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Un fournisseur était favorisé pour construire une piscine à Mont-Royal

C’est la vigilance des citoyens et non celle des élus qui a permis de modifier un appel d’offres mal ficelé

COMPLEXE SPORTIF VILLE DE MONT-ROYAL
Photo courtoisie Le futur centre sportif de Mont-Royal comprendra trois bassins pour la baignade et la natation. Le coût du projet est évalué à plus de 48 M$.

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Des citoyens avisés ont évité à Mont-Royal d’être aux prises avec un appel d’offres dirigé vers un seul fournisseur pour les piscines du futur centre sportif. Ils ont décelé des problèmes semblables à ceux dénoncés par le Bureau de l’inspecteur général (BIG) de Montréal, il y a deux ans.

En février 2019, l’inspectrice générale Brigitte Bishop épinglait les firmes Poirier Fontaine Architectes et GBI Experts-Conseils inc. pour avoir favorisé le fournisseur de piscines Myrtha dans le devis du complexe aquatique de Rosemont.

Les deux mêmes firmes ont participé à la rédaction d’un devis similaire à Mont-Royal en novembre dernier, a appris notre Bureau d’enquête. Ce qui a soulevé des doutes chez certains citoyens. 

Le devis du futur centre sportif, un projet de 48 M$, comprend des dizaines de références directes aux produits de Myrtha. 

Sauf exception, il est interdit de nommer des produits spécifiques dans les appels d’offres depuis 2018. Le gouvernement du Québec juge que cette façon de faire restreint la concurrence. Les villes doivent désormais utiliser des critères de performance.

« Copié-collé » 

« Des résidents ont découvert que ce qui s’était passé à Rosemont se répétait. C’était presque un copié-collé », raconte Françoise Le Gris, qui habite Mont-Royal.  

Constatant cela, Mme Le Gris a déposé une plainte à l’Autorité des marchés publics (AMP) pour qu’elle fasse enquête.   

Le maire de Mont-Royal, Philippe Roy, confirme avoir eu « des discussions avec l’AMP » pour rectifier le devis. 

Une modification a été publiée cette semaine. « On a enlevé les références à Myrtha », précise M. Roy.

Si des citoyens étaient aux aguets pour examiner l’appel d’offres, c’est que les coûts estimés pour le centre sportif ont explosé depuis 2018. 

« Au départ, c’était un projet de 33 M$, et maintenant c’est près de 48 M$ », déplore Françoise Le Gris. 

Avec un groupe de résidents, elle avait demandé un référendum pour s’opposer au centre, qu’elle juge beaucoup trop gros « pour une petite ville de 21 000 habitants ».

« En se préparant pour le référendum, on a découvert qu’il y avait les mêmes firmes d’architecte et d’ingénierie qui étaient citées dans le rapport du BIG », dit-elle.

« Incompréhensible »

Mme Le Gris trouve « tout à fait incompréhensible » que ce soit des citoyens qui ont dû sonner l’alarme.

« Le problème à Rosemont, ça aurait dû alerter les fonctionnaires et les élus, s’insurge-t-elle. Ils auraient dû être triplement prudents pour ne pas fermer les marchés. Les élus sont là pour protéger les intérêts des citoyens. » 

Le maire Philippe Roy se défend d’avoir manqué de vigilance. 

« Quand le cas du BIG est sorti, on a demandé un avis juridique et, selon nos avocats, c’était correct de demander “Myrtha ou équivalent” », défend-il. Un second avis juridique reçu en avril 2020 concluait la même chose. 

« On s’est fié à des opinions juridiques qui, deux ans plus tard, s’avèrent ne pas être les meilleures. On a rectifié le tir dès qu’on a eu les discussions avec l’AMP », ajoute M. Roy.