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La face cachée de Riopelle

Riopelle
Photo courtoisie, Bibliothèque et Archives Canada Jean Paul Riopelle à l’atelier de Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson

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On connaît l’artiste et ses œuvres. Ça, pas de doute possible. Mais l’homme, lui, continue d’être mystérieux, près de 20 ans après son décès. Le Musée des beaux-arts de Montréal dévoile ainsi un autre visage de Jean Paul Riopelle à travers ses expéditions nordiques et son amour pour la culture autochtone.

« On a beaucoup parlé de sa carrière, de son travail, de ses œuvres. Mais la dimension humaine, ça, ça manque un peu », estime Yseult Riopelle, co-commissaire de l’exposition Riopelle : à la rencontre des territoires nordiques et des cultures autochtones

Même son de cloche du côté d’Andréanne Roy, elle aussi co-commissaire de l’événement. 

« On connaît beaucoup moins Riopelle, l’homme de culture. Celui qui lit, qui va voir des expositions, qui est extrêmement curieux », avance-t-elle. 

Il y a un bon moment déjà qu’Yseult Riopelle développe ce parcours à travers les inspirations de son père, soit depuis 2003, un an après le décès de l’artiste. Le Musée des beaux-arts de Montréal est ensuite venu lui prêter main-forte, accueillant l’exposition Riopelle : à la rencontre des territoires nordiques et des cultures autochtones jusqu’en septembre prochain.

Ici, c’est le Grand Nord et l’autochtonie, sources intarissables d’inspiration créative pour l’artiste, qui sont mis de l’avant à l’aide de quelque 175 œuvres et 200 artéfacts.

Vue de l’exposition Riopelle : à la rencontre des territoires nordiques et des cultures autochtones
Photo courtoisie, MBAM Denis Farley
Vue de l’exposition Riopelle : à la rencontre des territoires nordiques et des cultures autochtones

Œuvres inédites

C’est sur Point de rencontre, la plus grande huile sur toile jamais réalisée par l’artiste québécois que s’ouvre la visite. Trônant impérialement au haut des imposantes marches de l’établissement de la rue Sherbrooke Ouest, l’œuvre ne pourrait être mieux placée, tant par son caractère grandiose que par son nom ; car c’est là, avant même de commencer à explorer les salles d’exposition, que plusieurs rencontreront pour la toute première fois l’ampleur du génie de Jean Paul Riopelle. 

Il s’agit également d’une (très) rare occasion d’admirer, en présentiel, le sublime de cette œuvre colossale. Jadis commandée pour l’aéroport Pearson de Toronto, Point de rencontre a ensuite été offerte à la France en 1989, où elle demeurait jusqu’à tout récemment. 

Autre pièce digne de mention ? Évidemment, elles le sont toutes, mais on prête une attention toute particulière à la sculpture Fontaine, jusqu’ici inédite au grand public, croisée à mi-parcours. Réalisée entre 1964 et 1977, l’œuvre composée de plâtre peint et de cordage était entreposée dans l’atelier de Riopelle à l’Estérel, dans les Laurentides.

Certes, on a pu l’admirer au cours de la visite virtuelle de l’exposition, offerte en décembre et janvier derniers. Mais aucun écran d’ordinateur ne peut rendre justice à cette œuvre colossale de quatre mètres de haut. 

« Ça n’a rien à voir », laisse tomber Yseult Riopelle.

Jean Paul Riopelle (1923-2002), Point de rencontre – Quintette
Photo courtoisie MMFA, Jean-François Brière
Jean Paul Riopelle (1923-2002), Point de rencontre – Quintette

Remettre en contexte

Outre les œuvres de Riopelle mises de l’avant, le parcours est bonifié du travail de différents artistes autochtones, certains d’entre eux ayant eu une influence palpable sur l’art du Québécois. 

Pourquoi ? Pour réinscrire les créations de Riopelle dans leur contexte originel, nous précise-t-on. 

D’ailleurs, alors que les cas d’appropriation culturelle sont source de débats enflammés, qu’en est-il des toiles, sculptures et gravures de Riopelle ? La question s’est imposée d’elle-même chez les trois co-commissaires de l’exposition (Yseult Riopelle, Andréanne Roy et Jacques Des Rochers), et ce, dès les premiers coups de manivelle. 

« On y a longuement réfléchi », avance Andréanne Roy. 

« Mais ces œuvres, elles ont été réalisées dans un contexte – les années 1950 à 1970 – où l’appropriation culturelle n’était pas un enjeu discuté sur la place publique ni dans les milieux universitaires. Alors on a voulu les contextualiser et les présenter pour ce qu’elles sont, tout en y jetant un regard critique, un regard postcolonial d’aujourd’hui. C’était important pour nous de ne pas faire de révisionnisme historique », termine-t-elle.


L’exposition Riopelle : à la rencontre des territoires nordiques et des cultures autochtones est présentée au Musée des beaux-arts de Montréal jusqu’en septembre.

Visite en temps de pandémie

À noter que les billets pour toutes les expositions du Musée des beaux-arts doivent être achetés en ligne. À l’intérieur, les masques sont requis en tout temps et les consignes de distanciation doivent être respectées. Des distributrices de solution hydroalcoolique jalonnent également le parcours de l’exposition.