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Où est l'argent promis pour les femmes violentées?

François Legault se montre empathique, mais la machine ne suit pas

Le premier ministre du Québec, François Legault
Photo Stevens LeBlanc Le premier ministre du Québec, François Legault

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Des millions destinés aux maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale dorment toujours dans les coffres de Québec, au moment où François Legault lance aux hommes un percutant appel de sensibilisation après une vague de féminicides. 

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Des 120 millions sur cinq ans promis par le gouvernement Legault dans son dernier budget, présenté en mars 2020, 24 M$ devaient être versés de façon urgente durant l’année.

Or seulement le cinquième de cette somme, soit 5,5 M$, a été reçu jusqu’ici par des maisons d’hébergement, et ce, uniquement sur l’île de Montréal, a indiqué la directrice générale de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes (FMHF), Manon Monastesse.

Le premier ministre du Québec, François Legault
Photo Agence QMI, Mario Beauregard

«Ça bloque dans les CISSS et les CIUSSS», a-t-elle déploré en entrevue avec l’Agence QMI, mercredi.

L’organisme s’attend maintenant à ce que les sommes promises pour l’année 2020-2021 qui s’achève soient finalement débloquées quelque part entre la mi-mars et début avril, plus d’un an après avoir été annoncées.

Elle dit avoir eu «une excellente collaboration» de certains hauts fonctionnaires, mais dénonce la complexité du processus au ministère de la Santé.

«J’appelle ça des paquebots, soupire la directrice générale. C’est vraiment tellement énorme, c’est de la mécanique d’administration tellement lourde.»  

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Sans les nommer, Manon Monastesse affirme que certains CIUSSS et CISSS «n’étaient même pas au courant» que des sommes avaient été réservées pour les maisons d’hébergement pour femmes.

Qui plus est, les 120 millions sur cinq ans annoncés par Québec en 2020 représentent à peine le quart des sommes nécessaires pour combler les besoins sur le terrain, rappelle-t-elle.

L’an dernier, ces maisons ont dû refuser environ 10 000 demandes de femmes violentées à la recherche d’un refuge temporaire. Elles fonctionnent à 97% de leurs capacités.

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Pourtant, le premier ministre, François Legault, avait exprimé son empressement de voir ces sommes être déboursées lorsqu’il avait été interpellé à ce sujet par la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, au Salon bleu, fin novembre.

«C’est effectivement une cause qui nous touche beaucoup. Trop souvent, on entend des exemples de femmes qui ont été battues par leur mari, qui se sentent démunies, qui ont besoin de voir quelqu’un», avait-il dit avant d’ajouter que «pour ce qui est de [lui], là, ça devrait être déjà fait».

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De plus, mercredi, le chef de la Coalition Avenir Québec a livré un vibrant plaidoyer contre la violence faite aux femmes en faisant appel au sens du devoir des hommes, au surlendemain du meurtre de deux femmes dans les Laurentides.

«Espérons [qu’avec] les mesures qu’on met en place pour les centres d’hébergement, que la situation, enfin, s’améliore», avait-il alors conclu.

«Oui, il y a la volonté, mais c’est beaucoup au niveau de la machine administrative que les choses doivent être améliorées», lui répond Manon Monastesse.

Interrogé sur les raisons de ce blocage, le Secrétariat à la condition féminine indique que l’argent a été envoyé dans les CISSS et les CIUSSS le 23 février dernier.

«Afin d’arriver à un consensus sur la méthode de répartition, les travaux ont été prolongés jusqu’en décembre 2020, en accord avec les regroupements», explique le porte-parole Bryan St-Louis.

«Le décaissement des sommes doit se faire par l’entremise de deux instances [le ministère de la Santé vers les établissements, puis les établissements vers les maisons], ce qui explique des délais supplémentaires», ajoute-t-il.


Si vous êtes victime de violence conjugale, contactez SOS Violence conjugale, au 1 800 363-9010, et consultez le https://sosviolenceconjugale.ca/fr.