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Plus de 400 M$ partis en fumée: la pandémie fait mal à l'industrie hôtelière de Québec

L’industrie touristique de la région de Québec a été sévèrement touchée par la pandémie

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Le 13 mars 2020, le gouvernement du Québec décrétait l’urgence sanitaire, provoquée par le coronavirus. Les conséquences sur l’industrie touristique n’ont pas tardé. Un an plus tard, la reprise se fait toujours attendre, comme on peut le voir sur la terrasse Dufferin, déserte devant le Château Frontenac.

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Un an après le début de la pandémie, la situation actuelle est comparable à un tsunami qui n’a pas encore révélé toute l’ampleur des dégâts dans l’industrie touristique. Uniquement dans l’hôtellerie, on estime les pertes à plus de 400 millions $ dans la région de Québec.

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« Quand le tsunami arrive, tu le vois venir, mais c’est lorsque l’eau se retire que tu prends connaissance des dégâts. Là, l’eau ne s’est pas retirée encore », a affirmé Steeve Lavoie, président et chef de la direction de la Chambre de commerce et d’industrie de Québec.  

L’arrivée de la COVID-19 a touché les entreprises à des degrés variables.  

« En période d’austérité, c’est toute l’économie qui baisse en même temps. Présentement, les écarts types sont très grands, c’est-à-dire que pour certaines entreprises ça va très très bien alors que pour d’autres, ça va très très mal », a ajouté M. Lavoie, invité à dresser le bilan du triste premier anniversaire de la crise sanitaire dans laquelle est plongé le Québec depuis presque un an. 

Dans la colonne des entreprises qui tirent leur épingle du jeu, il cite les sciences de la vie, l’assurance, les bureaux comptables, l’agro-alimentaire, les technologies de l’information et les jeux vidéo. 

Pour les entreprises qui sont dans l’autre colonne, l’hôtellerie, la restauration, la culture et le tourisme, « c’est extrêmement difficile » et la situation est loin d’être rétablie. 

De lourdes conséquences

Selon la directrice générale de l’Association hôtelière de la région de Québec (AHRQ), Marjolaine de Sa, les pertes occasionnées depuis le début de la pandémie dans son industrie s’élèvent à plus de 400 M$. Pour Québec et Montréal, c’est 1,3 milliard $ de retombées qui sont parties en fumée. 

Trois jours avant le début de l’état d’urgence sanitaire au Québec, le 13 mars 2020, Mme de Sa donnait des entrevues pour dire qu’il manquait 1200 travailleurs dans l’industrie à l’approche de la haute saison qui était remplie de promesses.

L’industrie hôtelière s’attendait en effet à battre des records historiques en 2020. Malheureusement, c’est tout le contraire qui s’est produit. 

« Il y a 87 % de notre main-d’œuvre qui a été remerciée. C’est notre expertise qui est partie. Plusieurs se sont trouvé des jobs dans d’autres secteurs. On ne peut pas leur en vouloir », a ajouté Mme de Sa. 

5500 mises à pied

La COVID-19 a entraîné 5500 mises à pied dans l’industrie hôtelière de la région de Québec et la situation ne laisse pas entrevoir une réelle embellie avant plusieurs mois. « On ne voit aucune profitabilité encore jusqu’à l’été 2022 », a dit la directrice générale de l’AHRQ.  

L’industrie s’attend au retour du niveau d’activités de 2019 seulement vers la fin de 2025 ou au début de 2026.  

Parmi les fermetures définitives, l’Asso-ciation compte 8 établissements de petite taille. À l’heure actuelle, la région compte toujours 32 établissements fermés temporairement. 

La pandémie et ses séquelles    

35 900 EMPLOIS PERDUS DANS LA RÉGION

Le marché du travail de la Capitale-Nationale a grandement été affecté par la pandémie puisque l’on observe une perte de 35 900 emplois en 2020 par rapport à l’année précédente.

« Au total, en l’espace d’une année, nous avons perdu l’équivalent de dix ans de croissance au niveau des emplois. La pandémie a donné un coup dur », estime Jean-Pierre Lessard, économiste et associé chez Aviseo Conseil. 

Selon l’Institut de la statistique du Québec, le nombre d’emplois dans la Capitale-Nationale a baissé de 8,9 % en 2020 par rapport à 2019. Dans Chaudière-Appalaches, il est resté pratiquement inchangé (+0,4 %).

« On est habitués à être à la tête des classements à Québec, mais ce n’est pas nous qui allons le mieux par rapport aux autres RMR », a poursuivi M. Lessard. 

Le taux de chômage a atteint 5,6 % en janvier, soit une légère hausse par rapport au mois de décembre (5,1 %).

Cette « relative » bonne nouvelle en cache une autre, moins reluisante. 

« Beaucoup de gens ont quitté la population acti-ve. Est-ce qu’ils sont retournés aux études ? Est-ce qu’ils se sont découragés ? »

« Le choc a été fort »

Quoi qu’il en soit, la population active a baissé de 5,6 % en 2020, ce qui représente 23 400 personnes de 15 à 64 ans disponibles en moins pour travailler dans la Capitale-Nationale.

« Le choc a été fort ! Il ne faut pas le sous-estimer, mais on est en train de prendre le dessus. Il y a des perdants et des gagnants. Disons qu’on connaît une reprise en forme de K », a ajouté M. Lessard.  


SURCHAUFFE DE L’IMMOBILIER

Les propriétés qui affichent « VENDU » dans la région de Québec sont en hausse depuis le début de la pandémie.
Photo Stevens LeBlanc
Les propriétés qui affichent « VENDU » dans la région de Québec sont en hausse depuis le début de la pandémie.

Alors que des secteurs comme le tourisme sont complètement K.-O., les ventes immobilières sont en feu dans la région de Québec où l’on enregistre une hausse de 28 % en 2020.

« On n’avait pas envisagé un rebond aussi fort. Ça, c’est la surprise. Déjà que 2019 avait été une année record par rapport aux vingt dernières années. Ç’a été une surprise à l’échelle du Québec », a affirmé Charles Brant, directeur Analyse du marché à l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec. 

Télétravail

Selon lui, la baisse des taux d’intérêt a certes été un facteur stimulant, mais au-delà de cette réalité, les besoins ont changé avec la pandémie. Le télétravail est un facteur. 

« Beaucoup de gens se sont dit : il faut que je m’achète une propriété plus grande, avec une cour. Maintenant avec le télétravail, on n’est plus contraint de rester proche du lieu de travail. On peut aller ailleurs. »

Les travailleurs qui ont conservé leur emploi ont vu leurs dépenses discrétionnaires chuter avec le confinement. Ces épargnes ont pu être réaffectées à l’immobilier.  

Au total, 10 651 ventes ont été réalisées en 2020, malgré une chute importante de l’inventaire dans la région de Québec (-14 %). Cela s’explique en partie parce que plusieurs propriétaires, qui avaient déjà dans l’idée de mettre leur propriété sur le marché, ont choisi d’attendre que la pandémie se calme.   


20 % MOINS D’INSCRITS À L’ÉCOLE HÔTELIÈRE

Pendant qu’on assiste à une ruée vers les métiers de la construction, l’École hôtelière de la Capitale doit composer avec une baisse de 20 % des inscriptions pour l’année 2020-2021, avec un total de 389 étudiants, ce qui représente le niveau le plus faible des dernières années. 

« Le programme le plus affecté est conseil et vente de voyage », a indiqué Denis Castonguay, directeur.

Quant au programme réception en hôtellerie, offert par l’École hôtelière Fierbourg, il n’a pas démarré cette année en raison du faible nombre d’inscriptions.  

Chute des ventes « dramatique » dans les restos    

Zone rouge oblige, la fermeture des salles à manger a forcé des entreprises comme le Groupe Restos Plaisirs à licencier près de 850 employés.  

Les ventes en janvier 2021 n’ont atteint que 290 000 $, alors qu’en janvier 2020, elles représentaient 3,3 millions $ pour l’entreprise, soit une baisse de plus de 90 %. Les commandes à emporter permettent de conserver un minimum d’activités. 

Pierre Moreau, président-directeur général du Groupe Restos Plaisirs, a hâte que la tempête se calme.
Photo Stevens LeBlanc
Pierre Moreau, président-directeur général du Groupe Restos Plaisirs, a hâte que la tempête se calme.

« On n’est pas en train de se noyer, mais on a de l’eau jusqu’aux épaules. Il ne fait pas chaud et on se demande quand on va être capable de sortir du lac pour se sécher un peu », confie Pierre Moreau, président-directeur général et associé du Groupe Restos Plaisirs.

Depuis le début de la crise, l’entreprise a procédé à deux fermetures définitives de Jaja qui n’atteignaient pas antérieurement les objectifs de rentabilité.  

« Avant la pandémie, on faisait 50 M$ de chiffre d’affaires, alors que cette année, on va avoir fait 35 % maximum. Cela tient compte du fait que nos établissements ont été fermés 7 mois sur 12 pendant cette année financière. Pensez-y, c’est dramatique », ajoute M. Moreau.  

La subvention salariale et l’aide au loyer du gouvernement fédéral permettent de couvrir une partie des frais fixes. L’entreprise a gardé une cinquantaine d’employés pour maintenir le phare, mais cela ne couvre pas tout.

« On est allé emprunter de l’argent pour survivre. [...] Quand on va rouvrir et qu’on va commencer à vivre normalement, dans 10 ou 12 mois, notre structure de dettes va avoir augmenté. On n’aura pas d’actifs supplémentaires pour ça. C’est comme si la banque vous prêtait de l’argent pour payer votre hypothèque. » 

Les employés au rendez-vous ?

En plus de se creuser les méninges pour arriver, les restaurateurs s’inquiètent de savoir où ils vont trouver la main-d’œuvre pour reprendre leurs activités. 

« J’ai plein de gens dont je sais qu’ils ne reviendront pas. En cuisine, c’est terrible. Cet été, on va tous s’arracher les cuisiniers. Ça va être très très difficile. » 

M. Moreau attend que les choses se tassent un peu pour réévaluer le plan de développement de l’entreprise. Une chose est sûre, le projet d’ouverture d’une bannière Cochon Dingue, rue Saint-Jean va aller de l’avant comme prévu. S’il n’y a pas de délais, l’inauguration devrait avoir lieu en juin.

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