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«L’orme au boulet»: l’arbre le plus connu de Québec sera abattu

Le célèbre orme au boulet de canon de la rue Saint-Louis n’est plus sécuritaire

«L’orme au boulet»: l’arbre le plus connu de Québec sera abattu
Photo d'archives Didier Debusschère

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Malade au point d’être dangereux, le mythique arbre au boulet de canon du Vieux-Québec devra être abattu aussi tôt que la semaine prochaine. Il sera succédé en 2022 par une œuvre d’art.

L’arbre le plus connu de Québec, un orme d’Amérique situé sur la rue Saint-Louis, se meurt et on ne peut rien faire pour le sauver, a annoncé à regret la Ville mercredi.

Le colosse haut de 17 mètres, qui est célèbre pour la sphère métallique enlacée dans ses racines, est rongé par la pourriture et n’a plus que 27 % de bois sain dans son tronc comparativement à 34 % en 2009.

Cette décomposition causée par des champignons, pour laquelle il n’y a pas de traitement, menace maintenant sérieusement son intégrité structurale.

Menace réelle

On craint qu’un épisode de forts vents casse ses branches ou l’emporte carrément, dans un secteur hautement fréquenté. Selon une expertise commandée par la Ville, le risque d’un accident va d’une chance sur 35 à une chance sur 526.

L’idée de sécuriser l’arbre avec des piliers et des haubans n’a pas été retenue, car elle aurait causé une entrave majeure à la mobilité, sans freiner la dégradation inexorable du bois.

«Il n’y a rien qu’on n’a pas fait [pour le préserver]», a dit le maire de Québec, Régis Labeaume, qui a rappelé que cet arbre est devenu au fil du temps une véritable attraction touristique. Celui-ci faisait d’ailleurs l’objet d’inspections régulières depuis 2001.

«Mais à un moment donné, la sécurité des gens l’emporte», a-t-il fait valoir, disant s’attendre à ce que plusieurs citoyens souhaitent aller le saluer une dernière fois, et parlant d’une sorte de «deuil» collectif.

Pas une mince tâche

Le retrait de l’arbre «au boulet» durera trois jours, de mardi à jeudi, et ne sera pas une mince tâche, car elle implique d’amener une grue dans le quartier historique.

Vu l’importance de cet arbre dans l’imaginaire des gens, la Ville s’est tournée vers l’artiste Paryse Martin pour le faire «renaître» sous la forme d’une œuvre d’art, qui mettra entre autres en valeur un personnage féminin.

D’ailleurs, une partie du tronc et des branches seront conservés puis moulés dans un atelier de bronze. La base de l’arbre sera donc reproduite à l’identique et réinstallée au même emplacement, avec le fameux boulet, qui est en fait une bombe incendiaire désamorcée.

Doté d’un budget de 308 000 $, ce projet devrait être livré à l’automne 2022.

Un mythe tenace

Le «boulet» de la rue Saint-Louis a alimenté beaucoup de rumeurs à Québec. Selon la légende, il viendrait d’un canon de l’armée du général Wolfe et se serait échoué en 1759 au pied de l’orme. Mais les historiens savent depuis 2005 que c’est faux.

Selon toute vraisemblance, la bombe aurait été désamorcée et placée à cet endroit par des soldats à la fin du 19e siècle, pour faire office de chasse-roue et protéger les habitations des voitures attelées. L’arbre aurait ensuite poussé naturellement il y a une centaine d’années.

Les Forces armées canadiennes superviseront l’extraction de l’objet la semaine prochaine, mais le risque d’explosion est jugé pratiquement nul. Tout porte à croire que nos ancêtres ont retiré la poudre à canon, avant de fixer la sphère au sol.

S’il en reste des traces, les résidus ont sûrement été contaminés par les intempéries et l’humidité.

«Notre arbre, notre orme [...], on peut s’imaginer qu’il est un lointain descendant des ormes de l’époque de Champlain. On perd un ami. Beaucoup de gens avaient de l’affection pour cet arbre-là et c’est pour cela qu’il mérite la mémoire», a affirmé l’historien Jean-Marie Lebel.

Un abattage en trois étapes:  

  • 16 mars: Retrait des branches 
  • 17 mars: Excavation de la base de l’arbre, dégagement des racines. 
  • 18 mars: Retrait complet du tronc et du chasse-roue à l’aide d’une grue.  

Cette opération d’envergure nécessitera un périmètre de 50 mètres et génèrera des entraves à la circulation entre 9h et 15h sur la rue Saint-Louis.