terme. [...] Bell est une entreprise sérieuse.» Nous voilà rassurés... 

Noirceur numérique

Les voisins de M. Bibic vivent, comme les citoyens de nombreuses autres régions au pays, dans la grande noirceur numérique. Les résidents et les commerces de la MRC de la Vallée-de-la-Gatineau sont privés d’une connexion décente (ou de connexion tout court), comme tant d’autres foyers au Québec, par exemple chez nous à Saint-Adolphe-d’Howard, à une heure de Montréal. 

Est-il nécessaire de rappeler qu’Internet est un service essentiel, et cela a été exacerbé par la pandémie s’il fallait encore des arguments pour s’en convaincre? Redisons-les quand même : pandémie oblige, il y a des jeunes en région qui doivent suivre des cours en ligne et des employés qui doivent télé-travailler. Les régions ce sont aussi des travailleurs autonomes, des artistes, des petites entreprises qui créent de l’emploi et nous fournissent des biens en tout genre, etc. Internet est essentiel. 

Ça prend un plan réaliste

Le gouvernement du Québec a bien compris l’enjeu et s’est engagé à brancher tout le Québec d’ici les prochaines élections (automne 2022). Nous saluons le travail fait par M. Legault et son équipe et les progrès réalisés à ce jour. À Ottawa, on vise 2030 pour connecter tout le pays à la haute vitesse. 2030!! 

Dans le monde de la technologie, c’est un horizon qu’on ne peut même pas imaginer! Par ailleurs, la « haute vitesse » telle que définie par le CRTC (50 Mb/s en téléchargement, 10 Mb/s en téléversement) est une cible qui date de 2016, déjà 5 ans. Imaginez ce qu’elle vaudra en 2030... 

M. Trudeau, tout le monde doit avoir accès à Internet, les citoyens de la Gatineau comme ceux de Saint-Adolphe-d’Howard. En régions, comme partout ailleurs, nous sommes tous Mirko. À quand un plan réaliste pour brancher le pays? À quand des investissements conséquents, dans la valse actuelle des milliards, pour sortir les régions de la grande noirceur numérique? 

Line Légaré et Georges Bégin, Respectivement présidente et vice-président du Comité Internet haute vitesse de Saint-Adolphe-d’Howard

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