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Une autre leçon d’Oprah Winfrey

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Malgré l’extraordinaire montée en puissance des plateformes numériques, comme Netflix et Disney, la télévision « ordinaire » demeure le plus rassembleur des médias.

L’entrevue d’Oprah Winfrey avec Meghan Markle et le Prince Harry en a fait la preuve une fois de plus. Comme l’avaient démontré, quelques semaines plus tôt, l’élection américaine à la présidence et l’attaque de militants enragés contre le Capitole de Washington. 

Quel que soit le pays et quelle que soit l’heure, lorsque se produit un événement exceptionnel, une tragédie ou une élection générale, lorsque des célébrités sont victimes d’un accident ou sont interviewées, lorsqu’il y un gala ou juste un bon match de sport, on s’agglutine devant son écran de télé et on en oublie le temps. 

Après sa diffusion en Grande-Bretagne, hier soir, et dans plusieurs autres pays dans les jours à venir, l’entrevue « royale » de dimanche soir, diffusée à CBS, dépassera largement les cent millions de téléspectateurs. C’est l’auditoire qu’avait attiré Oprah en 1993 pour son entretien avec Michael Jackson.

  • Écoutez la chronique politique d’Emmanuelle Latraverse sur QUB radio:

LA FEMME NOIRE LA PLUS RICHE  

Madame Winfrey connaît bien la puissance d’attraction de la télé. Malgré son intérêt pour les magazines, les livres et le cinéma, elle n’en a jamais douté. C’est grâce à la télévision et à son flair pour déceler ce qui plaît au public qu’elle est devenue, selon le classement Forbes, la femme noire la plus riche du monde

Après avoir épuisé les possibilités du talk-show populiste tel que l’avait conçu Phil Donahue, Oprah a fait mouche en faisant dériver son émission de jour vers d’authentiques séances de développement personnel. Ceux qui ont suivi son talk-show se souviendront qu’elle l’a fait baigner ensuite dans une atmosphère pseudo-spirituelle. Oprah avait alors davantage l’allure d’un preacher que d’une animatrice.

N’empêche qu’elle a gagné ainsi une crédibilité qui ne s’est jamais démentie. Riche comme Crésus, plus empathique que Martin Luther King, aussi éloquente que Barack Obama et sachant être émouvante sans trop de sensiblerie, il ne lui en fallait pas plus pour gagner l’admiration de l’Amérique profonde. Pour cette Amérique profonde, un sauveur doit d’abord réussir financièrement. Donald Trump en est un bon exemple.

LE SALUT DE LA TÉLÉ TRADITIONNELLE

Forte de la confiance illimitée qu’on lui fait, Oprah Winfrey n’a plus aucun mal à convaincre des personnalités de tous les milieux de se livrer en sa présence à de vraies confessions publiques.

J’ai beaucoup aimé celle qu’elle a réussi à tirer du couple royal. Ces deux heures ont passé beaucoup plus vite que je l’aurais imaginé. Même si je ne suis pas un fervent de la royauté, cette confession m’a intéressé au point d’accepter les trop nombreuses interruptions publicitaires. 

L’émission m’a surtout conforté dans ma conviction que ce type de télévision est le salut des réseaux traditionnels. Qu’il est leur seul moyen de résister aux assauts de Netflix et compagnie. Aucun réseau n’a maintenant les moyens de concurrencer ces plateformes lorsqu’il s’agit de films et de séries. Comment se battre contre Netflix, qui récolte chaque mois plus de 2 milliards $ en abonnements ? Contre Disney, qui la rejoindra bientôt ?

Si elle veut survivre, la télévision linéaire doit diminuer ses investissements dans les séries et les divertir du côté du direct ou de ce faux direct, une avenue que ne peuvent emprunter pour l’instant Netflix, Disney, Amazon Prime et les autres. Pour peu qu’on ne leur laisse pas le champ libre trop longtemps...