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Du rêve à la réalité pour Marie-Ève Dicaire

Marie-Ève Dicaire aura la chance d’écrire une page d’histoire contre Claressa Shields, vendredi au Michigan

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Lorsqu’elle était petite, Marie-Ève Dicaire souhaitait devenir une athlète professionnelle et gagner sa vie avec son sport. Un rêve qu’elle a réalisé dans les dernières années.

Puis, en 2018, elle est devenue championne du monde de l’International Boxing Federation (IBF). La première Québécoise de l’histoire à atteindre ce niveau d’excellence.

Photo d'archives

Vendredi prochain, à Flint, au Michigan, Dicaire (17-0, 0 K.-O.) aura à nouveau la chance d’établir de nouveaux standards alors qu’elle affrontera l’Américaine Claressa Shields (10-0, 2 K.-O.) dans un combat d’unification où les quatre ceintures des super-mi-moyennes seront à l’enjeu (WBC, WBA, IBF et WBO).

Un duel où elle pourrait réaliser son rêve le plus fou.

« Mon premier objectif était de devenir championne du monde, indique Marie-Ève Dicaire dans une généreuse entrevue accordée au Journal. Après mes deux premières défenses, je ne veux pas dire que je trouvais cela facile, mais il y avait autre chose. Un autre palier à atteindre.

« Je pouvais devenir meilleure et être plus reconnue sur la scène internationale. »

Dans sa vie personnelle comme dans son sport, Dicaire s’investit comme s’il n’y avait pas de lendemain.

« Je veux être la meilleure dans tout ce que j’entreprends, que ce soit dans la boxe ou dans mes rénovations, explique-t-elle en souriant. J’ai besoin de défis pour me garder motivée et me forcer à dépasser mes limites.

« Dans ce duel contre Shields, c’est de devenir la championne incontestée avec les quatre ceintures. Ça me parle, comme défi. »

Marie-Ève Dicaire a toujours fait preuve de ruse et d’intelligence pour vaincre ses rivales, dont Maria Lindberg.
Photo d'archives, Martin Chevalier
Marie-Ève Dicaire a toujours fait preuve de ruse et d’intelligence pour vaincre ses rivales, dont Maria Lindberg.

Conclusion d’un long chapitre

Contre Shields, Dicaire aura l’opportunité de devenir la première championne unifiée au Québec. Ce sera aussi l’occasion de fermer un chapitre qui a commencé il y a deux ans.

L’athlète de 34 ans a entendu le nom de la double médaillée olympique pour la première fois en 2019.

« À ce moment-là, Claressa évoluait encore chez les 160 livres. On avait reçu une offre pour l’affronter, mais mon promoteur Yvon Michel l’avait refusée. On ne voulait pas l’affronter à ce poids.

« On voulait se mesurer à elle dans des conditions optimales et lorsque je serais au sommet de mon art. »

Marie-Ève Dicaire a toujours fait preuve de ruse et d’intelligence pour vaincre ses rivales, dont Karla Zamora.
Photo d'archives
Marie-Ève Dicaire a toujours fait preuve de ruse et d’intelligence pour vaincre ses rivales, dont Karla Zamora.

Après sa victoire contre Ogleidis Suarez en 2019, Dicaire s’attendait à affronter une autre Américaine, Racquel Miller, dans un combat d’unification dans les mois suivants.

Toutefois, Shields a chambardé les plans de tout le monde en descendant dans la catégorie des 154 lb.

« C’était un no-brainer. Au départ, je devais unifier avec Racquel Miller, mais cette offre est tombée sur la table.

« Yvon (Michel) a hésité. Moi ? J’ai dit oui tout de suite. Ce n’était pas le chèque qui m’importait, mais l’appel du défi en tant que boxeuse. »

Toutefois, en raison de la pandémie et de négociations ardues entre les parties, ce projet a pris plus d’un an à se concrétiser. On pourra enfin voir ce choc dans quelques jours.

Rôle de la négligée

Avec le palmarès de Shields, la championne unifiée est largement favorite pour remporter le duel qui sera présenté devant 200 spectateurs au Dort Federal Event Center.

Dicaire n’est pas froissée par cette situation. Elle est plutôt contente de se retrouver dans le rôle de la négligée pour ce grand rendez-vous.

« On pensait que les gens seraient davantage du côté de mon adversaire. Ici, au Québec, je m’attendais à des commentaires comme quoi je m’en allais à l’abattoir. Ce fut le contraire qui s’est produit. Les gens se sont plutôt rangés derrière moi. C’est une belle surprise. »

La gauchère a une façon originale de voir les cotes des parieurs qui circulent depuis quelques semaines.

« C’est comme si les gens me disaient que je ne suis pas game. Quand j’étais jeune, ça me donnait du courage quand on me disait cela. J’étais prête à tout et c’est encore le cas aujourd’hui. »

La force du mental

Dicaire est une femme de caractère. Elle n’aime pas se faire marcher sur les pieds dans tous les aspects de sa vie.

Toutefois, avec Shields, elle est en parfait contrôle de ses émotions.

« Je n’ai pas besoin de détester Claressa pour me motiver. Je suis plutôt rusée et cartésienne. J’analyse toutes ses failles techniques et mentales pour en tirer profit lors du combat. Je fais beaucoup de visualisation. »

Dans les derniers jours, Shields a tenté des coups d’éclat sur ses réseaux sociaux. On l’a vue notamment en train de détruire une photo de Dicaire accrochée sur un sac d’entraînement.

« Si elle veut m’intimider, ça ne marchera pas. Claressa veut me faire perdre la tête parce que je sais que je boxe beaucoup avec mon intelligence dans le ring. Par contre, elle ne sait pas à quel point je suis bien encadrée et que je suis forte mentalement. »

Photo d'archives, Martin Chevalier

Est-ce que Shields pourrait la sous-estimer ?

« Elle veut me laisser croire qu’elle me sous-estime. Par contre, tu ne peux pas te rendre à son niveau sans être professionnelle dans ta préparation.

« La preuve ? Lorsqu’elle a parlé de moi dans ses entrevues, elle était capable de me décrire parfaitement. »

Un caméléon dans le ring

Dicaire ne veut pas parler de sa stratégie pour son duel contre Shields. Elle croit cependant qu’il y a un aspect qui pourrait surprendre son adversaire.

« Je ne sais pas si elle sait à quel point je peux être polyvalente. Je suis capable de m’adapter et je l’ai prouvé à l’entraînement. Je vais devoir être un caméléon selon la situation qui se présentera à nous.

« On a plusieurs outils dans notre coffre et je m’attends à les utiliser. »

Dans le monde de la boxe, on a assisté à plusieurs surprises de taille au cours des dernières années. Marie-Ève Dicaire aimerait bien ajouter son nom à cette liste des trouble-fête.

Elle sait que rien n’est impossible. Encore une fois, elle tentera de transformer son rêve en réalité.

Une routine déjà établie  

Photo d'archives

En se rendant au Michigan cette semaine pour affronter Claressa Shields, Marie-Ève Dicaire disputera son premier combat à l’extérieur du Québec. Est-ce qu’elle pourrait être déroutée ? Pas vraiment.

Avant de devenir boxeuse professionnelle, Dicaire a fait le tour du monde afin de participer à des camps d’entraînement ou à des tournois de karaté. Elle ne plonge donc pas vers l’inconnu.

En temps normal, elle se dirige vers le Château Bonne Entente de Québec le dimanche de la semaine de ses combats. Cette fois, avec la pandémie, elle a décidé de partir demain.

« On part le plus tard possible, explique la championne IBF des super-mi-moyennes. Je contrôle ce que je peux contrôler. »

Comme à Québec, Dicaire apportera ses casseroles et ses poêles pour préparer ses repas dans sa chambre.

« Je veux tout faire pour me retrouver dans une zone de confort même si je ne suis pas chez nous. Dans les dernières semaines, je me suis fait une routine à la maison qui était similaire à celle que j’aurai lors de la journée de mon combat à Flint. »

Pour ce périple de la plus haute importance, son entraîneur Stéphane Harnois et son promoteur Yvon Michel l’accompagneront au Michigan.

Voyager en pandémie

En plus du combat, Dicaire, Harnois et Michel devront se soumettre à un protocole sanitaire strict à l’aller comme au retour du Michigan.

Hier, le trio de Québécois est allé passer des tests dans un laboratoire privé en prévision de demain, le jour de leur départ vers les États-Unis.

Mercredi, Dicaire et Harnois subiront un autre test dont les résultats seront connus après la pesée. Michel rejoindra le duo à Flint, en camion.

Après le combat, tout ce beau monde reviendra au pays par voie terrestre, où ils pourront présenter leur résultat de jeudi aux douaniers canadiens.

« On a regardé toutes nos options avec nos avocats et la Santé publique. C’était impossible pour Marie et Stéphane de revenir au Québec par avion sans avoir à payer la quarantaine obligatoire à l’hôtel, a souligné Michel. Même si nous avons un gala le 16 mars, c’était important pour moi d’être avec Marie pour le plus gros défi de sa carrière. »

Bien sûr, ils devront faire leur quarantaine de 14 jours à leur domicile. Ils rempliront également un carnet pour expliquer leurs occupations durant ces deux semaines.

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