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Le maire blâmé pour avoir protégé un employé gênant

Le cadre de L’Île-Bizard aurait volé du temps et falsifié des rapports

Normand Marinacci CMQ
Photo tirée de Facebook Le maire de L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève, Normand Marinacci, est un élu de Projet Montréal, le parti de la mairesse Valérie Plante.

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Le maire de l’arrondissement L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève, Normand Marinacci, se trouve dans l’eau chaude pour avoir protégé un fonctionnaire au comportement répréhensible, a appris notre Bureau d’enquête. 

Les reproches du contrôleur général de la Ville de Montréal à l’endroit du coordonnateur de la sécurité publique de L’Île-Bizard, Vincent Harvey, étaient nombreux au moment de son congédiement, en juillet dernier :  

  • Relation sexuelle avec une employée sous sa responsabilité 
  • Envoi d’images « inappropriées » à des employées 
  • Falsification de rapports 
  • Vol de temps 
  • Utilisation abusive du véhicule de fonction   

Pourtant, le maire Marinacci, un membre de l’équipe de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a tout fait pour empêcher qu’il soit renvoyé.

Fin 2019, le contrôleur a produit un premier rapport sur M. Harvey, qui, selon nos informations, concernait surtout du vol de temps.

Un document du Service des ressources humaines que nous avons pu consulter qualifie ces actions de « comportement hautement répréhensible » et « qui mérite le congédiement ».

Cité en déontologie

En désaccord avec ces conclusions, M. Marinacci aurait alors décidé de « mener sa propre enquête » et d’imposer seulement « des mesures administratives », indique le document. M. Harvey a même été reconduit dans ses fonctions. 

Cette ingérence alléguée dans les pouvoirs de ses fonctionnaires vaut aujourd’hui à M. Marinacci d’être cité devant la Commission municipale du Québec. 

Le contrôleur a mené au printemps 2020 une seconde enquête, qui a quant à elle révélé la relation du responsable de la sécurité avec une subalterne et la modification de rapports (voir plus bas).

Malgré ces révélations, Normand Marinacci ne souhaitait toujours pas le congédier. 

« Il m’a dit que je méritais plutôt une suspension, mais qu’il était minoritaire au conseil d’arrondissement, donc qu’il n’avait pas le choix », soutient Vincent Harvey en entrevue.

Il ajoute que le maire était « au courant » de sa relation, mais qu’il lui a seulement recommandé de ne pas avoir de rapprochements « dans l’exercice de [s]es fonctions ».  

Deux sources affirment que le maire d’arrondissement a tenté de défendre M. Harvey jusqu’à la fin, notamment en disant que c’était « un bon garçon ».

Normand Marinacci n’a pas voulu répondre à nos questions. 

« Je vais m’expliquer devant la Commission municipale », a-t-il dit.

La mairesse Valérie Plante n’a pas non plus souhaité réagir.

M. Harvey n’en est pas à ses premières difficultés professionnelles, a découvert notre Bureau d’enquête. Il avait déjà perdu temporairement son permis d’agent de sécurité en 2015, parce qu’il faisait face à des accusations criminelles, qui ont été abandonnées avant le procès. 

Des constats modifiés à la demande du maire  

L’ancien coordonnateur de la sécurité publique, Vincent Harvey, soutient que le maire Marinacci faisait « de l’ingérence » en l’incitant à donner ou à annuler des constats d’infraction remis à des citoyens.  

« Le maire, il m’appelait souvent de son cellulaire le soir. Il est intelligent. Sans me le dire directement, il me faisait comprendre que je devais donner [ou annuler] des constats d’infraction, indique-t-il. Il ne m’a jamais dit : “là tu m’effaces ça tout de suite”, mais le message était clair. » 

Selon nos informations, le contrôleur général lui a d’ailleurs reproché d’avoir modifié indûment des rapports à la demande du maire. 

« J’avais un pouvoir de cadre de faire annuler des constats, je ne pensais pas que c’était illégal. Le contrôleur pense que ce n’est pas éthique », précise l’ex-employé.  

« Le pion du maire »

M. Harvey ajoute que le maire Marinacci avait « intérêt » à le protéger puisqu’il lui donnait des mandats auxquels il ne disait jamais non, sans passer par le directeur d’arrondissement.  

« Je sais qu’il m’aimait parce que je faisais tout. Les employés là-bas m’appelaient “son pion” et je m’en suis rendu compte, soutient-il. Le maire me demandait de lui rapporter tout ce qui se passait à l’arrondissement comme un stooler. » 

Il dit avoir agi ainsi parce qu’il était « à contrat » et qu’il avait « un bon salaire » pour son niveau de scolarité. 

Il nie le vol de temps

Vincent Harvey nie avoir volé du temps à la Ville et soutient que les élus de Projet Montréal, dont le maire, savaient qu’il avait un horaire flexible et qu’il s’absentait des fois sur des heures prévues à son horaire.  

Il admet par contre « ne pas être parfait » et avoir « manqué de jugement ». Il confirme que les éléments de la seconde enquête sont « fondés », mais qualifie certaines conclusions du contrôleur de « ouï-dire ».  

« C’est vrai qu’un cadre ne peut pas avoir de relation avec une agente. Je l’ai fait en cachette. Mais je ne sais pas pourquoi l’enquête dit que c’est sur les heures de travail, affirme-t-il. Ce n’était pas pendant que j’étais payé par les contribuables. Et tout s’est fait dans le consentement. »