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[EN IMAGES] Limoilou: voyez à quoi ressemblait la 3e Avenue de l'après-guerre

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Au XIXe siècle, le territoire de l'actuel quartier Limoilou est occupé par des familles de travailleurs de la construction navale de la rivière Saint-Charles et des industries connexes (corderie, voilerie, commerce du bois). Ils habitent sur les terres de grands propriétaires anglophones. Il se forme alors plusieurs petits noyaux villageois : Hedleyville (le vieux-Limoilou), Smithville (Stadacona), Parkeville (1re Avenue, rues de l'Espinay, Cadillac, Jacques-Cartier) et New Waterford (secteur de l'Anglo [Papiers White-Birch]).

En 1893, ces villages forment la municipalité autonome de Limoilou qui se fusionne à Québec en 1909. Certaines rues se développeront et deviendront des rues commerçantes. C'est le cas de la 3e Avenue pour le secteur Vieux-Limoilou. Voici les commerces qu'on retrouvait sur cette rue en 1947. 

1) La 3e Avenue en 1947  

La 3e Avenue en direction nord, intersection 4e Rue, en 1942.
Photo Archives de la Ville de Québec
La 3e Avenue en direction nord, intersection 4e Rue, en 1942.

On dit que les années 1930 à 1960 ont été l'âge d'or du quartier Limoilou. Nous avons donc choisi 1947 pour vous décrire le type de commerces qu'on retrouvait alors sur la 3e Avenue. 

Au cours de la guerre, la population a beaucoup augmenté. La Troisième est donc essentiellement une rue résidentielle. On y retrouve des immeubles mitoyens, à toit plat, à deux et trois étages et à logements superposés, un par étage.

Beaucoup de rez-de-chaussée sont occupés par des commerces de proximités et de spécialités très variées. Ses nombreux résidents et ceux des rues voisines peuvent donc y vivre sans devoir se déplacer au centre-ville pour faire leurs achats. Ce quartier est alors très autonome. 

La majorité des commerces sont regroupés entre la 4e Rue et la 10e Rue. Elle n'est pas desservie directement par le tramway qui circule sur la 1re Avenue voisine. Dès l'année suivante, il est remplacé par l'autobus. Suivez-moi et allons faire nos emplettes.

2) Les commerces d'alimentation  

Le Marché Régal, coin 12e Rue, en 1955.
Photo Collection Jocelyn Paquet, fonds Lefaivre et Desroches
Le Marché Régal, coin 12e Rue, en 1955.

À la fin des années 1940, il y a très peu de supermarchés à Québec. Le concept est nouveau et ces rares grandes surfaces se retrouvent essentiellement en haute-ville. Les Limoulois faisaient donc leurs provisions à l'épicerie du coin. Ils étaient encouragés en cela par le journal Le Courrier de Limoilou qui disait, en 1940: «Soyons fidèle à l'épicier du coin. La plus importante de nos institutions commerciales mérite notre appui et notre loyauté». 

C'est ainsi qu'en 1947, on ne comptait pas moins de 12 épiceries et quatre boucheries sur cette rue. Celles dont on se souvient le plus sont sans doute l'Épicerie Pakenham et le Marché Régal, ainsi que les boucheries Bardou et Couture. Ces marchés de coin de rue disparaîtront peu à peu au tournant des années 1950, à la suite de l'implantation, au coin de la 10e Rue, du supermarché Atlantic & Pacific (A&P).

3) Les commerces au détail  

Publicité du magasin Vézina & Fillion
Illustration tirée du journal L'Action catholique du 12 novembre 1947
Publicité du magasin Vézina & Fillion

Outre l'alimentation, les résidents de la 3e Avenue pouvaient acheter local. Il n'y avait pas beaucoup de concurrence, mais on pouvait s'y procurer l'essentiel des biens de consommation. 

Ainsi, Eugène Saillant vendait des chaussures qu'on pourrait faire réparer chez l'un des quatre cordonniers qui avaient pignon sur rue, commerce plutôt rare de nos jours. On y retrouvait également une lingerie. 

Les fumeurs avaient le choix entre quatre tabagies, dont Jos. Côté qui opérait une douzaine de succursale disséminées partout dans la ville. Morissette & Frères vendaient des livres et de la papeterie, alors que Bergeron & Jobidon offraient des disques. 

On pouvait se meubler chez Dufresne & Baril ou encore chez Vézina & Fillion. 

Quant à C.E. Tremblay et à Albert Corriveau, ils se spécialisaient dans la vente de nouveautés. Et c'est sans compter le National 5‐10‐15. Ce n'est pas la variété qui manquait.

4) Les services de santé  

La Pharmacie J.A. Marquis, coin 5e Rue, en 1949
Photo Archives de la Ville de Québec
La Pharmacie J.A. Marquis, coin 5e Rue, en 1949

En cette période d'après-guerre, on est encore loin de notre réseau de santé très élaboré et de la Régie de l'assurance maladie du Québec. Néanmoins, si on pouvait se les offrir, de nombreux services de santé étaient offerts sur «La Main» de Limoilou. 

Ainsi, six médecins offraient leurs soins à leur clinique qui étaient généralement adjacentes à leur résidence. On retrouvait également trois cliniques de dentiste et deux pharmacies, dont celle de J.-Antonin Marquis qui était également directeur de l'École de pharmacie de l'Université Laval. Enfin, R. Gagnon offrait des services d'opticien. Et si tous ces services de santé n'avaient pas suffi, R & H Jalbert Enr. fournissait des services de pompes funèbres.

5) Entretien et réparations  

Publicité de Juneau & Frères
Illustration tirée du journal L'Action catholique du 16 juin 1947
Publicité de Juneau & Frères

Pour l'entretien et les réparations de leur logement ou de leurs biens, les Limoulois pouvaient s'approvisionner en matériaux et en services sur la 3e Avenue. En effet, on y retrouvait la quincaillerie J.A. Lambert. Pour leurs travaux de peinture, ils pouvaient compter sur le distributeur Juneau & Frères. 

De son côté, la Menuiserie Delisle & Frères dispensait des travaux de boiserie et de menuiserie. Pour leurs parts, Adrien Lachance ainsi qu'Odilon Vézina avaient leur atelier d'électricité et de plomberie annexé à leur résidence. Enfin, on pouvait faire réparer son appareil radiophonique, et plus tard son téléviseur, chez Angers Radio Service Enr. 

Il est intéressant de noter que Juneau & Frères, ainsi que Menuiserie Delisle, sont toujours en opération de nos jours, ce dernier s'étant toutefois relocalisé ailleurs dans le quartier.

6) Les soins personnels  

Carrefour de la 3e Avenue, du chemin de la Canardière et de la 6e Rue en 1946.
Photo Archives de la Ville de Québec
Carrefour de la 3e Avenue, du chemin de la Canardière et de la 6e Rue en 1946.

En 1947, on était évidemment loin des salons d'esthéticienne, de manucure ou de maquillage. Les services des soins personnels se limitaient à cette époque aux cheveux.

Néanmoins, si on voulait encourager les commerçants de la 3e Avenue, on avait le choix entre cinq salons de barbier et deux salons de coiffure pour dames. Les salons de barbier portaient le nom de leur propriétaire, mais les coiffeuses faisaient preuve de plus d'imagination «marketing». En effet, on pouvait fréquenter le Salon Modèle et le Salon Venise. Ils se situaient à la résidence des coiffeuses.

7) Les services financiers et légaux  

Ancien édifice de la Royal Bank of Canada occupé aujourd'hui notamment par les studios de la station de radio CKRL.
Photo Google Street View, 2019
Ancien édifice de la Royal Bank of Canada occupé aujourd'hui notamment par les studios de la station de radio CKRL.

À la fin des années 1940, on ne réglait pas ses affaires à distance, de façon électronique. C'est pourquoi les banques multipliaient leurs points de services pour mieux accommoder leurs clients. C'était une belle époque. 

C'est ainsi qu'on retrouvait sur la 3e Avenue des succursales de la Banque Canadienne Nationale, de la Banque Provinciale et de la Royal Bank of Canada. Et c'est sans compter les autres institutions bancaires qui avaient également leurs points de services sur la 1re Avenue et sur le chemin de la Canardière. 

De plus, si on avait le malheur d'avoir des problèmes légaux, trois avocats offraient leurs services, en soirée seulement, à leur bureau à domicile.

8) Les services publics  

Poste de police de la 3e Avenue, coin 9e Rue, 1952.
Photo Archives de la Ville de Québec
Poste de police de la 3e Avenue, coin 9e Rue, 1952.

Parmi toutes ces entreprises commerciales privées, on comptait certains services publics offerts généralement par l'un des gouvernements, qu'il soit fédéral, provincial ou municipal. D'abord, le ministère de la Voirie avait des installations dans le secteur nord de la rue, entre les 10e et 11e Rue, à l'endroit qui sera plus tard occupé par le supermarché A&P et le cinéma Lairet. Le coin sud-est de la 9e Rue était occupé par un poste de police de quartier. 

Au 581, à l'endroit où on retrouve de nos jours la Galerie d'art Alfred Pellan, se trouvait une succursale de la Commission des liqueurs. Quant à l'artiste Pellan, il habitait à l'étage. Enfin, en biais, de l'autre côté de la rue, il y avait les bureaux de la Commission de l'Assurance Chômage. 

Par ailleurs, les enfants du quartier fréquentaient l'école St-Esprit située au coin sud-ouest de la 3e Rue. De plus, bien qu'on était dans la paroisse catholique de Saint-Esprit, il y avait la présence de fidèles appartenant à d'autres groupes religieux. C'est pourquoi l'Église Baptiste Française s'élevait au coin de la 12e Rue. Aujourd'hui, elle a été convertie en appartements.

9) Le secteur industriel  

Publicité de A. Breton Cie Ltée
Illustration tirée du journal L'Action catholique du 31 décembre 1947
Publicité de A. Breton Cie Ltée

La partie sud de la 3e Avenue, située entre le pont Dorchester et la 2e Rue, avait une vocation davantage industrielle. Par exemple, la Cie de Sable Ltée était installée en bordure de la rivière pour y recevoir sa matière première par bateau. Aujourd'hui, la rue des Sables rappelle cette entreprise. 

On retrouvait également dans ce secteur A. Breton Cie Ltée qui distribuait des grains et de la moulée, ainsi que La Durantaye & Trudelle, des éleveurs de volailles. Ces deux dernières entreprises constituaient des reliques agricoles d'antan. 

Enfin, quatre garages de mécanique automobile complétaient ce segment moins résidentiel de cette artère urbaine. Encore de nos jours, ce secteur de la 3e Avenue est occupé par des entreprises «lourdes». On y retrouve par exemple un vaste complexe de vente et de pose de pneus.

10) Les autres commerces  

Le cinéma Lairet en 1973.
Photo Archives de la Ville de Québec
Le cinéma Lairet en 1973.

Divers autres types de commerce complétaient cet éventail assez varié. Au tournant des années 1940, on dénombrait à Québec près de 200 petites buanderies tenues par des Chinois. La 3e Avenue contribuait à cette statistique. En effet, les buanderies Foo Kee et You Lay nettoyaient les vêtements des Limoulois. 

Par ailleurs, parmi toute cette gamme de commerces, on ne retrouvait qu'un seul restaurant, Le Buffet St‐Charles, situé en face de l'école St-Esprit. Plus au nord, entre la 3e et la 4e Rue, se trouvait le studio du photographe Adélard Huot et, son voisin immédiat, le kiosque de taxis Coop. 

Enfin, on pouvait se divertir un peu à la Salle de pool & billards de Lauréat Noreau. Ce local, situé entre la 5e et la 6e Rue, est occupé de nos jours par une boutique d'articles de vapotage. Le grand divertissement n'arrivera que l'année suivante, en 1948, avec l'ouverture du cinéma Lairet situé à l'emplacement de l'actuel commerce Demers Bicycles.

Image 10 : Le cinéma Lairet en 1973, Archives de la Ville de Québec.

Pour une liste complète de ces commerces et de leurs adresses, consultez l'Annuaire Marcotte de 1947-1948.


Un texte de Jean-François Caron, historien, Société historique de Québec  

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