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Meurtre de Khassoghi: Trudeau pas mieux que Biden

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Interrogé à la NBC sur les mesures qu’il entendait prendre contre le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, pour le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi, Justin Trudeau a ânonné une réponse qui ne voulait rien dire : droits humains, bla-bla-bla, droits des dissidents, bla-bla-bla, droits des femmes, bla-bla-bla. 

Ingénu, il a ajouté que l’Arabie saoudite est « un pays avec qui on fait des affaires ». Et ça rapporte bien. 

On a, entre autres, vendu pour 14 milliards de dollars de blindés à la Garde nationale saoudienne chargée de défendre la famille royale contre toute tentative d’insurrection.

Ottawa met le prince ben Salmane en furie

Ottawa avait soulevé une effrayante colère du prince et une riposte démesurée de l’Arabie saoudite lorsque notre ministre des Affaires mondiales, Chrystia Freeland, avait exigé dans un tweet que le pays libère « immédiatement » des militantes des droits des femmes emprisonnées. Inacceptable qu’on leur parle sur ce ton... Et par une femme, à part ça !

Enragé, le prince héritier avait ordonné l’expulsion de l’ambassadeur canadien, l’arrêt des investissements saoudiens au Canada, la vente par les gestionnaires de portefeuille du royaume de tous leurs actifs canadiens, et le départ des 15 000 étudiants saoudiens des universités canadiennes.

Depuis, Justin se tient coi. Pourtant, la force de réaction rapide (Rapid intervention force, RIF), l’unité spéciale du prince héritier chargée de la répression des dissidents à l’étranger, est particulièrement active au Canada. Ottawa aime mieux regarder dans l’autre direction et, surtout, ne rien dire.

Les agents de MBS actifs au Québec et en Ontario

Ici, au Québec, l’opposant notoire au régime saoudien, Omar Abdulaziz, qui parlait quotidiennement au téléphone avec Khashoggi, était soumis à des écoutes illégales. C’est à la suite de ces interceptions que Mohammed ben Salmane aurait décidé d’éliminer Khashoggi. 

Des agents saoudiens sont d’ailleurs venus à Montréal pour tenter de ramener Abdulaziz en Arabie, où deux de ses frères et des dizaines de ses amis sont en prison.

L’ancien chef des services secrets saoudiens, Saad Aljabri, a accusé MBS d’avoir voulu le faire assassiner en Ontario 13 jours après le meurtre de Khashoggi. Une équipe de la RIF chargée de le tuer s’est vu refuser l’entrée au Canada à l’aéroport de Toronto. Riyad accuse de son côté Aljabri d’avoir détourné des milliards de dollars de fonds publics.

Il y a quelques semaines, un autre dissident saoudien vivant à Montréal est disparu après s’être rendu à l’ambassade de son pays, à Ottawa. Ahmed Abdullah al-Harbi, 24 ans, est réapparu en Arabie saoudite. Arrivé au Canada en 2019, Harbi travaillait sur plusieurs projets contre le régime saoudien avec d’autres militants. Selon Omar Abdulaziz, les autorités saoudiennes sont désormais en mesure de connaître tous les détails de ces opérations. Harbi était-il un agent infiltré, un informateur payé ou un opposant qui a dû se mettre à table pour sauver sa vie et celle de ses proches ?

Sécurité publique Canada et la GRC refusent de commenter tout ce qui touche les activités du gouvernement saoudien contre les opposants au régime qui vivent ici.