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Un essai qui a mené loin

Gilles Courteau en est à sa 35e année à la tête de la LHJMQ

FEMMES SPORTS - Gilles Courteau
Photo Chantal Poirier La Ligue de hockey junior majeur du Québec n’a aucun secret pour le commissaire Gilles Courteau qui en est à sa 35e saison à la tête du circuit.

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Promu en 1986 au poste de ce qui était alors président de la Ligue de hockey junior majeur du Québec, Gilles Courteau ne pouvait imaginer qu’il serait encore en fonction 35 ans plus tard. Mais pas seulement parce qu’il ne se projetait pas aussi loin dans l’avenir. 

« J’avais été nommé sur une base intérimaire à la suite de la démission du docteur Guy Morissette, durant la saison 1985-1986, rappelle Courteau, qui est identifié comme commissaire depuis 2001.

« Après la saison, on m’a accordé un contrat de deux ans. Je suis là depuis ce temps. »

Courteau a apporté une stabilité qui n’existait pas à ce poste avant son entrée en scène. Neuf hommes s’étaient succédé à la présidence de la LHJMQ, de sa fondation en 1969 jusqu’à la nomination de Courteau.

Âgé alors de 28 ans, Courteau faisait figure de « flo » comparativement à ses prédécesseurs.

« Le pari que les gouverneurs ont pris avec moi était passablement risqué, dit-il.

« Par contre, des points militaient en ma faveur. Je travaillais dans la ligue depuis une dizaine d’années. Mon expérience m’a servi. »

Début d’une longue aventure

Son long parcours dans le monde du hockey a commencé dans sa ville natale de Trois-Rivières, en 1975.

Lui et son copain Gaston Leblanc étaient sur les bancs d’école lorsque Sylvain Cinq-Mars, qui combinait la profession d’enseignant en mathématiques à la polyvalente et la position de directeur général des Draveurs de la LHJMQ, leur a offert des postes de statisticien avec son équipe. 

L’entraîneur de la formation trifluvienne était un certain Michel Bergeron.

Deux ou trois ans plus tard, Courteau a déménagé à Québec où il s’est fait la main dans les bureaux de la ligue comme homme à tout faire. 

Il travaillait sous les ordres de Paul Dumont et de John Horman, qui avaient joué un grand rôle dans la fondation de la LHJMQ avec Bob Lebel, en fusionnant la Ligue junior A du Québec et une partie de la Ligue métropolitaine. 

Courteau a ensuite occupé les fonctions de directeur général des Remparts durant cinq ans, les deux dernières alors que l’équipe était la propriété des Nordiques.

« J’ai eu la chance d’être bien encadré durant toutes ces années, continue Courteau.

« J’ai côtoyé des gens expérimentés, que ce soit messieurs Dumont et Horman ou Marcel Robert qui a été lui aussi président de la LHJMQ. 

« Je dois beaucoup également à Normand Brousseau qui était président du Bureau des gouverneurs à mes débuts à la tête de la ligue. J’ai appris beaucoup aussi en travaillant dans l’organisation des Nordiques. »

Ce qui fait sa fierté

Quelles sont ses réalisations qui font sa fierté ?

Courteau en énumère quatre sans ordre précis. Mais on sent dans sa voix qu’il voue un profond attachement au programme de donation de bourses d’études aux joueurs.

« On verse annuellement depuis une bonne dizaine d’années 1,5 million dans ce programme qui n’exige aucun remboursement, tient-il à préciser.

« Chaque joueur est admissible à une bourse de 6000 $ annuellement pendant une période de quatre ans pour un total de 24 000 $. Ça va même jusqu’à 30 000 $ pour les joueurs qui ont commencé à jouer à 16 ans.

« Les joueurs qui veulent tenter leur chance dans les rangs professionnels ont jusqu’à deux ans pour se prévaloir de ces bourses. »

Les bienfaits de la régionalisation

Courteau se dit satisfait aussi de la qualité du hockey qui se pratique aujourd’hui dans la ligue. Des mesures ont été prises pour enrayer la violence qui polluait le jeu. 

La qualité des propriétaires et l’expansion dans les Maritimes sont deux autres facteurs qui ont contribué à l’essor de la ligue à ses yeux.

« Dans les premières années, les activités de la ligue étaient centralisées dans la région de Montréal, souligne-t-il. 

« La dynamique a changé avec l’arrivée d’équipes en Abitibi (Val-d’Or et Rouyn-Noranda), dans le Bas-Saint-Laurent (Rimouski), sur la Côte-Nord et dans les Maritimes (Acadie-Bathurst, Cap-Breton, Charlottetown, Halifax, Moncton et Saint John), souligne Courteau. 

« La régionalisation de notre ligue a créé des sentiments d’appartenance chez les amateurs et un potentiel plus grand de commanditaires. La présence d’équipes en régions a permis aussi à des villes d’obtenir des subventions pour rénover leur amphithéâtre et à en construire un nouveau. »

À 63 ans, Courteau peut dire mission accomplie, mais la retraite ne semble pas encore dans ses plans. Car il y a toujours quelque chose à faire dans la vie. 

« Chapeau à tout le monde » 

Courteau est impressionné par la discipline des organisations en ces temps de pandémie 

FEMMES SPORTS - Gilles Courteau
Photo courtoisie, Jonathan Roy

La Ligue de hockey junior majeur du Québec a bénéficié d’un octroi de 12 millions $ réparti entre chacune de ses 12 équipes établies en sol québécois pour aller de l’avant avec sa saison. Mais qu’est-ce qui attend la ligue au cours des prochaines années ? Gilles Courteau éprouve-t-il des craintes ?

« Je n’ai pas d’inquiétude à court terme, dit-il.

« On connaît une saison extrêmement difficile, mais la volonté de reprendre les activités était là. On savait qu’on allait rencontrer des embûches.

« On n’avait pas prévu qu’on devrait créer des environnements protégés pour permettre à nos équipes du Québec de jouer. »

C’est le cas depuis que la ligue a repris ses activités en janvier, après une pause de deux mois.

Du côté des Maritimes, les Screaming Eagles du Cap-Breton et les Islanders de Charlottetown sont aussi en mesure de jouer. Par ailleurs, la Santé publique du Nouveau-Brunswick a autorisé, hier, le retour à la compétition du Titan d’Acadie-Bathurst, des Wildcats de Moncton et des Sea Dogs de Saint John à partir du 8 mars.

Par contre, en raison de nouvelles restrictions imposées par le gouvernement de la Nouvelle-Écosse pour la région métropolitaine d’Halifax, les Mooseheads ne pourront jouer jusqu’au 26 mars.

Beaucoup de sacrifices

On peut néanmoins parler d’une réussite.

Les joueurs sont soumis à des tests de détection tous les trois jours. Ce n’est pas donné. Chaque trousse coûte 145 $.

Seuls deux joueurs des Tigres de Victoriaville ont été déclarés positifs à la COVID-19 lors d’un séjour à Chicoutimi depuis la reprise en janvier. Ils ont été placés en isolement dans un hôtel durant une dizaine de jours.

Leurs coéquipiers et les joueurs des Saguenéens ont été confinés aussi par mesure préventive.

« La discipline de nos organisations, de nos joueurs, de nos entraîneurs et du personnel de soutien des équipes m’impressionne grandement, affirme Courteau.

« Tout ce monde se conforme à la lettre au protocole de sécurité et aux mesures sanitaires. Les joueurs ne peuvent pas voir leurs parents et amis. On parle de jeunes de 16 à 20 ans qui font des sacrifices afin de pouvoir jouer et de suivre leurs cours académiques à travers tout ça. Ils ont du mérite.

« C’est une grosse machine à opérer et ça fonctionne. On est très contents. Je dis chapeau à tout le monde ! »

Devant l’Ontario et l’Ouest

La Ligue de l’Ontario, inactive depuis le début de la pandémie, aurait des leçons à tirer du mode d’opération de la LHJMQ.

Encore la semaine dernière, la ministre des Sports du gouvernement ontarien, Lisa MacLeod, et les autorités de la Santé publique de la province ont rejeté un plan de retour au jeu de l’OHL.

On se rappellera que Mme MacLeod avait demandé, en octobre dernier, que tout contact physique, incluant les mises en échec, soit interdit pour permettre à la ligue de jouer.

Quant à la Ligue de l’ouest, la saison est en marche depuis vendredi pour les équipes canadiennes. Les 22 formations du circuit sont réparties régionalement dans cinq divisions.

Les équipes de la division américaine seront à l’œuvre à partir du 19 mars. 

L’échec américain 

Tout n’est pas parfait quand on occupe un poste depuis 35 ans. Aussi, quand on demande à Gilles Courteau s’il a éprouvé des déceptions depuis qu’il règne sur les destinées de la Ligue de hockey junior majeur, il n’a aucune hésitation.

« Oui, notre percée ratée aux États-Unis, répond-il.

« On a tenté deux expériences sans succès. La première fois, c’était à Plattsburgh, avant mon arrivée à la tête de la ligue. Mais j’occupais quand même un poste de direction dans le circuit (il était directeur général des Remparts). »

Voué à l’échec

Lors de la saison 1984-1985, les Pioneers de Plattsburgh fermèrent boutique après seulement 17 matchs. Le projet était voué à l’échec au départ. 

Denis Méthot, un homme d’affaires de Trois-Rivières avait choisi Plattsburgh, de préférence à Sherbrooke, Val-d’Or ou Rimouski qui n’avaient pas d’équipe à ce moment-là, pour établir la concession dont il avait hérité.

Aucun joueur québécois ne fut repêché par les Pioneers qui se cassèrent vite la figure en utilisant des joueurs américains qui n’étaient pas de calibre pour jouer dans la LHJMQ.

Bon début à Lewiston

Une vingtaine d’années plus tard, la LHJMQ a tenté une deuxième expérience à Lewiston, ville du Maine qui a abrité plusieurs équipes des ligues mineures au fil du temps. L’une d’elles fut d’ailleurs affiliée aux Nordiques.

« Les Maineiacs ont connu du succès à leurs premières années, rappelle Courteau.

« À leur quatrième saison en 2006-2007, ils ont remporté le championnat de la saison régulière, la Coupe du Président et pris part au tournoi de la Coupe Memorial à Vancouver.

« Nous aurions aimé implanter une deuxième équipe dans le coin afin de créer une rivalité avec Lewiston, mais le projet n’a pas fonctionné.

« Après leur année de championnat, la situation s’est détériorée pour les Maineiacs. L’intérêt n’a plus jamais été le même et le propriétaire perdait des sous. »

Projet avorté à Boston

Plus tard, le circuit québécois a regardé du côté de Boston. Le projet avançait bien. Raymond Bourque faisait partie du groupe d’investisseurs.

« C’était très sérieux, affirme Courteau.

« On parlait d’un amphithéâtre de 7700 places qui se voulait un clin d’œil au numéro 77 que Raymond a immortalisé avec les Bruins. 

« Les pourparlers allaient bon train jusqu’au moment où Raymond s’est vu offrir un poste d’ambassadeur avec les Bruins et un partenariat dans la restauration. »

Courteau a-t-il mis une croix sur les États-Unis ?

« Non, je reçois souvent des appels de gens qui s’informent et qui prennent la température de l’eau, » indique-t-il en guise de conclusion.