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Le risque antidémocratique des réseaux sociaux

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Photo AFP

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Donald Trump a voulu, ces derniers jours, entamer son grand retour. On ne sait pas s’il pense vraiment se présenter en 2024 : ce serait surprenant. On sait toutefois qu’il veut exister politiquement. 

L’homme est énergique, certes, mais il peine à se renouveler et s’enferme mentalement dans le mythe de la fraude électorale. Son discours était laborieux. Trump reproduit la même erreur que celle de sa campagne de 2020 : il se met de l’avant, mais ne porte pas un programme qui pourrait, au-delà de quelques slogans, dessiner une vision d’avenir pour les États-Unis. 

Il n’en demeure pas moins, quoi qu’on pense de lui, qu’il demeure une figure centrale de la politique américaine. Il domine encore le Parti républicain. Il incarne même, pour l’instant, l’opposition principale à Joe Biden.

Trump

Se pose alors la question de sa présence sur Twitter. 

Il y a quelques semaines, Trump a perdu l’accès à son compte Twitter. Il en a été banni à vie. Autrement dit, sachant le rôle que jouent les réseaux sociaux dans la politique contemporaine, il a été expulsé de l’espace public. Un peu trop rapidement, plusieurs ont applaudi. 

Mais c’est plus qu’un homme, aussi trouble soit-il, qui en a été chassé : c’est tout un courant politique qui est visé à travers lui. 

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Car Trump, n’ayons pas la faiblesse de l’oublier, a rassemblé autour de son nom plus de 74 millions d’électeurs en novembre dernier. 

Et même si plusieurs républicains n’en peuvent plus de lui, il demeure le porte-parole d’une grosse partie du peuple américain, qui ne saurait se confondre avec les hurluberlus fanatisés qui ont pris d’assaut le Capitole le 6 janvier. 

Mais l’essentiel est ailleurs.

Est-ce vraiment aux réseaux sociaux, ces empires numériques supranationaux de notre temps, de décider qui a le droit d’accéder à l’espace public ? Doivent-ils vraiment maîtriser le débat public ? 

Peuvent-ils trier entre les opposants légitimes et ceux qui ne le sont pas ? Sont-ils en droit de bannir de la cité, selon les lois antiques de l’ostracisme, tout un courant politique du débat démocratique ? 

Et qui seront les prochains à devoir subir le même sort, et dans quels pays ? Car ils viendront.

Il ne s’agit pas d’aimer Donald Trump, mais de rappeler qu’en démocratie, nul n’est en droit de museler ou de dissoudre celui qu’il n’apprécie pas. 

Surtout, les réseaux sociaux font preuve d’un terrible arbitraire dans leur définition de ce qui est acceptable et de ce qui ne l’est pas. 

Twitter

S’ils voient du discours haineux dans une critique musclée ou même subtile de l’idéologie diversitaire (je ne parle pas de Trump, ici, qui est moins musclé que criard, et surtout pas subtil !), ils n’en voient pas chez ceux qui détestent jusqu’à le haïr le méchant homme blanc, transformé en bouc émissaire de notre temps. Contre lui, la haine est autorisée.

Chose certaine, cette prise de contrôle du débat public par Twitter et cie est bien plus importante qu’on veut le dire. 

Il est là, le vrai coup d’État contre la démocratie.