/investigations
Navigation

Masques N95: Québec a donné 14 M$ à un fraudeur condamné

L'État n’a jamais reçu les trois millions de masques achetés à un homme d’affaires américain

Coup d'oeil sur cet article

Québec saura aujourd’hui s’il a espoir de récupérer les 13,9 M$ en fonds publics versés à un homme d’affaires reconnu coupable de fraude aux États-Unis, qui s’était engagé à fournir des masques mais n’a pas rempli ses promesses.

• À lire aussi: Tous les développements de la pandémie

En mars dernier, au plus fort de la pandémie, le gouvernement québécois a conclu un contrat en devises américaines, signé en toute hâte avec la compagnie Tree of Knowledge pour obtenir trois millions de masques N95 alors que toute la planète se les arrachait.

Dirigeant de la compagnie Tree of Knowledge, Michael Caridi est un homme bien branché aux États-Unis.
Photo courtoisie
Dirigeant de la compagnie Tree of Knowledge, Michael Caridi est un homme bien branché aux États-Unis.

Toutefois, les masques ne sont jamais arrivés et le peu qui a été expédié n’était tout simplement pas conforme. 

  • Écoutez le journaliste Alexandre Dubé avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:  

L’affaire se trouve actuellement devant les tribunaux ontariens où un juge a ordonné, en décembre dernier, le gel des actifs de la compagnie Tree of Knowledge. Aujourd’hui, la cause sera entendue de nouveau et on devrait obtenir plus de détails sur l’état des finances de la compagnie.

Selon des informations rapportées par le Globe and Mail et dévoilées lors de l’audition de la cause, la compagnie avait des difficultés l’été dernier. Elle ne disposait que de 3 M$ US dans ses comptes, malgré l’entrée d’argent du contrat de Québec.

Ici, on voit Michael Caridi il y a plusieurs années en compagnie de Donald Trump­­­.
Photo tirée de Facebook
Ici, on voit Michael Caridi il y a plusieurs années en compagnie de Donald Trump­­­.
  • Écoutez la chronique de Félix Séguin au micro de Richard Martineau sur QUB radio:   

Cannabis

Tree of Knowledge est spécialisée dans les dérivés du cannabis et est établie à Toronto ainsi qu’aux États-Unis. Un de ses principaux dirigeants, Michael Caridi, traîne un lourd passé derrière lui.

En 2006, Caridi a été reconnu coupable de fraude lors de l’exécution d’un contrat public dans l’État de New York. Il a ensuite été interdit pendant trois ans de faire affaire avec le gouvernement fédéral américain.

Dans sa poursuite devant la Cour supérieure de l’Ontario, le CHU de Québec, où les achats d’équipements médicaux ont été centralisés au cours de la pandémie, admet ne pas avoir été au courant des antécédents de Caridi et laisse entendre, candidement, que c’était plutôt à l’homme d’affaires de dévoiler son passé.

« Le CHU n’aurait pas signé de contrat avec [Tree of Knowledge] si Caridi avait révélé ce fait », écrit-on dans la poursuite.

Michael Caridi possède une luxueuse maison à Greenwich, dans le Connecticut, dont l’adresse est associée à la transaction de masques avec le gouvernement québécois.
Photo courtoisie
Michael Caridi possède une luxueuse maison à Greenwich, dans le Connecticut, dont l’adresse est associée à la transaction de masques avec le gouvernement québécois.

En quelques jours

L’achat des masques à la compagnie s’est bouclé en quelques jours à la fin du mois de mars dernier. 

Ainsi, le 26 mars, le CHU de Québec apprend que Tree of Knowledge aurait des masques N95 à vendre, grâce à la recommandation d’un employé de SigmaSanté, Élie Boustani, un organisme québécois qui centralise les achats médicaux à Montréal.

Les choses déboulent très vite ensuite. Dès la soirée du 26 mars, le CHU accepte de payer la totalité de la facture. 

Un virement bancaire de plus de 13 millions $ US (16,4 millions $ CA) est effectué le lendemain matin dans le compte indiqué par Tree of Knowledge, et dont l’adresse est en fait celle de la luxueuse résidence de Michael Caridi, dans le Connecticut.

  • Écoutez la chronique de Jean-Louis Fortin, directeur du Bureau d’enquête

La cargaison de masques doit arriver par avion dès le lendemain soir à l’aéroport de Montréal. La réalité sera tout autre.

Le CHU finit par obtenir au cours du mois d’avril une quantité limitée de masques. Toutefois, il s’agit de modèles non conformes, de type KN95, conçus selon les normes chinoises, différentes de celles d’ici.

Le CHU obtient un remboursement partiel de 2 millions $ US de la part de Tree of Knowledge en juin, mais rien par la suite. 

À bout de patience, le CHU se tourne vers les tribunaux, qui lui donnent raison en gelant les actifs de l’entreprise.

Joint au téléphone, Michael Caridi s’est borné à dire qu’il existait un « litige commercial qui devrait bientôt se régler » avec le gouvernement québécois.

-Avec Sarah Daoust-Braun, Agence QMI


► Vous avez de l’information à propos des contrats octroyés lors de la pandémie ? Contactez-nous en toute confidentialité : jules.richer@quebecormedia.com

 

Pas la première fois         

Québec n’en est pas à sa première affaire de commande douteuse de masques. À la fin de mars dernier, le CHU de Québec a accepté de verser 45 millions $ à un entrepreneur de Brossard, Michel Ledoux, pour obtenir 5 millions de masques N95. Heureusement, dans ce cas, la banque chargée du transfert des fonds a constaté des irrégularités et bloqué la transaction. Le CHU a alors constaté que Ledoux n’était pas en mesure d’exécuter le contrat, et a obtenu le retour des fonds dans les coffres du gouvernement.