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L’ombre sous le sommeil

L’intrusive
Photo courtoisie L’intrusive
Claudine Dumont
XYZ
384 pages

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Le monde des rêves est complexe, mais révélateur. Encore faut-il en trouver la clé ; ici, la quête est fascinante.

Le roman L’intrusive s’ouvre sur un constat que plusieurs reconnaîtront : « Je ne dors plus. [...] Quatre simples mots, mais ils avalent toute ma vie. »

Pour Camille, la narratrice du récit, c’est à comprendre au sens strict : ça fait deux mois que le sommeil a disparu de son existence et ni la détente, ni les somnifères, ni les psys ne changent quoi que ce soit à l’affaire. Ses yeux ne se ferment plus, son cerveau ne s’éteint pas.

Et c’est sa vie qui part en déroute. Au point où sa belle-sœur refuse désormais qu’elle voie sa nièce adorée, ce qui achève Camille, qui ne sait plus à quoi se raccrocher.

Il reste en fait une porte de sortie : rencontrer Gabriel, le bourru et solitaire frère de sa belle-sœur, qui a développé un traitement bien particulier pour les troubles du sommeil. Il a créé une machine à enregistrer les rêves. 

De là, Claudine Dumont va développer un roman à deux tons.

L’un porte la romance qui va se déployer entre Camille et Gabriel, qui a tout du beau ténébreux des histoires à l’eau de rose. Ça fait sourire tant c’est convenu, mais bon, ce n’est pas désagréable à suivre.

Plus intéressant est l’autre ton du récit, celui qui nous plonge dans le monde des rêves.

L’auteure a étudié la psychanalyse et elle se sert de ses connaissances pour exposer avec minutie ce qui se joue dans la tête de Camille. Elle met ainsi en place un passionnant suspense psychologique.

Par tout un jeu d’écriture, Dumont glisse le lecteur dans la peau de Camille. Comme celle-ci, nous essayons de distinguer ce qui est réel de ce qui est rêvé.

À quoi s’ajoutent les souvenirs d’une mère parfaite, qui était en fait hypercontrôlante. Quels fantômes de son enfance viennent donc hanter la narratrice ? 

Un thriller qui reste en tête

Le récit devient vite prenant : les pages se tournent, à la recherche du détail de plus qui éclaircira le curieux désarroi de Camille.

Et cette plongée dans la psyché d’un personnage n’a, elle, rien de convenu tant elle permet de décortiquer des phénomènes méconnus : les hallucinations, les techniques de contrôle des rêves, le microsommeil, la parasomnie. Le flirt latent entre Camille et Gabriel est l’occasion d’échanges riches d’enseignement !

À deux, ils revisitent leur enfance particulière, remplie d’aspects qu’il fallait cacher et que l’insomnie chronique de Camille ramène à la surface.

Le passé va ainsi s’insérer dans des chapitres qui découpent le récit et qui, peu à peu, nous donnent les clés pour accéder à ce que Camille a longtemps enfoui et qui veut maintenant lui échapper.

Ce thriller particulier laisse d’ailleurs des traces : quelle est donc la vraie nature de nos rêves et de nos insomnies ? De quoi garder L’intrusive en tête longtemps !