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Conciliation «travail-covid» difficile pour les mamans

GEN - CATHERINE CÔTÉ ET SES DEUX FILLES
Photo d'Archives, Martin Alarie La COVID-19 a causé bien des maux de tête à Catherine Côté, mère d’Emma et de Zoey Vespa.

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Les effets de la pandémie se font durement ressentir par les mères québécoises, qui sont plus que jamais sollicitées pour prendre soin de leurs enfants alors qu’elles travaillent en même temps.

Entre le rendez-vous à la clinique de dépistage, l’isolement obligatoire pour 24 heures des enfants qui coulent du nez, la gestion de l’école à distance, la conciliation « travail-famille-COVID-19 » en a pris un coup. 

« Et cette charge-là n’est pas absorbée de manière égale entre hommes et femmes », constate Angelo Dos Santos Soares, sociologue du travail qui enseigne à l’UQAM. 

Catherine Côté, mère de deux fillettes de 2 et 4 ans et représentante en vente chez FedEx, en sait quelque chose. 

Depuis le début de la pandémie, elle a déjà fait la file au centre de dépistage trois fois pour que ses petites puissent retourner à la garderie. 

« Leur père est hyper présent, mais quand nos enfants sont malades – que ce soit la COVID ou pas –, elles veulent leur maman », confie-t-elle. 

La professionnelle de 36 ans a aussi pris une « précieuse » journée de congé pour les garder à la maison quand le CPE a fermé pour une journée pédagogique. 

« C’est pas mon idéal de vacances... Mais c’est moi qui l’ai fait parce que mon chum était plus occupé cette semaine-là », dit-elle.

Charge mentale

Pour elle comme pour d’autres mères, la charge mentale et le travail invisible se sont alourdis pendant la crise sanitaire, affirme l’économiste et sociologue du travail Diane-Gabrielle Tremblay.

« Elles vont prendre les rendez-vous liés à la COVID, gérer la rentrée scolaire, chercher des informations pour prendre des décisions éclairées, énumère-t-elle. Malheureusement, ce genre de choses a toujours été du ressort des femmes ». 

Équité salariale

Comment expliquer qu’en 2021, au Québec, les femmes se retrouvent encore à prendre congé en plus grand nombre pour s’occuper de leurs petits confinés à la maison ? 

La différence entre les salaires dans le couple pourrait être en cause, estime Francine Descarries, sociologue spécialiste des rapports maternité-famille-travail. 

Encore aujourd’hui, les femmes gagnent 87 cents pour chaque dollar gagné par les hommes, selon Statistique Canada. 

« Tant et aussi longtemps qu’il n’y aura pas une parité salariale, les femmes vont continuer à être les premières responsables du soin aux enfants », poursuit Mme Descarries.

Selon elle, ce retour au foyer est bien involontaire de la part de la majorité des travailleuses qui ont dû quitter leur emploi ou réduire leurs heures pour des raisons familiales. Il ne faudrait pas y voir un repli vers le domestique, ajoute-t-elle. 

À long terme, les absences répétées des femmes au travail pourraient nuire à l’avancement de leur carrière, s’inquiète Marie-Hélène Chèvrefils, fondatrice de la firme de gestion en ressources humaines Evo Conseils.

C’est d’ailleurs l’une des craintes de Catherine Côté, qui évolue dans un univers professionnel plutôt masculin. 

« [La pandémie] a aussi un impact assez important sur ma carrière en ce moment. J’ai vraiment fait un pas en arrière quand je me compare aux gars avec qui je travaille. » 

COVID-19 : Les femmes disent subir plus l’impact de la conciliation travail-famille

Les mères qui travaillent disent davantage que les hommes vivre un stress élevé en raison de la conciliation travail-famille durant la pandémie de COVID-19.

Selon un sondage publié lundi par la firme ADP Canada, la moitié des mères sondées ont vécu un «stress disproportionnellement élevé» contre 40 % des hommes.

L’impact de la crise sanitaire sur la santé mentale des travailleuses est aussi important, car 45 % ont affirmé que le travail durant pendant la pandémie avait eu un effet négatif sur leur santé mentale, contre 37 % pour les hommes.

«En ces temps difficiles, il est crucial que les organisations canadiennes ne perdent de vue ni les enjeux femmes-hommes, ni le fait que les exigences inhérentes au travail à la maison peuvent affecter les groupes sociaux de manières différentes, a affirmé Natalka Haras, conseillère juridique chez ADP Canada par communiqué. Les dirigeants devraient faire preuve d'empathie et de compassion au travail afin de s'assurer que leurs employés - en particulier les mères en emploi - disposent des mécanismes de soutien nécessaires pour leur permettre de s'épanouir.»

Particularités québécoises

Ce sondage a aussi fait ressortir quelques particularités québécoises.

Le Québec est parmi la seule province, à l’exception de celles en Atlantique, où une majorité de travailleurs (53 %) ont affirmé que la pandémie n'avait pas eu d'incidence sur leur santé mentale.

Les Québécois en emplois sont plus susceptibles de penser que l'égalité salariale est une priorité de leur organisation, à 81 % comparativement à une moyenne nationale de 74 %.

Les employés québécois sont aussi plus susceptibles de croire que la parité salariale existe dans leur organisation. Ils sont 79 % à penser ainsi selon le sondage d’ADP Canada, tandis que la moyenne canadienne est de 73 %.

Ce coup de sonde réalisé en ligne par la firme Léger a été mené auprès de 1001 travailleurs canadiens du 9 au 15 février dernier.