/opinion/blogs
Navigation

Lutte au racisme: un gai peut être pertinent

Coup d'oeil sur cet article

On se demande ces temps-ci si Benoit Charrette a sa place en tant que ministre responsable de la Lutte contre le racisme. «En aucun cas, peu importe la raison, à mon sens, la couleur de la peau ne doit être un argument pour disqualifier quelqu’un.» Il ne s’agit pas de disqualifier, mais de trouver la personne la plus pertinente pour le poste.

Cantonner les femmes à la Condition féminine?

Pour se justifier, il évoque sa femme d’origine haïtienne et ses trois enfants métissés. D’accord; il est donc proche de personnes racisées et en a vécu indirectement les conséquences. Une personne exclue directement, même si pour d’autres raisons que la couleur de peau, n’aurait-elle pas encore plus de chances d’apporter une contribution significative à la question – et éventuellement une solution originale?

Il faut revoir notre intégration des personnes marginalisées au débat public. Parce que la façon la moins utile de donner la parole à des personnes racisées est probablement de le faire en leur demandant de se prononcer exclusivement sur des questions raciales. De même en offrant une tribune à des gais pour qu’ils ne parlent que de sujets LGBTQ. Les femmes ont-elles pris leur juste place dans la sphère politique rien que pour se cantonner à la Condition féminine? Non: elles ont assumé qu’elles avaient quelque chose à dire à propos de tout et l’ont fait. Comprenons-le donc pour les autres aussi.

À partir de son cerveau, mais avec l’autre

C’est se mettre la tête dans le sable que de ne pas reconnaître qu’une personne parle toujours par sa propre bouche et à partir de son propre cerveau. Je ne suis pas de ceux qui défendent une assemblée délibérante d’hommes blancs aisés en disant qu’elle peut accoucher de toutes les idées imaginables. Mais je ne suis pas non plus de ceux qui sont persuadés qu’une telle assemblée ne peut faire que des propositions concernant les hommes blancs aisés et avantageant les hommes blancs aisés.

Si ce qu’on appelle son «point de vue» teinte inévitablement ce qu’on dit, il ne le détermine pas. Tant que nous partagerons une langue commune, nous pourrons échanger et nous comprendre. Je pourrai profiter de l’expérience des autres, qu’ils me raconteront, pour y réfléchir. Et c’est en lui faisant traverser le filtre de ma propre expérience, en la regardant d’un autre angle, que je pourrai en tirer des conclusions neuves. Magie de l’échange, qui rend son tout plus grand que la somme de ses parties.

L’empowerment de la diversité

Un homme blanc aisé marié à une femme d’origine haïtienne et père d’enfants métissés sera-t-il pertinent comme ministre responsable de la Lutte contre le racisme? Il peut l’être ou ne pas l’être – on verra. Une personne racisée serait-elle pertinente? Elle pourrait l’être et ne pas l’être. Un gai blanc exclu pour sa différence sexuelle plutôt que pour sa différence ethnoculturelle serait-il pertinent? Il pourrait l’être ou ne pas l’être.

Dans chaque cas, on peut ou non laisser une chance au coureur; question d’humeur. L’essentiel est qu’on comprenne que dans l’ensemble, si on veut pousser à son plein potentiel cette machine à produire des idées qu’est la démocratie, il faut non seulement y intégrer davantage de voix, mais surtout inciter celles et ceux qui parlent à prendre position sur le plus grand nombre de sujets en assumant pleinement leur spécificité. C’est là que la diversité devient la plus utile... et aussi la plus «empowerée».

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.